Les syndicats de l’éducation se mobilisent et s’organisent pour la justice climatique et la justice de genre
À l’approche du Jour de la Terre 2026, le Réseau Climat de l’Internationale de l’Éducation s’est réuni pour explorer les liens entre justice climatique et justice de genre, ainsi que la manière dont le mouvement syndical mondial de l’éducation peut montrer la voie vers un avenir juste et durable pour tous et toutes.
Deux luttes étroitement corrélées
Les changements climatiques touchent d’une manière démesurée les femmes et les filles et creusent encore plus les inégalités déjà existantes. Selon les projections des Nations Unies, d’ici 2050, les changements climatiques pourraient faire basculer jusqu’à 158 millions de femmes supplémentaires dans la pauvreté en raison des phénomènes météorologiques extrêmes, de l’insécurité alimentaire et de la perte de leurs moyens de subsistance. Les femmes sont également exposées à des risques accrus de blessures, de violences et d’interruptions de scolarité, en particulier dans les régions qui dépendent de l’agriculture et des ressources naturelles.
Les femmes et les enfants sont plus susceptibles d’être blessé∙e∙s ou de mourir lors de catastrophes naturelles. Les sécheresses et les inondations augmentent le temps consacré par les femmes à la collecte de l’eau et des combustibles, réduisant ainsi leurs possibilités de s’éduquer ou d’occuper un emploi rémunéré. Les changements climatiques aggravent les problèmes de santé, notamment pour les femmes enceintes confrontées au stress thermique et à un accès réduit aux soins. Les déplacements et catastrophes causés par le climat accroissent les risques de violences fondées sur le genre, de mariage précoce et d’exploitation sexuelle.
Dans le même temps, ce sont les femmes et les filles qui sont à l’avant‑garde du combat contre le changement climatique, malgré les attaques ciblées de forces patriarcales, capitalistes et extractivistes bien établies.
Représentant une profession fortement féminisée, le mouvement syndical mondial de l’éducation s’est pleinement engagé dans les luttes en faveur de la justice climatique et la justice de genre, en s’organisant et en se mobilisant pour faire avancer les choses.
Australian Education Union : une action climatique tenant compte du genre
S’adressant au Réseau Climat de l’Internationale de l’Éducation, Meredith Peace, ancienne vice‑présidente fédérale du Syndicat australien de l’éducation, l’ Australian Education Union (AEU), a mis en lumière l’intersection majeure entre la lutte pour l’égalité des genres et le combat contre le changement climatique dans le contexte australien.
L’AEU représente une main‑d’œuvre fortement féminisée, avec plus de 78 % d’enseignantes et une proportion encore plus élevée de femmes parmi les personnels de soutien à l’éducation. La progression des droits des femmes et de l’égalité des genres est une priorité centrale du syndicat. Par ailleurs, l’AEU opère dans un pays où les effets du changement climatique se font sentir de manière particulièrement aigüe, et cela nourrit l’engagement de longue date du syndicat en faveur de la justice climatique.
La politique en matière d’égalité des genres de l’AEU fait explicitement référence à la justice climatique, et les actions menées par le syndicat en sont le reflet. Face à la fréquence alarmante des phénomènes météorologiques extrêmes, l’AEU a formé des partenariats avec des associations de parents d’élèves et d’autres acteurs de la société civile pour réclamer des investissements urgents dans des mesures visant à l’adaptation climatique dans l’éducation, notamment la rénovation écologique des infrastructures.
Le syndicat mène actuellement une vaste campagne sur les bâtiments scolaires. « On attend des enseignants et des personnels de soutien à l’éducation qu’ils se rendent dans des écoles où il fait 40 °C, des écoles déjà inadaptées en temps normal et encore plus avec un climat en mutation », a déclaré Mme Peace. Et lorsque les écoles ferment en raison d’événements climatiques extrêmes, ce sont les femmes, à la base de l’enseignement, qui subissent l’insécurité professionnelle ou la perte d’emploi.
L’AEU s’allie également à d’autres syndicats pour traiter des sujets que sont la santé et la sécurité au travail, affectées par l’urgence climatique, intégrant ainsi les enjeux climatiques dans les relations industrielles. Le syndicat plaide pour la mise à disposition d’une éducation de qualité sur le changement climatique dans les écoles et soutient les manifestations étudiantes en faveur de l’action climatique.
L’AEU met à présent l’accent sur le développement des compétences et des connaissances de ses membres afin qu’ils mobilisent leurs communautés en faveur de la justice climatique et de la justice de genre.
Federación Colombiana de Trabajadores de la Educación : les femmes en première ligne dans la protection de l’environnement
Isabel Olaya Cuero, membre du comité exécutif de la Fédération colombienne des travailleur·euse·s de l’éducation, la Federación Colombiana de Trabajadores de la Educación (FECODE), et vice‑présidente bureau régional Amérique latine de l’Internationale de l’Éducation, a évoqué les épreuves que connaissent les femmes en Colombie et en Amérique latine lorsqu’elles s’élèvent contre les forces conjuguées du racisme, du patriarcat et de l’extractivisme.
Les femmes engagées dans les mouvements syndicaux, féministes ou écologistes sont la cible de menaces, de harcèlement, de violences physiques et sexuelles visant à les réduire au silence et à décourager toute mobilisation en faveur des populations et de la planète. Les militantes sont aussi l’objet d’une criminalisation, de poursuites judiciaires, d’arrestations arbitraires et de campagnes de diffamation orchestrées par des acteurs étatiques et privés. Les femmes autochtones sont particulièrement vulnérables, et de nombreuses leaders ont été assassinées.
Dans ce contexte, les célébrations autour du Jour de la Terre en Amérique latine mettent en avant le rôle des femmes dans la lutte pour la justice climatique. « L’égalité des genres et la protection de l’environnement sont deux combats fortement corrélés. Nous devons garantir la participation des femmes dans toutes les décisions concernant l’usage des ressources naturelles afin de protéger la vie et la planète », a souligné Mme Olaya.
Pour la FECODE et les éducateur·trice·s de Colombie et d’Amérique latine, l’éducation est essentielle dans la lutte contre le changement climatique. Le syndicat s’est mobilisé pour améliorer l’accès de tous et toutes à une éducation aux changements climatiques de qualité, soutenir les énergies renouvelables et le développement durable, et renforcer le leadership des femmes.
La FECODE a fait pression pour que l’éducation au changement climatique soit inscrite dans les programmes scolaires colombiens, en tant qu’enjeu transversal à toutes les matières et adapté aux réalités vécues par les personnes concernées. Le syndicat milite également pour la ratification et la mise en œuvre intégrale de la Convention no 190 de l’Organisation internationale du Travail, afin de garantir un monde du travail exempt de violence et de harcèlement.
Camp de réfugiés de Kakuma : changer les choses grâce à l’éducation
« Notre pouvoir, notre planète », le thème du Jour de la Terre 2026, est l’affirmation que le changement est possible et qu’il est porté par les militants et militantes, les enseignants et enseignantes et les élèves sur le terrain. Dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, un projet de Take Action Global (TAG) montre que, même dans les circonstances les plus difficiles, l’éducation permet d’outiller les communautés afin qu’elles développent des solutions pour affronter les conséquences du changement climatique.
Ohisa Franco Obiala – animateur reconnu, éducateur et professeur principal au TAG Innovation Lab School du camp de Kakuma – s’est joint au Réseau Climat de l’IE pour présenter certaines des solutions ingénieuses que les élèves ont élaborées. Accueillant plus de 300.000 réfugié∙e∙s, le camp de Kakuma est régulièrement confronté à de graves sécheresses, à des vagues de chaleur extrême et à des pénuries de ressources. Les élèves ont mis au point un projet utilisant l’énergie solaire pour garantir un accès fiable à l’électricité, ce qui se traduit par davantage de temps d’étude, une sécurité accrue et tout un éventail de possibilités. Grâce à du biogaz produit localement, à des briquettes de charbon et des cuiseurs solaires, la consommation de bois de chauffage dans le camp a été réduite, ce qui prévient la déforestation tout en fournissant une énergie propre pour la cuisine. L’école dispose également d’un potager où les élèves cultivent leurs propres aliments. Ils améliorent ainsi leur alimentation et vendent l’excédent pour générer un revenu complémentaire. Afin d’encourager la restauration de l’environnement, chaque élève est responsable de la plantation et de l’entretien de cinq arbres – un petit geste aux effets durables pour la communauté et pour la planète.
À propos du travail accompli à l’école, M. Franco a souligné que ces solutions ne sont pas seulement durables, elles changent des vies, en améliorant les moyens de subsistance, en renforçant l’autonomisation des jeunes, en protégeant l’environnement et en consolidant la résilience de la population. « Les jeunes ne se contentent pas d’attendre le changement : ils inventent les solutions. Les dirigeants et dirigeantes, dans le monde, doivent reconnaître la nécessité d’agir ensemble pour le climat – réfugiés et réfugiées, innovateurs et innovatrices, ingénieurs et ingénieures, experts et expertes, communautés éducatives. Il n’est pas trop tard », a déclaré M. Franco.
Le soutien des gouvernements pour donner les moyens d’agir aux enseignant·e·s
Les syndicats de l’éducation se préparent à l’événement Les éducateurs au cœur de l’écologisation de l’éducation : lancement de la boîte à outils politique. Conçue par l’Internationale de l’Éducation en collaboration avec le Partenariat mondial pour l’éducation et l’UNICEF, dans le cadre du Partenariat pour une éducation verte, cette boîte à outils pratique vise à aider les responsables politiques à évaluer l’état de préparation de leur système, à identifier les lacunes, à hiérarchiser les actions réalisables et à renforcer la coordination intersectorielle, plaçant ainsi les personnels éducatifs au cœur de l'élaboration des politiques et de la planification.
La boîte à outils sera présentée lors de l’événement en ligne qui se tiendra le 28 avril. Cliquez ici pour vous inscrire.
L’avenir appartient à la solidarité
« Ce que nous enseignons compte. Notre plaidoyer compte. Nos mobilisations comptent. Par le biais de notre campagne « Enseignez pour la planète », les éducatrices et éducateurs du monde entier se lèvent pour une éducation climatique de qualité, une transition juste, les droits des peuples autochtones et des communautés scolaires durables. Ensemble, nous devons faire entendre nos voix : La justice climatique est urgente. L’éducation au climat est fondamentale. Notre pouvoir, notre planète ! », a déclaré le président de l’Internationale de l’Éducation, Mugwena Maluleke, dans son message à l’occasion du Jour de la Terre 2026.
Regardez le message complet ci‑dessous: