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Les enseignant(e)s ougandais(es) s’unissent pour défendre leur système scolaire public

Publié 5 octobre 2016 Mis à jour 10 octobre 2016

A l’occasion de la Journée mondiale des enseignant(e)s et face à la privatisation de leur système scolaire, les éducateurs/trices de l’Ouganda se sont réuni(e)s à l’occasion d’un événement revendiquant une éducation de qualité pour tou(te)s, auquel des milliers de personnes ont pris part.

Cette année, la Journée mondiale des enseignant(e)s est célébrée sous le thème « Valoriser les enseignants, améliorer leur statut ». Le slogan rappelle que des enseignant(e)s qualifié(e)s, bien soutenu(e)s et respecté(e)s sont au cœur de la réalisation de l’éducation gratuite et de qualité pour tout(e)s. Et pour donner encore plus de sens au thème retenu, des milliers d’enseignant(e)s se sont mobilisé(e)s aujourd’hui à Kampala, en Ouganda, afin de protester contre la privatisation et la commercialisation de leur système d’éducation par l’entreprise éducative à but lucratif Bridge International Academies(BIA).

Bridge International Academies, que beaucoup connaissent sous le nom de Bridge, est une chaîne multinationale d’écoles primaires privées à bas coût et à but lucratif, ciblant les foyers pauvres au Kenya, en Ouganda, au Nigeria, entre autres pays. En Ouganda, Bridge a connu un développement rapide depuis février 2015, avec environ 12.000 étudiant(e)s payant des droits de scolarité dans 63 établissements.

BIA sous surveillance

La chaîne d’écoles a récemment été placée sous surveillance en raison de son incapacité à assurer des normes minimales dans les écoles, y compris en ce qui concerne le recrutement d’enseignant(e)s qualifié(e)s.

Le 6 avril 2016, le Secrétaire permanent du ministère de l’Education et des Sports de l’Ouganda a décidé de « stopper l’expansion » de Bridge, évoquant des préoccupations quant à la légalité de ces écoles qui contreviennent à la Loi sur l’éducation de 2008, pour les raisons suivantes: « la qualité des infrastructures, les questions relatives au personnel enseignant, les méthodes et le programme d’enseignement, entre autres ». En août 2016, la ministre de l’Education et des Sports a annoncé la fermeture des écoles Bridge en raison de l’incapacité de l’entreprise à répondre aux exigences éducatives et légales du gouvernement.

Un rapport dévoile les pratiques de BIA

À l’occasion du rassemblement organisé sur le terrain de cricket de Kampala ( Oval Cricket Ground), des représentants de l’Internationale de l’Education (IE) ont dévoilé les conclusions d’un rapport sur les pratiques de BIA dans le pays. Ce dernier, intitulé « Scolariser les pauvres pour faire des bénéfices », souligne dans quelle mesure l’enseignement proposé par Bridge en Ouganda fait fi des normes légales et éducatives établies par le gouvernement.

Outre le fait de ne pas dispenser une éducation « abordable » pour tous les enfants (les familles doivent investir près de 25 pour cent de leurs revenus pour qu’un seul de leurs enfants fréquente une école Bridge), la qualité du service est généralement médiocre: les infrastructures scolaires de Bridge sont en-dessous de la moyenne, caractérisées par des conditions d’hygiène et sanitaires déplorables. L’enseignement est lui aussi en deçà des normes: des enseignant(e)s pour la plupart non qualifié(e)s dispensent des cours qu’ils/elles dictent à leurs étudiant(e)s à partir de tablettes, sans aucune adaptation du contenu par rapport au contexte culturel spécifique.

Chez Bridge, les enseignant(e)s perçoivent une rémunération faible par rapport au niveau de la vie, selon l’étude, et près de 9 enseignant(e)s sur 10 ne sont pas qualifié(e)s, contrevenant ainsi directement à la Loi de l’Ouganda sur l’éducation.

Le gouvernement doit prendre des mesures conséquentes

Pour reprendre les termes d’une déclaration signée conjointement par six dirigeants syndicaux ce jour-même à Kampala, « La tendance à la privatisation et à la commercialisation de l’éducation constitue l’une des principales menaces à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable des Nations Unies adoptés en septembre 2015 » (UNATU et FENU/Ouganda, KNUT/Kenya, SADTU/Afrique du Sud, NTAL/Liberia et SYPROS/Sénégal, ainsi que le Bureau régional pour l’Afrique de l’IE).

La déclaration poursuit en demandant au gouvernement de:

·        Veiller au respect des normes nationales minimales relatives à la fourniture de l’éducation. L’enregistrement des écoles doit être subordonné au respect total des normes minimales.

·        S’acquitter de ses obligations conformément à l’Objectif de développement durable n° 4 des Nations Unies. En adoptant les Objectifs de développement durable les gouvernements se sont engagés à veiller à ce que tous puissent suivre une éducation de qualité dans des conditions d’équité et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.  La cible 4.1 pose la condition suivante: faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit, équitable et de qualité, qui leur donne des acquis pertinents et effectifs.

·        S’acquitter de sa responsabilité première qui est de financer comme il se doit l’éducation de qualité et gratuite pour tous les enfants, indépendamment de leurs origines. Cette responsabilité revêt un caractère crucial pour la prospérité à venir de l’Ouganda.