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Développement du métier et qualité du travail: un partenariat Syndicat-Recherche

published 26 July 2016 updated 26 July 2016
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The french union Syndicat National des Enseignements de Second degré (SNES-FSU) has developed a partnership with Psychologists of the Conservatoire National des Arts et Métiers (EPCTA-CNAM) to foster professional development of its members through peer-to-peer interaction focusing on the quality of work. The psychologists support the teachers to help them reflect on their « professional style» (genre professionnel), in other words, the many different ways in which teachers practice their profession. The methodology focuses on the social and psychological dimension of work, what occupational psychologists call the « real activity », to be considered in addition to the activity prescribed by the institution (what has to be done) and the activity realised (what has been done) : what you think is feasible (or not), what makes sense to you,, what you disapprove, what you dream of as a professional, what you avoid doing, etc.

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L’Équipe de Psychologie du Travail et de Clinique de l’Activité (EPTCA-CNAM Paris), dirigée par le Professeur Yves Clot seconde les professionnels qui, face aux problèmes rencontrés dans leur exercice professionnel, cherchent à étendre leur pouvoir d’agir et développer leur métier.

Pour le SNES-FSU, mobiliser les professionnels sur ces thèmes est un atout dans l'élaboration de ses revendications et pour « disputer » avec les décideurs les critères de qualité du travail.

C’est ce qui a fondé le partenariat que le SNES a noué avec l’EPTCA.

« Quels objectifs ? »

Selon l’EPTCA pour que « ça marche » dans un métier, une coordination conflictuelle de plusieurs composantes est nécessaire : institutionnelle (les directives, la prescription), personnelle (les façons de faire de chacun), interpersonnelle (les relations nouées au travail).

Mais il existe également une composante contenant les façons dont les professionnels, entre eux, « mettent à leur main » les prescriptions. Cette composante « transpersonnelle » ou « genre professionnel» représente l’ensemble des manières de faire le métier.

Sans cette composante collective, élaborée plus ou moins tacitement par le milieu sur la base de son histoire et de son expérience au contact du réel, pas de travail pertinent possible, pas de possibilité véritable de s’adapter aux situations toujours mouvantes et non prévues « sur le papier ».

Aujourd’hui les « genres professionnels » existants dans l’éducation nationale française sont largement considérés par l’institution comme un obstacle à une nécessaire « rationalisation » mettant en œuvre « bonnes pratiques », pilotage par projets, etc. Cette orientation contourne la complexité du travail réel et conduit chacun, dans un contexte d’affaiblissement des collectifs, à se retrouver seul pour faire face.

Pouvoir développer le métier et produire un travail de qualité devient alors l’affaire des personnels eux-mêmes. Ils sont bien placés pour prendre en compte le réel, « travailler sur leur travail », et appréhender les difficultés, les enjeux, les possibles et les impossibles et les mettre en débat.

« Comment travailler sur le travail ? »

Chacun « habite » son métier d’une manière propre. Le « travail sur le travail » s’intéresse, non aux limites du fonctionnement personnel de chacun, mais à ce que ces « styles » particuliers apportent aux « genres professionnels ».

Les méthodes mises en œuvre s’appuient sur les fondements théoriques et méthodologiques de la clinique de l’activité professionnelle élaborés au sein de l’EPTCA, tout en les adaptant. Les psychologues du travail ont depuis longtemps mis en évidence la différence entre l’activité prescrite -ce qui est à faire-, l’activité réalisée –ce qui est fait-, et l’activité réelle, qui comporte tout ce qu’on n’arrive pas à faire, refuse de faire, fait pour éviter de faire ce qui est demandé, rêve de faire si les conditions s’améliorent, etc.

Cette activité réelle, cette épaisseur psychologique et sociale de l’activité professionnelle, contient en germe les ressources de développement possible, individuel comme collectif. Elle n’est pas accessible directement et, pour l’atteindre, il faut déranger les manières habituelles de parler, de penser, les discours convenus et généralistes. Des méthodes indirectes sont indispensables pour approcher ces tensions inévitables entre ce qui est imposé, ce qui est jugé possible, ce qui a du sens, ce qui peut être considéré comme un travail de qualité ou pas. C’est entre quoi celui qui travaille va être obligé de trancher dans le cours de son action.

Dans le cadre sécurisant de petits groupes de pairs, familiarisés aux méthodes indirectes dans le cadre du partenariat SNES-EPTCA, les jugements ne sont pas de mise, le dialogue sur les différentes manières de faire devient possible. Les échanges permettent aux participants de voir leur activité par le truchement des questions et des étonnements des autres et du dialogue intérieur que cela suscite chez eux.Ce « travail sur le travail » s’effectue à partir de traces écrites ou orales, issues de situations professionnelles précises, interrogées dans le détail : les évidences, les obstacles, mais aussi les astuces et les reconfigurations de la tâche peuvent apparaître comme autant de ressources potentielles, pour soi, pour le métier.

Nourrir la réflexion syndicale et faire bouger la prescription

Ces prises de conscience personnelles et collectives donnent une épaisseur concrète au quotidien de l'activité professionnelle, qui du coup habite chacun et fait revenir le réel du métier dans les échanges avec les autres participants au métier. L'enjeu est bien de donner les moyens à chacun et à tous de développer le métier et de disputer avec les décideurs des critères de qualité du travail.

Clot, Y. (2008). Travail et Pouvoir d’agir. Paris. PUF.Clot, Y. (2010). Le travail à cœur . Paris. La Découverte.Roger, JL. (2007). Refaire son métier. Essais de clinique de l’activité. Toulouse. Érès.

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