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France: leurs nouveaux représentant(s) vont porter haut la voix des enseignant(e)s et personnels de soutien à l’éducation

Publié 12 décembre 2018 Mis à jour 13 décembre 2018

Dans un scrutin marqué par une grande stabilité et par une participation en hausse, les enseignant(e)s et personnels de soutien à l’éducation français(ses) ont démocratiquement élu, pour quatre ans, leurs représentant(e)s issus des syndicats à différentes instances liées à l’éducation lors des élections professionnelles 2018.

UNSA Education: les élections, un système démocratique qui pernet de mesurer la représentativité des syndicats

Ces élections, tenues du 29 novembre au 6 décembre, ont concerné« tous les personnels de l’éducation en France et ont permis de mesurer la représentativité des différentes organisations syndicales qui se présentent au plan national et au plan local », explique Christian Chevalier, Délégué général aux enjeux européens et internationaux de l’Union nationale des syndicats autonomes–Education (UNSA Education) et membre du Bureau exécutif de l’Internationale de l’Education. « Ainsi le gouvernement mesure-t-il avec précision l’influence de chaque organisation et cela permet de préciser celles avec lesquelles il pourra se retrouver autour d’une table de négociation. »

Il voit comme avantage à ce système d’élections de représentant(e)s par l’ensemble des personnels de l’éducation, une spécificité française, le fait que « c’est un système démocratique: celui de l’élection qui donne une légitimité aux syndicats choisi par les personnels. La conséquence: ce n’est pas le gouvernement qui décide avec quel syndicat il doit négocier. Il négocie avec ceux qui ont été choisis par les électeurs. »

Chevalier considère que « l’absence d’élection n’empêche pas la concurrence », mais « pour autant, l’unité syndicale peut exister sur des sujets communs comme ce fut le cas le 12 novembre pour dénoncer la politique budgétaire du gouvernement en matière éducative ».

Pour lui, « les commissions paritaires sont très importantes en matière de dialogue social et de transparence dans les décisions prise concernant les personnels et les structures du système éducatif », car elles ont « récemment permis, par exemple, de mettre en place un nouveau dispositif de carrière et d’évaluation des enseignants qui vont voir leur rémunération évoluer de façon significative. La limite de ce fonctionnement est la volonté ou non du gouvernement de mener un dialogue social sincère avec les organisations syndicales représentatives. Négocier reste toujours un combat en France contrairement à d’autres pays européens où le dialogue social est ancré dans les pratiques démocratiques. »

Dans un communiqué officiel, l’UNSA Education s’est aussi réjouie que « malgré une première journée de scrutin marquée par la défaillance du système de vote, la participation est en hausse. Dans un contexte social et politique particulièrement tendu, cette progression témoigne de l’attachement à la représentation syndicale. Le ministre doit l’entendre. Il est temps de changer de méthode et de laisser une place plus importante à la négociation avec les organisations syndicales. »

SNUipp-FSU: conjuguer l'intérêt des étudiant(e)s avec celui des enseignant(e)s

Le Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (SNUipp-FSU) a de même noté qu’« après sept jours de vote marqués par de graves dysfonctionnements, les collègues ne se sont pas découragés. La participation est en hausse, montrant ainsi l’attachement des personnels au paritarisme. Le vote a pourtant été rendu impossible la première journée. »

La Secrétaire nationale du SNUipp-FSU Michelle Olivier décrit ces élections professionnelles comme « un grand moment de la démocratie sociale pour désigner des représentants défendant les droits des enseignants et un vrai projet pour l'école. On délivre un message en apportant son soutien à telle ou telle orientation syndicale. Une qui entend conjuguer l'intérêt des élèves et celui des enseignants, qui porte des valeurs, plutôt qu'une autre qui ne serait centrée que sur l'un ou l'autre de ces aspects.

Il s’agit de son point de vue « d’un grand moment de la démocratie autour duquel tout un pan de la culture sociale des enseignants se joue. En effet, les espaces démocratiques qui leur permettent de se faire entendre, de faire valoir et défendre leurs droits, ne se sont pas ouverts en un jour. »

Olivier rappelle aussi que ces espaces démocratiques « sont le fruit de plus d'un siècle de détermination pour être reconnus en tant qu'interlocuteurs de leur administration et du pouvoir politique. Les avancées se sont faites progressivement, les dernières de manière assez récente, les Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) n'ont vu le jour a !'Education nationale qu'en 2010. Il est grand temps pour le gouvernement d’ouvrir de véritables négociations et de changer de politique.»

FEP-CFDT: les commissions paritaires et techniques, des lieux institués de dialogue social

« L’abstention sera-t-elle moindre que lors des deux dernières élections? », s’était lui interrogé le Secrétaire général de la Fédération Formation et Enseignement Privés (FEP-CFDT) Bruno Lamour. « C’est le cas, ce qui signifie que la cote de confiance des personnels en leurs représentants a augmenté, une excellente nouvelle », continue-t-il.

« Que les personnels puissent tous les 4 ans désigner leurs représentants est un principe démocratique très sain », convient Lamour, rejoignant ainsi l’avis de ses collègues, et ajoutant que « cela confère aux représentants syndicaux une légitimité pour agir et l’obligation d’être en lien avec les personnels au risque sinon d’être écartés ».

Il reconnaît par ailleurs qu’« une élection exacerbe évidemment la concurrence entre organisations, mais c’est surtout le contexte historique du pays et l’antagonisme entre un ‘camp réformiste’ et le camp opposé qui provoquent la désunion et l’émiettement syndical ».

Tirant le bilan du fonctionnement des commissions paritaires et techniques, au niveau régional/national, ces dernières années, Lamour souligne que « ce sont des lieux institués de dialogue social avec l’Etat employeur des agents des ministères de l’Education et de l’Agriculture. Via ces lieux, les représentants des agents sont reconnus. »

S’il se félicite que « des avancées sociales, salariales, d’autres liées aux conditions d’exercice ont eu lieu ces derniers années », il déplore néanmoins grandement que « hélas, cela n’est plus le cas depuis 2017, les organisations syndicales étant négligées par le gouvernement Macron ».