Ei-iE

Résolution | Renouveau syndical: le nouvel imperatif

Publié 2019-09-25 Mis à jour 2019-09-25

Le 8e Congrès mondial de l’Internationale de l’Education (IE), réuni à Bangkok en Thaïlande, du 21 au 26 juillet 2019, constate que:

(1) Le 8e Congrès mondial de l’Internationale de l’Education (IE), réuni à Bangkok en Thaïlande, du 21 au 26 juillet 2019, constate que:

(i) les syndicats de l’éducation, de tous les secteurs, jouent un rôle inestimable dans la promotion d’une éducation publique de qualité pour toutes et tous et la défense des droits et des conditions d’emploi des personnels d’éducation;

(ii) les syndicats de l’éducation agissent pour l’accès à l’éducation en tant que droit humain, condition préalable à la citoyenneté démocratique et élément essentiel de la justice sociale;

(iii) nous nous dressons contre ceux qui cherchent à transformer l’éducation publique en marchandise dans le but de réaliser des profits à titre privé;

(iv) nous nous opposons à celles et ceux qui cherchent à réduire l’offre éducative pour limiter l’accès à l’éducation et nous répondons à celles et ceux qui s’en prennent aux libertés académiques dans le but de fermer les espaces démocratiques; et(v) en défendant les droits et les conditions d’emploi des personnels d’éducation, nous interpellons celles et ceux qui cherchent à dispenser un enseignement à moindre frais en exploitant la bonne volonté et l’engagement des professionnels de l’éducation.

(2) Les syndicats de l’éducation à travers le monde subissent de graves attaques, notamment:

(i) les atteintes aux droits de négociation collective et les tentatives des gouvernements et employeurs de contourner les droits et processus existants;

(ii) une démarche gestionnaire croissante au sein des institutions de l’éducation qui vise souvent à porter préjudice à l’organisation syndicale;(iii) des attaques directes à l’encontre de la sécurité et des libertés des militant·e·s, telles que celles subies par les collègues en Colombie, aux Philippines et dans de nombreux autres pays; et

(iv) l’adoption de lois antisyndicales restreignant les droits des membres des syndicats à agir collectivement, y compris à mener des actions de grève.

(3) Parallèlement à ces attaques, la poursuite de l’austérité et le développement connexe de l’emploi précaire rendent la syndicalisation de plus en plus difficile. Souvent les personnes les plus touchées par le travail précaire sont celles qui sont déjà les plus vulnérables dans le marché du travail et, par conséquent, celles qui ont le plus besoin du soutien des syndicats.

(4) Au moment même où les personnels d’éducation sont confrontés à d’immenses menaces -, notre capacité à résister à ces défis est délibérément sapée. Cette situation oblige les syndicats à identifier de nouveaux moyens de répondre à ces nouvelles réalités. Le statu quo et « l’absence de changement » ne sont pas permis. Tel est l’impératif pour le renouveau syndical – la revitalisation de nos organisations en mobilisant les membres et en les amenant à agir. D’organisations de masse, nous devons nous transformer en organisations de participation de masse. Il ne saurait y avoir de renouveau syndical sans processus de renouveau démocratique.

(5) Le renouveau syndical est un processus de transformation déjà visible dans nombre de nos organisations. Il est par conséquent possible d’identifier certaines caractéristiques majeures du renouvellement bien que nous reconnaissions qu’il n’existe aucune formule magique à cet égard et que les expériences doivent tenir compte des grandes différences contextuelles. Les exemples de ces initiatives, manifestes au sein de nombreux affiliés de l’IE visent notamment à:

(i) améliorer la participation des groupes sous-représentés au sein de nos syndicats, notamment en mettant l’accent par exemple, sur l'accès des jeunes et des femmes au militantisme et à des postes à responsabilité au sein des organisations syndicales ;

(ii) identifier des moyens créatifs de syndicalisation sur les problématiques professionnelles de sorte que les syndicats puissent agir dans l’intérêt des éducateur·rice·s dans tous les aspects sectoriels et professionnels de leur travail (CSEE, 2018);

(iii) promouvoir une démarche tournée vers l’extérieur et axée sur l’organisation de campagnes permettant aux syndicats de non seulement recadrer le discours sur des problématiques clés, telles que le financement de l’éducation mais également d’établir de larges alliances avec les élèves, les parents et les organisations de la société civile.

(iv) repenser les structures syndicales en vue de créer des cultures organisationnelles plus inclusives et participatives et d’offrir aux membres de multiples moyens de s’impliquer auprès du syndicat en tenant compte de leurs intérêts et identités; et

(v) assurer la présence du syndicat dans la vie des personnes en renforçant la capacité des syndicats sur les lieux de travail afin que les membres puissent se rendre compte des changements concrets apportés par leur syndicat dans leur travail.

(6) Le Congrès se félicite des récents travaux de l’IE vis-à-vis de la promotion de cette thématique, en particulier de son rapport « organiser le personnel enseignant: renforcer le pouvoir de la profession » (2017). La récente initiative du CSEE : « Your TURN: teachers for trade union renewal’ » (A vous de jouer! Les enseignants pour le renouvellement syndical) offre d’excellentes possibilités en termes de partage de connaissances. Il est aujourd’hui impératif de tirer parti de ces initiatives et de s’appuyer sur la vaste expérience des affiliés de l’IE pour développer cette action. Compte tenu de l’ampleur des défis auxquels nous sommes confrontés, il existe un besoin urgent de partager nos connaissances et de renforcer notre capacité collective à affronter les menaces communes.

(7) Le Congrès donne mandat au Bureau exécutif pour :

(i) identifier et faciliter les occasions de partager les connaissances, l’expertise et les réflexions des affiliés de l’IE vis-à-vis du développement et du renouveau syndical;

(ii) apporter un soutien particulier aux organisations membres de l’IE dont les ressources limitées rendent difficile la réalisation de ces activités;

(iii) envisager l’établissement d’un réseau en faveur du renouveau syndical au sein des affiliés de l’IE afin de faciliter le partage d’expérience et d’optimiser les possibilités d’apprentissage partagé;

(iv) mettre les technologies de communication dont dispose l’IE au service de la rapidité et de la flexibilité des échanges;

(v) faire appel au Réseau de recherche de l’IE (RESNET) afin de poursuivre le développement d’un programme de recherche sur le renouveau syndical et de collaborer avec les universitaires qui peuvent contribuer à ce processus;

(vi) Envisager la réalisation d’une boite à outils en faveur du renouvellement syndical – un ensemble de ressources ajustables tenant compte des différences culturelles et contextuelles qui pourra aider les affiliés cherchant à engager une réflexion sur les expériences actuelles et susciter un changement organisationnel stratégique.