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De grands progrès dans les Andes

Publié 24 mai 2005 Mis à jour 24 mai 2005

L’initiative Education Pour Tous a franchi un cap majeur dans les Andes où les syndicats d’enseignants ont obtenu de leur gouvernement un engagement important à entamer des négociations formelles sur la mise en œuvre du processus EPT.

Le Cadre d’action de Dakar de 2000 stipule très clairement que les objectifs d’Education Pour Tous (EPT) ne peuvent être pleinement atteints si les gouvernements n’incluent pas les syndicats d’enseignants dans le développement des politiques nationales d’éducation.

De nombreux gouvernements se révèlent peu enthousiastes. Néanmoins, les syndicats d’enseignants de Bolivie, d’Equateur et du Pérou ont franchi un cap majeur.

“Il y a longtemps que nous souhaitons un dialogue sérieux avec le gouvernement” , explique Jorge Sanchez, responsable du département international du SUTEP, affilié péruvien de l’IE. “Le processus s’est mis en route il y a trois ans, mais le dialogue s’est disloqué, faute d’engagements. Il y a eu un grand changement en septembre 2004, quand le nouveau gouvernement a instauré un Forum national de consultation sur les politiques d’éducation.”

Le SUTEP participe au Forum, qui se réunit chaque mois pour discuter de thématiques en matière d’éducation. “Le Forum a transformé ce qui était auparavant une consultation ad hoc – souvent de toute dernière minute – en un dialogue institutionnalisé. Cette différence est essentielle et nous prenons le Forum national très au sérieux”, reconnaît Jorge Sanchez.

Un consensus via le dialogue

Les collègues de la CTEUB bolivienne ont connu une expérience similaire, même si le gouvernement bolivien n’a pas encore instauré un processus institutionnalisé, il a lancé une consultation élargie des organisations de la société civile sur l’éducation, dont le point fort est la Conférence nationale sur l’éducation.

Pour préparer cette conférence, la CTEUB a organisé en 2004 un débat parmi ses 96.000 membres. Avec le soutien du programme EPT de l’IE, la CTEUB a rédigé un document de travail, dont 17.000 exemplaires ont été distribuées dans tout le pays, et qui a été modifié via un processus de séminaires régionaux.

En décembre, une conférence nationale de la CTEUB a adopté la version définitive du document, qui orientera les discussions du syndicat avec le gouvernement. “Ceci est un nouveau processus pour nous”, explique Jaime Rocha Rodriguez de la CTEUB “Nous n’abandonnons pas nos principes, mais nous élargissons notre approche de la “protestation” à des “propositions. Le gouvernement devrait réagir favorablement à ce changement.”

“L’Education Pour Tous prend vraiment du sens pour nos affiliés”, dit Teresa Bolanos, vice-présidente du syndicat d’enseignants équatorien UNE. “En 1990, après Jomtien, l’EPT était essentiellement l’affaire de délégués gouvernementaux oeuvrant au niveau international. Aujourd’hui, nos affiliés connaissent l’initiative EPT, ainsi que son contenu et son impact. Ils veulent que l’initiative réussisse en Equateur”.

Le syndicat consacrera deux jours de son Congrès national de juin à l’EPT. L’UNE a récemment signé un accord sur l’EPT avec le gouvernement, et le syndicat sensibilise ses adhérents afin qu’ils soutiennent les engagements pris.

Gouvernements et syndicats andins sont confrontés à bon nombre de défis majeurs en matière d’éducation. Si le taux de présence dans l’enseignement de base est relativement élevé (de plus de 85%), la qualité de l’éducation laisse à désirer. Les syndicats déplorent le fait que de larges pans de la société ne jouissent pas de l’éducation de qualité qu’ils méritent. Les riches peuvent se permettre de payer pour une scolarité supplémentaire, mais les pauvres doivent se contenter de classes surpeuplées et de matériel obsolète.

L’UNE a décidé d’entreprendre une étude sur le coût de l’éducation pour les parents, puisque celui-ci semble augmenter, même dans le primaire.

Une autre préoccupation majeure des syndicats d’enseignants est l’éducation des populations autochtones, majoritaires dans la population andine. L’éducation dans la langue maternelle permet de donner aux enfants autochtones de meilleures possibilités d’apprentissage. En Bolivie, des progrès considérables ont été réalisés en ce sens grâce à des programmes spécifiques. Les syndicats d’enseignants sont de plus en plus sensibles et informés des droits des autochtones. Le SUTEP a d’ailleurs engagé un responsable “interculturalité”, un signe que les syndicats se préoccupent de ce problème.

Cet article a été publié dans le magazine Mondes de l'Education n°13 en 2005