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Un renouveau syndical est nécessaire en Asie-Pacifique pour améliorer les conditions de travail et la représentation des éducateur·trice·s

Publié 3 juin 2021 Mis à jour 18 juin 2021

Le Bureau Asie-Pacifique de l'Internationale de l'Éducation a lancé une nouvelle recherche intitulée « Renouveau syndical dans le secteur de l'éducation : rapport sur les perspectives pour l’Asie-Pacifique ». Elle a permis de réfléchir à la nécessité pour les syndicats de l'enseignement de surmonter les défis, d'accueillir le renouveau et de saisir les opportunités offertes par la pandémie de COVID-19.

Revitaliser, renforcer et enrichir le travail des syndicats d'enseignant·e·s

En présentant le rapport (en anglais) «complet et pertinent» de la Professeure Michele Ford et de la Docteure Kristy Ward, la Présidente de l'Internationale de l'Éducation, Susan Hopgood, a rappelé que « nous, à l'Internationale de l'Éducation, avons appris de notre longue expérience à quel point les syndicats d'enseignants sont vitaux pour le bien-être et l’amélioration non seulement du système éducatif, mais de la nation et de la société dans son ensemble ».

Elle a souligné que les enseignant·e·s jouent également un rôle social et civique important, entreprenant souvent des tâches au nom du gouvernement et diffusant des connaissances et des idées qui orientent la société dans son ensemble vers un type de progrès spécifique.

Donner aux enseignant·e·s « une voix et un rôle responsable en matière de politique sociale et de gouvernance renforce les racines de la démocratie. La meilleure façon d'utiliser leur sagesse et de les intégrer aux projets nationaux est de les laisser s'organiser et s'exprimer d'une voix cohérente et représentative ».

Dans la région Asie-Pacifique, a noté Hopgood, les syndicats d'enseignants sont confrontés à la fois à des opportunités et à des défis. Dans certains endroits, les syndicats luttent, dans d'autres ils innovent.

Selon Hopgood, le rapport suggère des stratégies et fournit des exemples de la façon dont les syndicats peuvent se renouveler ou se transformer avec le temps pour surmonter les défis et saisir les opportunités. « Nous espérons que ce rapport stimulera de nouvelles réflexions et discussions sur le projet plus large de renouveau syndical, et conduira à des interventions plus efficaces sur le terrain qui revitaliseront, renforceront et enrichiront le travail des syndicats d'enseignants dans le monde entier », a-t-elle déclaré.

Les syndicats de l'enseignement doivent réfléchir à leur raison d'être en tant qu'organisations du 21e siècle

Présentant leurs recherches, les auteures, la Professeure Michele Ford et la Docteure Kristy Ward ont déclaré que, pour le renouveau syndical, il est essentiel de :

  • Augmenter l'adhésion et la participation syndicales ;
  • Développer les compétences des membres en tant que professionnel·le·s et syndicalistes ; et
  • Rapprocher les identités professionnelles et syndicales des enseignant·e·s.

Elles ont défini plusieurs orientations stratégiques pour le renouveau syndical : l'entraide, les relations de travail et les enseignant·e·s en tant que professionnel·le·s et acteur·trice·s de la justice sociale.

Elles ont également insisté sur le fait que le choix stratégique doit être éclairé par le contexte local. En fin de compte, le rôle d'un syndicat d'enseignants est politique, compte tenu de la nature et de la visibilité de l'éducation en tant que bien public et les relations avec les gouvernements étant une source de politique sociale – ouvrant certaines portes, en fermant d'autres.

Leurs recommandations pour le renouveau syndical du syndicat comprenaient :

  • Les syndicats doivent penser et articuler clairement leur objectif en tant qu'organisations du 21e siècle via un processus de réflexion structuré au niveau de l'école et via les médias sociaux.
  • Les syndicats utiliseront les résultats de cet exercice de réflexion pour : formuler un récit clair sur leur identité et leur objectif, classer les problèmes politiques spécifiques identifiés par les membres en fonction de leur faisabilité et de leur impact potentiel sur la politique sociale et le bien-être industriel et professionnel des enseignant·e·s, et identifier à quoi ressemblerait le succès pour les thèmes les plus importants.
  • Après avoir consulté davantage les membres, les syndicats sélectionneront une question politique qui est à la fois importante et susceptible de pouvoir être développée et lanceront une campagne ciblée et limitée dans le temps, avec des résultats clairement identifiés à prioriser à tous les niveaux du syndicat.
  • Les syndicats utiliseront cette campagne comme laboratoire pour identifier les aspects de la structure et des processus syndicaux qui pourraient être améliorés, de nouvelles façons de s'engager avec des interlocuteurs externes (y compris, mais sans s'y limiter, le gouvernement), appliquer ces idées dans le travail quotidien du syndicat et répéter le processus.

Renouveau syndical inspiré par le syndicalisme de mouvement social

Angelo Gavrielatos, Président de la New South Wales Teachers Federation (NSWTF) (Fédération des enseignant·e·s de la Nouvelle-Galles du Sud) et ancien responsable de la campagne sur la Réponse mondiale de l'Internationale de l'Éducation à la privatisation et à la commercialisation de et dans l'éducation, a également partagé les expériences tirées de cette campagne et la manière dont elle peut être l'un des outils efficaces pour le renouveau syndical.

« Au-delà de la description et de l'analyse, nous pouvons définir le mouvement syndical au sens large en deux catégories : le syndicalisme économiste, axé sur les salaires et les conditions de travail, et la justice sociale ou le syndicalisme de mouvement social », a-t-il déclaré.

Il est important d'envisager le renouveau syndical en termes de justice sociale ou de syndicalisme de mouvement social, car il répond plus largement aux intérêts des membres, en tant que citoyen·ne·s, et envisage l'élaboration de politiques dans un sens sociétal large, a-t-il déclaré.

Parlant de la campagne relative à la Réponse mondiale de l'Internationale de l'Éducation, Gavrielatos a souligné qu'elle « cherche à travailler avec les syndicats sur le terrain pour lutter contre la privatisation et la commercialisation de l'éducation et renforcer l'activisme et la solidarité au sein des syndicats et entre eux ».

L’objectif de la campagne est de comprendre que la privatisation et la commercialisation de l'éducation ne sont dans l'intérêt de personne : ni des étudiant·e·s, ni des parents, ni des éducateur·trice·s. Il s'agit donc d'une vaste campagne visant à renforcer un enseignement public de qualité pour tou·te·s qui requiert l'implication de tou·te·s, a déclaré Gavrielatos.

Les syndicats de l'enseignement « doivent assumer un rôle de leadership dans la construction d'un syndicalisme de justice sociale, car nous travaillons avec d'autres dans la société pour mettre en place une politique d'éducation sociale saine. Nous apprenons tous les uns des autres en nous mettant les uns les autres au défi. »

ACT : un syndicat philippin composé d'enseignant·e·s et de syndicalistes en exercice

Partageant des expériences concernant l'engagement dans le processus de renouveau, Ruby Ana Bernardo, Secrétaire régionale de l'Alliance of Concerned Teachers (ACT) aux Philippines a insisté sur le fait qu'« une force de notre syndicat est que nous sommes des enseignants et enseignantes et des syndicalistes en exercice ».

Le siège du syndicat est le centre des campagnes, et les syndicalistes donnent également des conseils aux éducateur·trice·s dans les 17 régions du syndicat.

ACT valorise les jeunes éducateur·trice·s, le leadership des femmes, le partage d'expériences, le processus démocratique et les consultations inclusives, a expliqué Bernardo.

Elle a également souligné que, pendant la pandémie de COVID-19, malgré le manque de soutien du gouvernement aux enseignant·e·s et aux étudiant·e·s, les longues périodes de confinement et la fermeture des écoles, ACT a trouvé des moyens de former ses membres ou de leur fournir des équipements de protection individuelle.

La réunion a ensuite été divisée en sous-régions et en petits groupes de partenaires à la coopération au développement. Les groupes ont ensuite fait rapport à la plénière.

Des syndicats s'assurant de leur pertinence pour leurs membres

Dans ses remarques de conclusion, le secrétaire général de l'Internationale de l'Éducation, David Edwards, a souligné que « l'angle de la justice sociale est essentiel. C’est ce que nous constatons pendant la présente pandémie de COVID-19. »

Il a noté que la Résolution « Renouveau syndical : le nouvel impératif », adoptée lors du 8e Congrès mondial de l'Internationale de l'Éducation tenu à Bangkok, en Thaïlande, en juillet 2019, ne prévoyait pas la situation de santé publique que nous connaissons aujourd'hui. Cette résolution, cependant, donne mandat au Bureau exécutif de l'Internationale de l'Éducation pour « identifier et faciliter les occasions de partager les connaissances, l’expertise et les réflexions des affiliés de l’IE vis-à-vis du développement et du renouveau syndical ».

« C'est pour cela que nous nous sommes construits en tant que syndicats, que nous sommes pertinents pour nos membres : pour les aider à s'épanouir et à ne pas être opprimés. Rester immobile n'est pas une option », a insisté Edwards.