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"10 années d'ISTP, ou ce que les gouvernements et les syndicats peuvent faire ensemble", par Andreas Schleicher et David Edwards

Voici dix ans, l'Internationale de l'Éducation et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont commencé à coorganiser avec différents pays une rencontre complètement uniquement (et quelque peu improbable), mais absolument nécessaire entre les ministres de l'Éducation et les responsables des syndicats d’enseignants. L'objectif était d'instaurer un dialogue informé et honnête entre les représentant·e·s élu·e·s de la profession enseignante et les autorités publiques nationales. Une décennie plus tard, alors que la pandémie de COVID-19 affecte la santé, la sécurité, l'éducation et le bien-être des citoyen∙ne∙s partout dans le monde, il est plus important que jamais de renforcer le dialogue entre les ministres de l'Éducation et les syndicats d’enseignants.

Plus de la moitié des enfants et des enseignant·e·s du monde étant engagés dans une forme ou l'autre d'éducation d'urgence et l'autre moitié en étant totalement privée, un retour réussi à l'école en toute sécurité revêt une importance capitale. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes une fois de plus attelés à l'organisation d'un Sommet international sur la profession enseignante (ISTP) virtuel sur la question de la réouverture des écoles et des établissements d'enseignement et sur les cinq piliers nécessaires pour une réouverture réussie.

Alors que les écoles et les établissements d'enseignement sont encore partiellement ou totalement fermés dans une majorité de pays, les gouvernements doivent se pencher sur des questions essentielles, à mesure que des pays commencent à rouvrir progressivement leurs écoles maternelles, primaires et secondaires et leurs établissements d'enseignement supérieur. Il est impératif, tant pour l'OCDE que pour l'Internationale de l'Éducation, que les gouvernements communiquent en toute transparence et en permanence leurs plans en matière de reprise de l'enseignement en présentiel et que ces plans concilient les besoins éducatifs et les exigences sanitaires. Afin d'établir la confiance nécessaire à la réussite, un dialogue social et politique permanent avec les éducateur·trice·s et leurs syndicats est la clé d'une stratégie éducative réussie. Les écoles sont le cœur de leur communauté. Elles sont essentielles à l'apprentissage et aux aptitudes sociales des élèves. Il est donc vital que les stratégies de leur réouverture soient couronnées de succès pour les élèves, les parents et les enseignant·e·s. 

La pandémie a révélé les nombreuses inadéquations et inégalités de nos systèmes éducatifs – depuis l'accès à un internet haut débit et les ordinateurs indispensables pour l'enseignement en ligne jusqu'aux difficultés rencontrées pour ajuster les ressources pédagogiques aux besoins, en passant par la création des environnements propices nécessaires pour se concentrer sur l'apprentissage. Toutefois, alors que ces inégalités sont amplifiées en cette période de crise, celle-ci offre également la possibilité de ne pas revenir à la situation antérieure lorsque les choses reviendront à la « normale ». Les gouvernements et les syndicats peuvent agir conjointement et c'est la nature de ces réponses collectives et systémiques aux perturbations qui déterminera la manière dont elles nous affectent. La voie à suivre est claire.

 

Engager le dialogue social et politique

Les études révèlent que lorsque les autorités publiques s'engagent dans un dialogue social et politique permanent avec les éducateur·trice·s et leurs syndicats pour évaluer les besoins, y compris en matière de santé, et collaborent pour déterminer quelle est la meilleure manière de passer à l'enseignement et à l'apprentissage en présentiel, la confiance ainsi établie se traduit par des résultats positifs pour les élèves et les communautés. En outre, lorsque les droits du travail des enseignant·e·s sont respectés et que des conditions de travail décentes sont maintenues, la priorité peut être donnée au soutien des élèves, à leur bien-être psychosocial et à leur apprentissage. 

 

L'équité doit être une priorité absolue

L'équité doit être au cœur de tous les plans de transition, en reconnaissant que l'impact de la pandémie n'est pas le même pour tou·te·s et que les élèves et les travailleur·euse·s déjà vulnérables ont été et pourraient continuer à être les plus durement touchés. Par conséquent, des structures de soutien efficaces sont nécessaires pour les élèves et le personnel vulnérables qui sont confrontés à des difficultés accrues et pour les élèves qui n'ont pas été en mesure de participer à l'apprentissage en ligne ou à domicile. Une stratégie prospective doit également être élaborée pour faire face à la hausse possible des taux de décrochage scolaire, en accordant une attention particulière aux filles et aux femmes, en particulier du fait que la récession économique augmente le risque de travail des enfants. 

 

Aligner les priorités éducatives sur les nouvelles réalités

Les priorités de l'enseignement pour l'année prochaine doivent répondre aux besoins des élèves et aux situations différentes qui pourraient être nécessaires pour enseigner dans les environnements scolaires modifiés que les recommandations sanitaires pourraient créer, à la maison et dans les environnements d'apprentissage étendus essentiels pour maintenir l'éducation. À court et moyen terme, les écoles peuvent devoir s'adapter à des restrictions plus grandes qu'en temps normal, avec davantage de temps nécessaire pour le maintien de l'hygiène. La possibilité de travaux collaboratifs, la pratique du sport ou d'autres activités parascolaires nécessitant des contacts physiques étroits avec les autres pourraient, par exemple, être réduites. Cela peut nécessiter de repenser l'apprentissage et l'enseignement afin d'offrir aux élèves les meilleures manières d'apprendre, compte tenu des possibilités, en exploitant au mieux de nouvelles façons d'enseigner et d'apprendre.

Une priorité devrait être de mettre en place une infrastructure efficace permettant une collaboration en ligne en raison de la possibilité d'interaction qu'elle offre. L'exercice de rééquilibrage du programme scolaire devrait commencer par une vision globale des compétences essentielles dont les élèves ont besoin, en ce compris les aspects cognitifs, sociaux et émotionnels. Il faut recenser les possibilités créées par les nouvelles conditions, comme la nécessité d'inciter les élèves à agir davantage, étant donné qu'une part importante de leur apprentissage l'exigera.  

Simultanément, l'apprentissage dans les conditions créées par la pandémie peut avoir créé de nouveaux besoins émotionnels. De même, les aptitudes sociales essentielles ordinairement cultivées lorsque des élèves collaborent entre eux à l'école pourraient nécessiter de l'imagination et de la créativité afin de les revisiter en utilisant diverses approches. Cet aspect offre aux gouvernements et aux syndicats une possibilité de travailler ensemble pour déterminer l'impact de la crise sanitaire sur l'enseignement, l'apprentissage et le programme scolaire. Il s'agit non seulement d'une opportunité de réagir à la situation immédiate créée par la crise de santé publique que nous traversons, mais également de commencer à accélérer le mouvement pour répondre aux besoins des élèves issus de milieux défavorisés que la pandémie a rendu plus visibles.

 

Soutenir la reprise et le bien-être physique et émotionnel

Les études montrent que le bien-être des élèves et celui des enseignant·e·s sont indissociablement liés. Dans certains pays prospères, des systèmes existent pour soutenir le bien-être et la santé mentale des enfants, des élèves et du personnel éducatif, notamment grâce à un soutien psychosocial et des conseils spécialisés. Outre le fait que la pandémie génère du stress et de l'anxiété, de nombreux enfants, élèves et personnels de l'éducation éprouveront également des difficultés à retourner en classe et à s'adapter à de nouvelles pratiques, comme les limitations des interactions sociales. Cela peut nécessiter un soutien spécifique pour les personnes qui ont été endeuillées ou victimes d'abus, de violence ou d'un autre traumatisme psychologique.

 

Faire confiance au professionnalisme des éducateur·trice·s  

Enfin, il est absolument indispensable que les autorités éducatives déterminent et évaluent avec les éducateur·trice·s et leurs syndicats l'impact que la fermeture des écoles a eu sur l'enseignement, l'apprentissage et le bien-être des élèves. Tout cadre en faveur de la transition vers l'enseignement en présentiel doit reposer sur la confiance dans le professionnalisme et la pratique pédagogique des personnels de l'éducation. Pour parvenir à une compréhension collective et à la clarté de toute exigence d'évaluation, la meilleure voie est celle du dialogue avec les éducateur·trice·s et leurs syndicats afin de garantir un traitement juste et équitable de tous les élèves et le maintien de l'autonomie professionnelle des éducateur·trice·s. 

Au cours de ces dix dernières années où nous avons coorganisé le Sommet international sur la profession enseignante, nous étions aux premières loges pour observer les avantages que l'on peut retirer d'un dialogue institutionnalisé et basé sur des données factuelles. Nous avons vu prendre forme des réformes ascendantes et progresser des engagements conjoints. La clé de la réussite est la mise en place d'un canal ouvert de communication et de participation et la volonté de faire preuve d'un leadership qui ne perd pas de vue l'objectif général. La crise de la COVID-19 a mis en évidence des inégalités criantes et le manque de préparation de nombreux systèmes éducatifs à une crise. Toutefois, elle nous offre la chance de mieux faire et de tirer des leçons de nos erreurs. L'approche que nous choisirons pour la réouverture des écoles pourra façonner non seulement le chemin que nous devons emprunter tous ensemble, mais aussi faire en sorte que nous soyons mieux préparé·e·s pour la route.  


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David Edwards

David Edwards est le Secrétaire Général de l'Internationale de l'Education.

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Andreas Schleicher

Andreas Schleicher est directeur de la Direction de l’éducation et des compétences, et conseiller spécial du Secrétaire général, chargé de la politique de l’Éducation, au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

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