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Maroc: front syndical pour défendre l’enseignement public face à une privatisation croissante

Publié 6 janvier 2017 Mis à jour 23 janvier 2017

Les syndicats de l’éducation du Maroc ont mobilisé contre la privatisation galopante, plus spécifiquement contre des mesures introduites par la gouvernement sortant et dont les syndicats estiment qu’elles pourraient « détruire l’enseignement public ».

SNE-CDT: tentative de privatiser l’éducation

Des marches régionales, des sit-in et une grève générale ont été parmi les stratégies de mobilisation débattues par le Conseil national du Syndicat National de l'Enseignement-Confédération Démocratique du Travail (SNE-CDT) du Maroc. Ces stratégies ont été soulignées lors d’une réunion qui s’est tenue le samedi 5 novembre à Casablanca, sous le slogan « Mobilisation sociale pour affronter les planifications de l’Etat visant à détruire l’école publique et l’élimination des droits et des acquis des enseignantes et enseignants et fonctionnaires du secteur ». La première action, des marches régionales à travers tout le Maroc, a été organisée le 18 décembre.

L’organe directeur du syndicat a également noté l’augmentation du conservatisme, « qui vise le retour en arrière du Maroc à une crise dépassée constitue une menace aux valeurs de la démocratie, des droits humains, de liberté, de tolérance et de la raison ».

D’après le SNE-CDT, le secteur de l’enseignement « connait plusieurs troubles et défaillances », « l’école publique est en faillite », car toutes les procédures et mesures momentanées mises en œuvre « visent à la destruction de l’école publique pour ensuite la privatiser ». Ces mesures ont aussi pour objectif « l’élimination des droits et acquis des fonctionnaires du secteur de l’éducation ». Par ailleurs, le syndicat indique que le recrutement d’enseignant(e)s par contrat va gravement nuire à l’enseignement public et illustre l’abandon par l’Etat d’un secteur public.

Le conseil national du SNE-CDT a annoncé, entre autres, qu’il:

·         Considère que les besoins de développement du Maroc nécessitent une réforme complète et globale du système éducatif, ce qui demande une volonté politique de la part de l’Etat;

·         Refuse toutes les procédures visant à détruire l’école publique en vue de la privatiser;

·         Dénonce « cette manière rusée et inacceptable » de recourir au recrutement par contrat sous prétexte de sauver l’année scolaire, afin d’échapper à la responsabilité de garantir les droits professionnels et sociaux; et

·         Met en garde contre toute velléité de toucher à la gratuité de l’enseignement, sous n’importe quel prétexte, considérant que la garantie du droit à l’éducation relève de la responsabilité de l’Etat.

SNE-FDT: contre une contribution financière des familles

« La fin de la gratuité de l’enseignement au Maroc met les syndicats en colère », a quant à lui insisté Driss Salek, Responsable des relations internationales du Syndicat National de l'Enseignement-Fédération Démocratique du Travail (SNE-FDT). Salek est aussi un ex-représentant de l’Afrique du Nord au Bureau du Comité syndical francophone de l’éducation et la formation, la structure qui regroupe les affiliés francophones de l’Internationale de l’Education.

Le SNE-FDT a contribué à l’organisation des marches qui se sont déroulées le 18 décembre dans les 12 académies du Maroc, et a constitué un front pour défendre la gratuité avec le Syndicat National de l'Enseignement Supérieur.

Salek a critiqué le projet de loi-cadre du gouvernement sortant qui souhaite « privatiser des secteurs sociaux comme l’enseignement et la santé » et prévoit une contribution des familles pour financer les études de leurs enfants. Il a souligné que cette mesure met fin à la gratuité de l’école publique. Les syndicats ont rejeté le projet de loi-cadre prévoyant d’instaurer des frais de scolarité au niveau de l’enseignement secondaire et universitaire, a déclaré Salek.

Il a regretté que le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) ait donné un avis favorable au projet de loi-cadre. Les syndicats représentés au sein du CSEFRS estiment qu’il existe d’autres moyens de financer l’enseignement plutôt que de recourir à la contribution des familles. Ils affirment que le projet de loi-cadre pouvait très bien envisager une participation financière des communes, la création d’un fonds spécial de soutien à l’enseignement, ou encore une contribution financière volontaire des organismes et des entreprises privés.

Salek a également noté que les syndicats ont pu atténuer la portée de cette mesure, en veillant à ce que la contribution des familles, dans le cadre de la solidarité nationale, ne soit pas trop contraignante et qu’elle corresponde à leur capacités financières. Des syndicats ont estimé que le CSEFRS devait attendre la nomination d’un nouveau gouvernement avant de rendre son avis, car le prochain Exécutif pourrait très bien renoncer à cette mesure.

En adoptant cette mesure, a indiqué Sadek, « le Maroc est en contradiction avec d’autres pays qui encouragent le renforcement de l’enseignement public », d’autant que « pour beaucoup de Marocains, particulièrement issus des milieux défavorisés, c’est le seul ascenseur social sur lequel ils peuvent compter pour améliorer leur situation. »