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La crise de la COVID-19 continue de faire sentir ses effets sur les conditions de travail dans l’éducation

Un récent webinaire de l’Internationale de l’Éducation a révélé un creusement des inégalités dans le secteur de l’éducation. Des affiliés ont échangé leurs expériences professionnelles afin d’améliorer les conditions de travail des enseignant·e·s, des professeur·e·s d’université et des personnels de soutien à l’éducation. Le webinaire avait pour but d’alimenter les travaux de l’Internationale de l’Éducation dans ce domaine au cours de la crise de santé publique actuelle.

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En souhaitant la bienvenue aux plus de 150 participant·e·s de 55 pays, la secrétaire générale adjointe de l’Internationale de l’Éducation, Haldis Holst, a souligné que cet événement en ligne était « une excellente occasion d’échanger et d’apprendre de nos collègues des autres pays ». Après une année de pandémie, il était aussi intéressant « d’avoir une vue d’ensemble et de partager ce que nous savons des répercussions de cette pandémie sur les conditions de travail de nos membres ».
 
Holst a encouragé les participant·e·s à lire les nombreuses histoires recueillies par l’Internationale de l’Éducation sur l’impact de cette crise de santé publique sur les enseignant·e·s et les personnels de soutien à l’éducation.
 
Inégalités croissantes
 
Holst a cité un blog de Dianne Woloschuk, membre du Bureau exécutif de l’Internationale de l’Éducation, « Adopter une vision à long terme : gravir les marches de l’égalité pour les femmes » : « Avec la pandémie, les répercussions négatives n’ont pas manqué, notamment sur les femmes. Selon ONU Femmes, elles représentent 39 pour cent de la population active dans le monde, mais elles ont subi 54 pour cent des pertes d’emplois. Soixante-dix pour cent des personnels sociaux et de santé sont des femmes. La fermeture des écoles et des institutions d’enseignement supérieur a durement affecté les personnels de soutien à l’éducation, les éducateur·trice·s de la petite enfance et les femmes dans le secteur de l’enseignement supérieur. »
 
Les inégalités se sont creusées durant la pandémie, a indiqué Holst, ajoutant que les droits sont menacés, comme dans le cas des enseignant·e·s contractuel·le·s au Maroc.
 
Voici un an, a-t-elle dit, l’Internationale de l’Éducation a réalisé une enquête afin d’évaluer l’effet initial de la pandémie de COVID-19 sur ses membres et sur les éducateur·trice·s. Cette enquête a montré que la crise de la COVID-19 a touché différemment les groupes de membres : les plus durement frappés ont été les personnels de l’éducation des établissements privés, le personnel de l’enseignement supérieur et les chercheur·euse·s, les enseignant·e·s remplaçant·e·s, les travailleur·euses de la petite enfance et les enseignant·e·s immigré·e·s.
 
Une étude plus récente menée par l’Internationale de l’Éducation sur l’avenir du travail a mis en évidence les inquiétudes des personnels de l’éducation vis-à-vis du monde numérique dans lequel ils travaillent, compte tenu de l’accès aux outils numériques. « Nous savons qu’il existe également une fracture entre ceux qui ont accès à ces outils et les autres. Nous savons que des enseignants et des travailleurs de l’éducation utilisent de nouveaux outils avec lesquels ils n’avaient jamais travaillé auparavant, jonglant entre travail en présentiel et travail en ligne, éprouvant des difficultés à concilier vie professionnelle et privée et s’inquiétant de leur santé. Nous savons qu’il y a davantage de travail, de pression sur les éducateurs et nous devons nous demander comment nous y répondons, en tant que syndicats, et de quels outils nous disposons pour aider nos membres. »
 
Holst a indiqué que, si certains syndicats de l’éducation ont ouvert des portes qui étaient fermées jusque-là, d’autres ont vu des portes leur claquer au nez plus que par le passé. « Nous voulons recueillir des idées sur la manière d’aborder cette situation, pour connaître les possibilités et les défis qui nous attendent », a-t-elle ajouté.
 
Amérique latine : syndicats et citoyens luttent courageusement pour leurs droits et pour l’éducation
 
Dans son exposé, Fatima da Silva, vice-présidente du Comité de la région Amérique latine de l’Internationale de l’Éducation, a souligné que le Brésil est dépourvu de gouvernement. Le gouvernement fédéral nie l’existence de la pandémie et se comporte comme si elle n’existait pas, a-t-elle déclaré.
 
« Si le nombre de décès a diminué, c’est parce que la Cour suprême a réclamé des mesures décentralisées. C’était la seule façon de procéder pour que le Brésil prenne des mesures en vue de juguler la crise de la COVID-19 ». Plus de 3.000 décès quotidiens sont imputables au fait que le Brésil est un État fédéral, a-t-elle encore indiqué.
 
Les États du nord-est du Brésil ont formé un consortium pour lutter contre la pandémie avec des scientifiques et d’autres entités s’occupant d’éducation et d’emploi.
 
Le syndicat de Da Silva, la Confederação Nacional dos Trabalhadores em Educação (CNTE), « se bat avec les parents et les élèves pour tenter de faire entendre notre voix afin de retourner à l’école en toute sécurité ».
 
Jusqu’à présent, l’élite a exigé que l’économie continue de tourner et s’est opposée aux mesures de lutte contre la propagation du virus qui ont été prises par les autorités locales. Mais aujourd’hui, les personnes ayant des revenus supérieurs sont confrontées à un manque de lits dans les hôpitaux, de sorte qu’elles font enfin pression sur le gouvernement pour qu’il modifie sa stratégie.
 
« Ce n’est que lorsque le gouvernement fédéral actuel sera parti que nous aurons une autre politique pour sauver des vies », a-t-elle déclaré. « Nous sommes en conflit avec les autorités, nous nous battons avec le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif. Au milieu de ce combat, des gens meurent de faim en raison du taux de chômage extrêmement élevé. »
 
C’est une période difficile pour les relations de travail, a-t-elle expliqué. Dans de nombreuses municipalités, les enseignant·e·s ont été licencié·e·s, ce qui a eu des conséquences considérables sur le secteur privé au Brésil. Professionnellement parlant, les personnels de l’éducation travaillent beaucoup plus aujourd’hui, au risque de s’épuiser parfois.
 
Il y a toutefois de l’espoir, a-t-elle insisté, en remerciant l’Internationale de l’Éducation et ses affiliés qui ont réclamé un procès équitable et la libération immédiate de l’ex-Président brésilien Lula da Silva.
 
Da Silva a conclu en disant que dans tout le continent latino-américain, les gens se battent courageusement pour leurs droits et pour l’éducation.
Afrique : lutte pour assurer une éducation à distance de qualité et le respect des droits fondamentaux
 
Le président du Comité de la région Afrique de l’Internationale de l’Éducation (CRAIE), Christian Addai Poku, a présenté les résultats d’une étude réalisée pour la région Afrique de l’Internationale de l’Éducation, « La COVID-19 et l’éducation : comment les syndicats de l’éducation font face ». Cinquante-quatre syndicats de 34 pays africains ont participé à l’enquête.
 
L’étude a montré ce qui suit :
  • La quasi-totalité des gouvernements ont décidé de fermer les écoles et les établissements d’enseignement supérieur dans le cadre de leur stratégie de lutte contre la propagation de la pandémie de COVID-19 ;
  • Les programmes d’enseignement à distance n’ont pas été efficaces. Seule une poignée de privilégié·e·s ont eu accès à l’enseignement en ligne ;
  • Les violences sexuelles, les grossesses d’adolescentes et les mariages précoces ont augmenté ;
  • Les enseignant·e·s ne possèdent pas les compétences, la formation et le soutien nécessaires pour un enseignement et un apprentissage distanciels et virtuels ;
  • Le dialogue social n’a pas toujours été régulier, sérieux ou efficace ;
  • Les éducateur·trice·s et leurs syndicats ont pris des mesures concrètes pour répondre à la crise ; et
  • Trop peu de mesures ont été prises par les gouvernements pour assurer la santé et le bien-être des enseignant·e·s, des personnels de soutien à l’éducation et des élèves.
 
Les enseignant·e·s et les personnels de soutien à l’éducation ont été touchés à des degrés divers au niveau des salaires et des conditions de travail, a déclaré Addai Poku. Il a souligné que 92 % des syndicats africains de l’éducation ont mené des actions pour sensibiliser leurs membres, 72 % ont mené un dialogue social avec le gouvernement et 38 pour cent ont élaboré des outils pour leurs membres.
 
Dans la majorité des cas, les syndicats africains ont été consultés et leurs points de vue sont parfois pris en considération, a-t-il indiqué.
 
Il a poursuivi en condamnant les attaques de plus en plus nombreuses menées contre les écoles et les enlèvements d’enseignant·e·s, de membres des personnels de soutien à l’éducation et d’élèves au Nigeria, au Cameroun et en Éthiopie. Il a également fait état d’atteintes graves aux droits humains et syndicaux au Kenya et à Djibouti.
 
Il a rappelé que, au cours de sa dernière réunion, le CRAIE a exhorté les gouvernements régionaux à agir rapidement en vue d’assurer aux éducateur·trice·s des conditions de vie et de travail décentes. Le comité a adopté trois résolutions majeures pour protéger la qualité de l’éducation et les enseignant·e·s :
 
« L’Internationale de l’Éducation devrait continuer de renforcer les capacités des organisations membres et leur fournir des ressources, des outils et des données, condamner les attaques contre les écoles, l’enlèvement d’élèves et l’assassinat d’enseignant·e·s et de personnels de soutien à l’éducation et inciter les gouvernements à agir », a déclaré le dirigeant africain de l’éducation.
 
Il a également appelé les affiliés de l’Internationale de l’Éducation à faire du renouveau syndical une priorité et à dénoncer les atteintes aux syndicats.
 
Internationale de l’Éducation : solidarité
 
Résumant les principaux enseignements de cette réunion en ligne, Holst a expliqué que l’Internationale de l’Éducation allait « rassembler toutes vos contributions, les analyser et voir ce que nous pouvons faire ».
 
Elle a insisté sur la nécessité de faire preuve de solidarité entre nous lorsque des collègues connaissent des situations difficiles, en tant qu’individus ou organisations membres, comme c’est le cas du Kenya National Union of Teachers, qui est menacé de dissolution.
 
« Continuons à faire entendre les défis que nous rencontrons chacun, soutenons-nous et nous continuerons d’être fort ensemble », a-t-elle conclu.
 
C’était le deuxième webinaire d’une série organisée par l’Internationale de l’Éducation ces derniers mois sur des questions liées aux effets de la pandémie de COVID-19 sur l’éducation. Le troisième webinaire de la série se tiendra le 6 mai et sera consacré aux répercussions de la pandémie sur les conditions d’emploi contractuelles des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.