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Cameroun : la reprise des cours en présentiel sans une bonne organisation met en danger enseignant∙e∙s et étudiant∙e∙s

Les enseignant∙e∙s syndicalistes camerounais∙es ont alerté le gouvernement sur le fait qu’un retour en classe le 1er juin non préparé de façon adéquate serait synonyme de mise en danger de la communauté éducative. Ils ont insisté notamment sur des effectifs par classe allégés et la fourniture de masques et gels hydroalcooliques.

Les signaux que renvoie la gestion de la crise de la COVID-19 par les autorités publiques ne sont guère rassurants, a fait observer Roger Kaffo, secrétaire général du Syndicat National Autonome de l'Enseignement Secondaire (SNAES) et secrétaire général adjoint de la Fédération des Syndicats de l'Enseignement et de la Recherche – une organisation membre de l’Internationale de l’Éducation et à laquelle le SNAES est affilié.

Il a regretté en effet que la communication gouvernementale sur la cartographie et la progression de la pandémie reste minimale. Il a expliqué notamment que les foyers de contagion ne sont pas précisément indiqués et que les statistiques de contamination sont peu conformes à ce que chacun vit au quotidien dans les grandes métropoles camerounaises. La prise en charge des malades reste également opaque, alors même que le système de santé semble complètement débordé déjà.

De nombreuses préoccupations concernant la santé des éducateur∙trice∙s et étudiant∙e∙s

Quant à la réouverture des écoles et établissements d’éducation, il a noté que les interrogations demeurent nombreuses : « Le 1er juin 2020, les établissements scolaires seront-ils désinfectés ? Élèves et enseignants disposeront-ils de masques, de gels hydroalcooliques, de points d’eau coulante, ou de savon ? Les autorités scolaires seront-elles équipées pour prendre la température de tous ceux qui franchiront les seuils des établissements scolaires ? Les dispositions seront-elles prises pour que soient respectés les gestes barrières dans les salles de classes, sur les campus ? »

Des effectifs par classe pléthoriques, un problème qui dure

Il a continué en soulignant que « cafouillage semble le disputer au manque de bon sens », car les chef∙fe∙s d’établissements ont d’abord reçu instruction d’organiser des classes de 24 élèves, ce qui pouvait permettre de faire respecter de la distanciation sociale. Néanmoins, comme les lycées des grandes métropoles ne peuvent faire des classes de 24 élèves par manque de salles – certains auraient besoin d’un supplément de 40 à 50 salles – les autorités publiques ont remonté le nombre à 50 élèves par classe.

« On peut voir par-là que le choix de l’indicateur ne répond pas ici à un principe scientifique mais managérial », a vivement déploré Kaffo. « Comment contenir la propagation du virus dans ces lieux exigus et clos avec de tels effectifs ? Le virus risque d’y circuler comme une trainée de poudre. Le cas échéant, il se retrouvera dans les domiciles et opèrera à grande échelle. »

Il s’est donc d’ores et déjà dit inquiet de ce que deux à trois semaines après la reprise des classes, on pourrait commencer à regretter les mauvaises mesures prises. Il a par conséquent proposé d’agir dès maintenant en revenant à 24-25 élèves par classe. Lorsque ce n’est pas possible, il a invité à échelonner le retour à l’école en fonction de la programmation des examens.

« Il ne s’agit pas pour nous uniquement de réussir notre rapport de fin d’année scolaire, il s’agit aussi et avant tout de sauver des vies ! », a-t-il soutenu.

Masques et gels hydroalcooliques, vecteurs d’inégalités

Concernant les masques et gels hydro alcooliques, Kaffo a condamné la forte recherche de profit lors de leur fourniture, et a fait valoir l’importance d’assurer l’égalité de tous les enfants pour ce qui est de la protection face à la maladie.

« Pour cela et compte tenu des inégalités bien connues de revenus, l’État doit s’assurer que chaque enfant qui franchit le portail d’une école, d’un collège, d’un lycée, porte un masque et trouve sur place de l’eau et du savon, une solution hydroalcoolique ou tout autre formule désinfectante agréée, a-t-il dit.

Il a aussi appelé les enseignant∙e∙s à se mobiliser pour la santé et la sécurité des élèves : « Nous disons ‘l’État’, mais nous savons que l’État, c’est aussi nous, c’est tout une chaîne. Mais sur la chaîne, nous n’avons pas tous les mêmes responsabilités. Si les moyens sont gérés à un autre niveau, nous pouvons au moins nous assurer, au stade où nous opérons, que la sécurité de nos élèves est préservée dès le 1er juin. »

L’incident de la crise du Kawasaki, qui sévit en ce moment en France et aux États-Unis et fait des morts, devrait nous interpeller déjà, a-t-il continué.
Kaffo a aussi rappelé que les syndicats ont adressé une correspondance au Premier Ministre sur ces questions, sans aucune réaction de la part du destinataire. 

Il s’est ensuite arrêté sur les communiqués des ministres en charge de l’Éducation, sous forme d’appels au secours adressés au ministre de la Décentralisation et du Développement local d’une part, et aux autorités locales décentralisées d’autre part.

Selon ces communiqués, le système éducatif camerounais n’aurait pas les moyens de sa riposte à la COVID-19 et devrait compter, pour assurer la sécurité des élèves, enseignant∙e∙s et autres personnels de soutien à l’éducation, sur « une intervention sous forme d’aumône d’autant plus aléatoire que l’on sait que les sollicités se plaignent régulièrement de manquer de moyens pour leurs activités essentielles ».

Kaffo a ensuite reconnu que le ministre du Travail et de la Sécurité Sociale est entré en contact avec les syndicats d’enseignants et a obtenu de ces derniers la liste de leurs revendications prioritaires, classées par ordre de priorité.

Cependant, a-t-il conclu, « que sera-t-il fait de la liste des mesures prioritaires adressées au Premier Ministre par les syndicats d’enseignants ? Il faut espérer qu’à l’aune des priorités gouvernementales, elles ne seront pas jugées démesurées. »