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Ouganda: la filière de l’éducation à but lucratif essuie un revers majeur

Publié 4 novembre 2016 Mis à jour 14 novembre 2016

La Cour suprême ougandaise vient d’ordonner la fermeture immédiate de plus de 60 établissements de Bridge International Academies, qui exerçaient de manière illégale.

Cette décision fait écho à la répression amorcée par la ministre de l’Education à l’encontre des entreprises internationales actives dans le secteur de l’éducation.

Ce jugement prononcé par la Cour suprême de Kampala, en Ouganda, pourrait signifier le début de la fin pour l’entreprise de l’éducation nord-américaine Bridge International Academies (Bridge) en Ouganda. Selon les médias, ces écoles fréquentées par 12.000 élèves sont sur le point de fermer leurs portes, au terme d’un bras de fer avec le ministère de l’Education.

« La gestion de ces établissements par le requérant (Bridge International Schools) est en infraction avec la loi. La Secrétaire permanente de la ministre de l’Education (Dr Rose Nasali) a entrepris toutes les démarches nécessaires afin d’inviter le requérant à y remédier, mais ce dernier n’a pas pris les mesures qui s’imposaient », a décrété la juge Basaza. « La Secrétaire permanente de la ministre de l’Education dispose d’un mandat légitime pour promouvoir le contrôle de la qualité de l’éducation et de la formation, et il relève de sa compétence de fermer les institutions qui ne respectent pas les exigences et les normes minimales prévues par la loi... Aucun fondement juridique ne me permet d’annuler la décision prise par la Secrétaire permanente du ministère de l’Education de fermer les établissements du requérant pour les raisons exposées dans sa lettre du 25 juillet 2016. Par conséquent, la requête est rejetée, et le requérant devra prendre en charge les frais engendrés par cette situation. »

L’Internationale de l’Education salue cette décision

« L’IE salue cette décision qui acte la primauté des normes en matière d’éducation, dans l’intérêt de la protection des enfants et de leur droit à bénéficier d’une éducation de qualité. Chaque enfant mérite de bénéficier d’un programme scolaire intéressant, dispensé par un(e) enseignant(e) qualifié(e), dans une école sûre qui privilégie un enseignement et un apprentissage de qualité », a déclaré le Secrétaire général de l’IE Fred van Leeuwen, en réponse à cette nouvelle.

L’affilié de l’IE en Ouganda, l’ Uganda National Teachers Union(UNATU), s’est également réjoui de la décision prise par la Cour suprême ougandaise. James Tweheyo, le Secrétaire général de l’UNATU, a expliqué: « Nous appelons le gouvernement ougandais à protéger et à promouvoir l’accès et l’équité pour tous les étudiants, en garantissant un enseignement public qui établisse des normes en faveur d’une éducation de haute qualité. Nous souhaitons également que le gouvernement prenne les mesures adéquates pour permettre aux étudiants concernés par ces fermetures d’intégrer rapidement des écoles publiques. »

Un revers majeur

Bridge, une entreprise soutenue par la Banque mondiale, le département britannique en charge du Développement international, le philanthrope Bill Gates et le directeur de Facebook Mark Zuckerberg, compte 400 crèches et écoles primaires réparties à travers toute l’Afrique. L’entreprise a ouvert sa première école en 2009 dans un bidonville de Nairobi, au Kenya.

La section ougandaise de Bridge a récemment fait l’objet de toutes les attentions, car elle dispensait une éducation bien inférieure aux normes nationales – raison qui a poussé le ministère de l’Education à fermer ces établissements en août 2016. En juillet, l’UNATU était déjà intervenu à l’occasion d’une session parlementaire afin de lever le voile sur certaines pratiques de cette entreprise. Rwabushaija Namubiru, la porte-parole de l’UNATU à l’occasion de cette session, s’est exprimée sur cette affaire qui a rapidement revêtu une importance d’envergure nationale. Elle est revenue sur la piètre qualité des infrastructures, sur le manque d’enseignant(e)s qualifié(e)s et de programmes scolaires de qualité, qui disqualifient Bridge dans sa volonté de s’ériger en prestataire d’éducation.

Faisant écho à ces événements, l’IE a publié un rapport en septembre 2016 sur les pratiques de Bridge en Ouganda, intitulé « Eduquer les pauvres de façon rentable » (en anglais uniquement). Ce rapport révèle que l’approche éducative de Bridge International, mue par le profit et la réduction des coûts, standardisée et reposant sur l’utilisation d’Internet, présente un certain nombre de lacunes fondamentales.