Dans la Région des Pays arabes, la situation des dirigeant(e)s de la Bahrain Teachers Association (BTA) et les cas d’enseignant(e)s licencié(e)s sont restés très préoccupants.
La procédure d’appel introduite par les dirigeant(e)s de la BTA, Mahdi ‘Issa Mahdi Abu Dheeb et Jalila al-Salman, condamné(e)s respectivement à dix et trois ans de prison par un tribunal militaire en septembre 2011, a commencé en décembre 2011 et a été reportée successivement au 19 février, au 2 avril, au 2 mai, au 25 juin, au 4 juillet, au 6 août, et enfin aux 9 et 12 septembre, dans une volonté de ne pas rendre justice et de retarder le plus longtemps possible le verdict. La dernière audience devant la Cour d’appel est prévue le 21 octobre. Face à cette situation, l’IE a lancé un nouvel appel d’action urgente et a adressé une lettre aux autorités du pays pour leur demander de respecter les normes internationales en matière de droits humains et de libérer immédiatement les dirigeant(e)s de la BTA en détention. Mahdi Abu Dheeb, Président de la BTA, s’est vu refuser une libération sous caution tout au long de la procédure devant la Cour d’appel, malgré la pression internationale et son état de santé alarmant. En février 2012, il a entamé une grève de la faim, présentant un risque pour sa santé déjà fragilisée.
L’IE a introduit une demande auprès du Comité international de la Croix-Rouge pour rendre visite à Mahdi Abu Dheeb, détenu à la prison de Jaw à Bahreïn. Le Secrétaire général de l’IE a participé à une mission syndicale à Bahreïn, organisée conjointement avec la Confédération syndicale internationale (CSI) du 23 au 25 avril, et a rencontré les autorités bahreïniennes et le Vice-premier ministre du Roi, ainsi que des membres de la BTA et du GFBTU. Il a notamment été question de la mise en œuvre des recommandations formulées par la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn et d’une recommandation de l’IE demandant avec insistance qu’une nouvelle législation du travail soit adoptée, afin de permettre aux enseignant(e)s de s’affilier à des syndicats. Grâce à la pression internationale exercée jusqu’à ce jour par l’IE et ses organisations membres, diverses organisations de défense des droits humains et plusieurs représentations diplomatiques occidentales basées à Bahreïn peuvent désormais assister à la majorité des audiences des dirigeant(e)s de la BTA devant la Cour d’appel. La BTA estime que la présence régulière des représentations diplomatiques, des organisations de la société civile et des médias aux audiences des dirigeant(e)s de la BTA a eu une influence positive.
L’IE a introduit une plainte auprès de l’OIT ainsi qu’un dossier auprès des Nations Unies dans le cadre de la procédure de Révision périodique universelle s’appliquant à Bahreïn. En janvier, à la demande de l’IE, le Directeur général de l’OIT a adressé une lettre au gouvernement de Bahreïn concernant « le licenciement, la répression, l’arrestation et la détention de dirigeant(e)s syndicaux/ales ». L’IE a collecté des preuves supplémentaires attestant de cas de torture d’enseignant(e)s syndicalistes en détention et a transmis ces allégations au Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. L’IE a également adressé une lettre de protestation au Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques. L’IE a lancé plusieurs appels d’action urgente. Plusieurs syndicats d’enseignants ont contacté leur ministère des Affaires étrangères et des appels ont été lancés aux autorités de Bahreïn afin de garantir le respect des libertés individuelles.
Le 21 octobre, une cour d'appel a confirmé le verdict de culpabilité contre les président et vice-présidente de l’Association Bahreïnie des Enseignants, Mahdi Abu Dheeb et Jalila al-Salman, mais a réduit leurs peines à, respectivement, cinq ans et six mois d’emprisonnement.
Derniers développements
Jalila al-Salman, présidente par intérim de la BTA (en remplacement de Mahdi, maintenu en détention depuis avril 2011), a été transférée à la prison des femmes d'Isa le 7 novembre. Elle a finalement été libérée le 25 novembre. Mahdi Abu Dheeb ets toujours détenu à la prison de Jaw.
Les dates de l'appel des dirigeants de la BTA auprès de la Cour de cassation du Bahreïn ne sont pas encore connues. L'IE a contacté l'International Center of Trade Union Rights (ICTUR) afin de s'assurer de la présence d'avocats indépendants chargés d'observer le déroulement du procès.
En février 2013, Jalila al-Salman a reçu une lettre de licenciement quelques jours après s'être exprimée publiquement sur les violations des droits humains au Bahreïn, lors d'une réunion à Washington. La lettre du Ministère de l'Education stipule que le licenciement de Jalila est entré en vigueur le 22 octobre 2012 - date du "verdict final" de son dossier pénal, bien que l'appel auprès de la cour de cassation soit toujours en cours. Son licenciement se base sur la Loi sur la fonction publique de 2010, qui stipule qu'un employé peut être licencié "pour un délit impliquant un comportement immoral ou malhonnête".
Les organisations membres de l'IE ont été invitées à contacter les représentants de leur gouvernment et les représentants diplomatiques du Bahreïn dans leur pays, afin de les encourager à entamer des discussions avec les autorités bahreïnies pour la libération de Mahdi Abu Dheeb et la réintégration de Jalila al-Salman.
Un supplément à la plainte n° 2882 contre le gouvernement du Barheïn a été soumis au Comité de la Liberté Syndicale de l'OIT.