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« L’impact du COVID-19 sur l’éducation tchèque dans le présent et l’avenir », par David Navrátil.

La pandémie de COVID-19 a très rapidement et subitement changé la vie des enseignant·e·s, des élèves et des parents dans mon pays. Elle a radicalement modifié la perception de notre système éducatif. Mais une question demeure – comment le système éducatif tchèque pourra-t-il gérer cette situation et quelles seront les conséquences pour l’avenir de l’éducation dans notre pays ?

Bien évidemment, chaque élève, chaque enseignant·e et chaque parent a réagi différemment. Et c’est une bonne chose, il s’agit d’une réaction normale à ce type de situation. Littéralement, du jour au lendemain, nous avons toutes et tous dû changer notre mode de pensée et nos habitudes. Les enseignant·e·s ont dû se mettre à penser différemment et à voir la situation sous plusieurs angles. Il importait plus que jamais qu’il·elle·s sortent de leur zone de confort. Personne n’était préparé à une telle situation, mais d’après ce que j’ai pu constater, les enseignant·e·s de mon pays ont agi de manière exceptionnelle. Je suis fier de mes collègues. Sans indications du ministère, sans instructions ou décrets cohérents, les écoles ont défini leurs propres règles en quelques heures à peine, laissant libre cours à leur créativité et à leurs idées pour répondre à cette situation inédite.

Les enseignant·e·s se sont posé les questions suivantes : Comment assurer la continuité du processus éducatif ? Qui peut les aider et comment ? Seul·e·s, comment peuvent-il·elle·s s’en sortir ? Il·Elle·s n’ont jamais été confronté·e·s à une telle situation. Cela a-t-il encore du sens de continuer à enseigner ? Est-il possible d’enseigner en l’absence de contacts quotidiens avec les enfants ? Bien sûr que cela doit continuer, ont-il·elle·s déclaré. Les enseignant·e·s ont pris le parti de ne pas abandonner leurs étudiant·e·s. Il·Elle·s sont parti·e·s du principe que les enfants avaient besoin d’orientation, de certitudes et d’objectifs à atteindre. Et tout cela dans un contexte où les médias n’informaient pas clairement la population et causaient la panique, diffusaient des reportages exagérant la situation, laissant les enfants en proie à des nouvelles effrayantes venues de toutes parts et les entraînant progressivement dans la dépression, la confusion et une incompréhension des choses essentielles, ne sachant plus que faire ou comment se protéger. Les enseignant·e·s ont uni leurs forces et ont commencé immédiatement à travailler et à communiquer par voie électronique avec les enfants, chacun à leur manière. Peu importe ce que les enfants apprenaient, l’important était de communiquer avec eux, de ne pas les accabler de travail, mais de les motiver à travailler, de les divertir.

Je suis convaincu que cette situation changera radicalement l’ensemble du système éducatif tchèque.

Il ne fait aucun doute que la fermeture des établissements scolaires a suscité à la fois des inquiétudes, de la confusion et des frustrations pour les élèves, les parents et les enseignant·e·s. Ces dernier·ère·s ont été invité·e·s à rester à la maison, confronté·e·s à un défi de taille : le monde de l’enseignement en ligne. Il·Elle·s ont découvert Office 365, Google Classroom, MS Forms, Google Forms, Livesheets, Kahoots, Quizlets, diverses chaînes éducatives et réseaux sociaux professionnels et, en quelques heures, ont compris leur fonctionnement et ont commencé à les utiliser. Il·Elle·s se sont lancé·e·s dans l’enseignement en ligne. La créativité et l’innovation ont été impressionnantes. Nous sommes heureux·euses de vivre dans un pays où tout est facile, où les technologies modernes sont utilisées à des fins pédagogiques dans bon nombre d’écoles et où même les enseignant·e·s n’ayant que peu ou pas d’expérience dans ce domaine s’en servent pour continuer à enseigner à leurs étudiant·e·s. Dans mon pays, cela a ouvert un nombre extraordinaire de possibilités et je suis convaincu que les enseignant·e·s poursuivront dans cette voie après le retour à la « normale ». 

La quasi-totalité des enseignant·e·s ont relevé le défi, leur réaction a été incroyable et il·elle·s ont créé un système flambant neuf. Pour moi, il est clair que leur expérience acquise durant la crise du COVID-19 sera mise à profit dans le futur. Je suis certain que les enseignant·e·s et les parents intégreront cette expérience dans leur vie et qu’elle trouvera sa place dans le système éducatif. La plupart des enseignant·e·s ont jugé que les plateformes en ligne pouvaient les aider dans leur travail et que la crise était une excellente occasion de faire progresser notre système éducatif. Le processus éducatif ne sera plus jamais pareil. Les enseignant·e·s ont été immergé·e·s dans le monde de l’enseignement en ligne et je suis sûr que l’effet leur a été profitable : sans cette pandémie, cela aurait mis des années et coûté très cher, et pourtant l’effet n’aurait pas été aussi notable, le potentiel n’aurait pas été pleinement exploré et les enseignant·e·s n’auraient pas compris pourquoi changer leurs habitudes et leurs méthodes d’enseignement, ni en quoi cela pourrait s’avérer positif. Voilà pourquoi nous devons évaluer cette période après la réouverture, en termes de qualité de l’éducation mais aussi en examinant les moyens d’atténuer les effets potentiellement négatifs de la technologie : protection des données, bien-être des enseignant·e·s et des étudiant·e·s, accès équitable, etc. Une excellente occasion nous est offerte de réfléchir à notre façon d’enseigner et de tirer le meilleur parti de toutes les nouvelles méthodes que nous avons pu découvrir.


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David Navrátil

David Navrátil enseigne l’anglais, la géographie et l’allemand. Il est membre de la section des jeunes enseignant·e·s de son syndicat CMOS-PS (République tchèque). 

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