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Mexique: Mouvements de protestation chez les enseignant(e)s

Le 23 mai dernier, 70.000 enseignants ont manifesté dans les rues d’Oaxaca (Mexique) en protestation contre le financement insuffisant des établissements scolaires, mais également contre la politique récemment mise en place, liant la rémunération des enseignant(e)s aux résultats de tests standardisés. Les désaccords entre les dirigeant(e)s des syndicats d'enseignants et leurs membres ont d'autant plus compliqué les négociations avec le gouvernement.

La grève a débuté à quatre endroits différents de la ville. Les enseignant(e)s se sont ensuite rassemblé(e)s sur la grand place, où ils ont bloqué toutes les intersections, toutes les barrières de péage, les bâtiments publics et les bureaux. Si les enseignant(e)s souhaitaient protester contre les différents problèmes au niveau local comme au niveau de l’Etat, les deux questions principales étaient néanmoins axées sur le financement et les tests standardisés.

Les enseignant(e)s ont exigé que des ordinateurs soient fournis à toutes les écoles primaires et que le gouvernement règle les factures d'électricité de ces écoles, car à l'heure actuelle, ce sont les familles qui prennent en charge ces factures. Selon le gouverneur de l'Etat d'Oaxaca, 128 millions de dollars auraient été proposés pour financer les écoles, au cours des précédentes négociations qui se sont soldées par un échec. Cependant, les syndicats d'enseignants rétorquent que le montant proposé avoisinait plutôt les 59 millions de dollars, raison pour laquelle cette proposition avait été rejetée.

En outre, Elba Esther Gordillo, Présidente du syndicat d'enseignants, a récemment signé un accord en vertu duquel les résultats des étudiant(e)s aux tests standard comptent désormais pour 40% dans la note d'évaluation de l'enseignant(e). Les enseignant(e)s dont les élèves ont obtenu les meilleurs résultats recevront une récompense de 1.725 dollars. Certains pourraient même se voir remettre les clés d'une nouvelle maison. Cependant, nombreux sont les enseignant(e)s qui contestent cette politique. Elle pourrait en effet favoriser la fraude et encourager les enseignant(e)s à enseigner uniquement dans le but de ces tests.

D'après les déclarations de Combertty Rodriguez Garcia, Coordinateur régional principal de l'IE pour l'Amérique latine, au regard du rôle des tests standardisés, « l'IE soutient fermement que l'évaluation d'un enseignant(e)ne devrait pas reposer sur un test standardisé. Les tests standardisés évaluent la capacité d'un étudiant(e)à travailler au sein du système en place, mais freinent également l'ingéniosité des enseignant(e)s et les découragent de faire preuve de créativité afin de pousser leurs étudiant(e)s à dépasser les limites de la réussite standard. »

Même si le Président mexicain, Felipe Calderon, et Mme Gordillo, la Présidente du syndicat, ont déclaré que cette politique allait moderniser et améliorer le système éducatif mexicain, l‘opposition résolue des travailleurs/euses enseignant(e)s met en lumière la tension entre les dirigeant(e)s et les membres du syndicat. Le caucus d'opposition des enseignant(e)s, composé d'enseignant(e)s venant des quatre coins de l'Etat, a néanmoins permis aux éducateurs/trices n'approuvant pas les récentes politiques d'organiser leur opposition.

De nombreux enseignant(e)s sont convaincus que Mme Gordillo n'a pas le pouvoir de prendre des décisions au nom des enseignant(e)s, car elle aurait été élue au cours d'une réunion n'ayant pas respecté les statuts du syndicat. Le gouvernement a néanmoins rejeté toutes les demandes visant à enquêter sur sa légitimité.

« Le militantisme au niveau local est la clé pour que les syndicats d'enseignants deviennent de puissants acteurs du changement. En outre, nous comptons sur nos éducateurs/trices passionné(e)s pour mener ce combat vers un monde meilleur. On observe progressivement un changement durable et efficace qui provient d'en-bas. Par conséquent, tous les niveaux d'affiliation doivent être impliqués dans les griefs et dans les succès des autres membres. Les syndicats luttent pour un traitement équitable sur le lieu de travail comme au sein de la société. Nous devons néanmoins veiller à ce que ces modèles de justice soient respectés au sein même de nos organisations. »

Certains ont demandé à ce que l'argent soit utilisé pour résoudre les problèmes fondamentaux au sein des systèmes éducatifs au Mexique, plutôt que pour le financement de ces nouveaux tests standardisés. José González Figueroa, fondateur et leader du caucus d'opposition, a proposé que le gouvernement « mette fin au chaos au sein du système éducatif mexicain, ouvre des centres de petits-déjeuners au sein des écoles et effectue les réparations nécessaires dans ces dernières. »

Depuis de nombreuses années, Oaxaca est le berceau du militantisme des enseignant(e)s et des employé(e)s du secteur public. En 2006, vingt enseignant(e)s avaient trouvé la mort lors de la Révolte d'Oaxaca, à la suite d'une attaque de la police contre les protestataires qui siégeaient sur la place principale, alors que ces derniers/ères dormaient. Il s'agit de la plus grande manifestation sous la présidence de Felipe Calderon, ainsi que de la plus grande grève depuis la Révolte d'Oaxaca.

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