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Brésil: les syndicats d’Amérique latine se préparent aux défis nationaux dans le secteur de l’éducation

Du 15 au 17 novembre, les syndicats de l’éducation de 19 pays d’Amérique latine se sont rassemblés à Belo Horizonte, au Brésil, pour la 11e conférence régionale de l’Internationale de l’Education.

Plus de 700 syndicalistes ont donné une voix au « Movimiento Pedagógico », le mouvement latino-américain des enseignant(e)s, parents et étudiant(e)s qui réclament un enseignement public de qualité sur le continent.

 

Plus de 100 millions d’habitants d’Amérique latine vivent dans une pauvreté extrême, a déclaré Hugo Yaski, Président régional de l’Internationale de l’Education (IE). Malheureusement, les gouvernements conservateurs dominant la région ne sont pas prêts à modifier leur cours néolibéral et à affronter les multiples défis sociaux auxquels l’Amérique latine est confrontée. Yaski a appelé les syndicats membres de l’IE à redoubler d’efforts pour empêcher l’affaiblissement des systèmes nationaux d’éducation publique et à résister à la privatisation et à la commercialisation de l’éducation. Les syndicats doivent également empêcher les violations des droits humains et syndicats, a-t-il déclaré lors de la conférence.  

 

Les affiliés brésiliens à l’IE, qui ont accueilli la conférence de trois jours, ont informé les délégué(e)s des mesures anti-syndicales prises par leurs autorités nationales. L’année dernière, le gouvernement a décidé de geler les dépenses publiques, y compris le budget de l’éducation, pour les vingt prochaines années. Le gouvernement a également proposé la loi Escolas sem partido qui interdit aux enseignant(e)s d’aborder certaines questions politiques et morales avec leurs étudiant(e)s. Le Secrétaire général de l’IE, Fred van Leeuwen, qui s’est également adressé à la conférence, a déclaré que la loi était « ridicule » et « un vote non justifié d’absence de confiance envers la profession enseignante brésilienne ». Il a appelé le gouvernement brésilien à « rester à l’extérieur des salles de classe ».

 

Van Leeuwen a également exprimé ses inquiétudes à propos des appels de nouvelles organisations de la société civile au Pérou, en Equateur, au Paraguay, en Colombie et au Mexique, selon lesquelles « l’idéologie de genre » devrait être bannie des programmes scolaires. Ces organisations affirment que l’égalité entre les genres et les droits de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre nuisent aux valeurs familiales traditionnelles. Le Secrétaire général de l’IE a rappelé que le philosophe brésilien, Paulo Freire, encourageait la profession enseignante à éduquer à la démocratie, la liberté et la justice sociale. L’IE n’acceptera jamais de restrictions aux droits des enseignant(e)s et à leur autonomie professionnelle, a-t-il insisté.

 

Le Secrétaire général adjoint de l’IE David Edwards a informé les participant(e)s à la conférence à propos des accords de libre-échange et les a mis en garde face à leur impact sur les systèmes nationaux d’éducation. Il a cité Susan Robertson, auteur de l’étude « What Teachers Should Know about International Trade Agreements » [Ce que les enseignant(e)s devraient savoir à propos des accords de commerciaux internationaux], présentée lors de la conférence: « Dire ‘non’ n’est pas la bonne réponse au marchandage injuste imposé par ces accords commerciaux. Mais en tant qu’éducateurs, nous devons également dire ‘oui’: ‘Oui’ à une voie alternative qui nous permettra de nous éloigner du néolibéralisme, de la misère qu’il offre pour le plus grand nombre et de la richesse qu’il apporte à une minorité ».  

 

Angelo Gavrielatos, Directeur du projet « Réponse mondiale à la privatisation et commercialisation de l’éducation » de l’IE, a déclaré que l’étude de l’IE avait démontré les effets terriblement négatifs de la commercialisation de l’éducation. La mobilisation de l’IE auprès des agences internationales et des gouvernements nationaux commence à porter ses fruits, a-t-il ajouté. Gavrielatos a également souligné la façon dont les syndicats de l’éducation en Ouganda, au Kenya et aux Philippines ont mobilisé avec succès l’opinion publique contre la multiplication des écoles à but lucratif dans leur pays.

 

La conférence a apprécié la décision de l’IE d’étendre son programme de réponse mondiale à l’Amérique latine. Une étude de l’IE sur les développements de l’éducation en Uruguay, où le milieu des affaires et les organisations de la société civile exercent une pression sur le gouvernement pour créer un marché de l’éducation, a déjà engendré un débat national sur la nécessité de renforcer le système public d’enseignement dans le pays. Le programme sera étendu en 2018 au Pérou, au Honduras, au Mexique et à l’Argentine.

 

Dr Roberto Aguilar, Ministre de l’Education de Bolivie, un des rares pays d’Amérique latine à ne pas adopter une approche néolibérale, s’est également adressé à la conférence. Il a expliqué qu’en Bolivie des investissements considérables dans l’enseignement public ont entrainé un plus grand nombre d’inscriptions, une meilleure qualité de l’éducation et de meilleures conditions de travail pour les enseignant(e)s. Bien que les institutions financières internationales aient recommandé à la Bolivie de réduire ses dépenses publiques, des réductions budgétaires dans l’éducation ne sont pas une option pour le Président du pays, Evo Morales, a déclaré Aguilar.  

 

L’ancien Ministre des Finances argentin Dr Axel Kicillof et l’ancien Ministre brésilien pour l’Egalité des genre et les droits humains Dr Nilma Limo étaient également orateurs à cette conférence.