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La solidarité syndicale queer au cœur de la démocratie

Publié 12 mai 2026 Mis à jour 29 mai 2026

Alors que les politiques autoritaires, la censure et les campagnes anti genre se multiplient aux quatre coins de la planète, les syndicats de l’éducation réaffirment une vérité établie depuis longtemps : il ne peut y avoir de démocratie sans égalité, sans dignité et sans enseignement public inclusif. Cela implique que les syndicats de l’éducation s'unissent contre la vague de répression mondiale qui vise les droits LGBTI+.

Au cours de l’événement international « La solidarité queer des syndicats de l’éducation pour la défense de la démocratie », un webinaire organisé par l’Internationale de l’Éducation (IE) et l’une de ses organisations membres, l’ University and College Union (UCU), afin de célébrer la Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie du17 mai, un message est ressorti clairement : la solidarité queer n’est pas une question secondaire. Elle est au cœur du combat en faveur d’un enseignement public inclusif et démocratique et de la dignité de l’ensemble des travailleur·euse·s de l’éducation et de leurs élèves. En continuant de s’organiser, de négocier et de se mobiliser pour les droits LGBTI+ dans le monde, les syndicats de l’éducation défendent la démocratie chaque jour : dans les salles de classe, sur le lieu de travail et par l’action collective.

La solidarité, une valeur fondamentale et un engagement concret pour les syndicats de l’éducation du monde entier

Dans son discours d’ouverture du webinaire, le 7 mai, Cassandra Hallett, secrétaire générale adjointe de l’IE, a replacé le combat pour l’égalité des personnes LGBTI+ dans le contexte plus large de la défense des sociétés démocratiques. « La dignité humaine, l’égalité et la liberté sont des droits universels et la démocratie ne peut exister sans ces droits », a t elle déclaré.

Elle a également averti son auditoire que « l’unique objectif du mouvement dit "anti idéologique" et "anti droits" est d’attaquer les plus vulnérables d’entre nous et d’affaiblir les institutions démocratiques qui protègent leurs droits ».

Pour de bien trop nombreux·euses collègues, a souligné Mme Hallett, « la survie, la sécurité physique et celle de l’emploi sont au cœur de leur lutte quotidienne, et s’engager ouvertement dans le combat pour les droits LGBTI+ peut comporter des risques bien réels. Mettre des mots sur cette réalité fait partie de la solidarité. Nous nous soutenons mutuellement et prenons, ensemble, soin de nous. » « À l’IE, la solidarité est une valeur fondamentale et un engagement concret », a-t-elle affirmé.

Par ailleurs, elle a également rappelé que le 10e Congrès mondial de l’IE, qui s’est tenu en 2024, a adopté une résolution condamnant la montée d’une idéologie anti-LGBTQIA+ à l’extrême droite.

La solidarité internationale n’est pas en option

S’appuyant sur des faits historiques mondiaux, Mark Pendleton, vice président de l’UCU, a rappelé aux participant·e·s que la libération queer et les luttes syndicales ont toujours été étroitement liées. Il a évoqué la solidarité internationale qui s’est manifestée lors du mouvement contre l’apartheid en Afrique du Sud : « La leçon que l’on peut tirer de ces récits, c’est que la résistance à toute forme d’oppression doit être collective, intersectionnelle et internationale ». Pour les syndicalistes, a t il ajouté, la solidarité repose sur le principe selon lequel « une attaque envers l’un des membres est une attaque envers l’ensemble ».

Poursuivant, il a indiqué que l’UCU « est, fièrement et depuis longtemps, le fer de lance du mouvement syndicaliste britannique en matière d’inclusion des personnes LGBTI+ ».

M. Pendleton a également mis en avant les actions de l’UCU à l’international, dénonçant le rôle du Royaume Uni dans la mise en place de nombreuses lois qui portent atteinte aux droits des groupes LGBTI+ dans des territoires anciennement colonisés. Selon lui, « nous avons la responsabilité d’agir en solidarité avec les personnes qui s’opposent à l’application, toujours en cours, de ces lois contre les personnes queer et trans ».

Les syndicats de l’éducation, a t il précisé, « sont particulièrement bien placés pour agir sur les lieux de travail et au sein des communautés, mettant à profit nos compétences en tant que personnel de l’éducation pour lutter contre les discours qui cherchent à nier notre humanité collective ».

Notant qu’« ici, au Royaume-Uni, nous résistons à des attaques soutenues et coordonnées envers nos camarades trans et non binaires et leur droit à l’autodétermination et à disposer de leur corps », M. Pendleton a fait référence à la charte LGBT+ de l’UCU (lien en anglais) et a insisté sur le soutien sans faille apporté par l’organisation à l’ensemble des droits LGBTI+ et démontré par des années de politiques adoptées lors des congrès annuels de l’UCU.

Les atteintes à la communauté LGBTI+ sont des atteintes à la démocratie

Du point de vue des droits humains à l’échelle mondiale, Nanoo Sandhu, directeur de l’ ILGA World, l’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes, a souligné que la vague actuelle de répression n’est ni isolée, ni le fruit du hasard : « La lutte pour les droits LGBTI+, les luttes syndicales, la lutte pour l’enseignement public et la lutte pour la démocratie ne sont pas des combats distincts. Elles font partie d'une seule et même revendication : que chaque personne puisse vivre dans la dignité, la sécurité et la liberté. »

M. Sandhu a ensuite expliqué comment les populations LGBTI+ sont régulièrement utilisées comme boucs émissaires pour justifier des restrictions plus générales des libertés. « Il ne s’agit pas simplement d’une répression envers les personnes LGBTI+, c’est une répression envers la démocratie elle même », a t il signalé, ajoutant que les attaques à l’endroit des communautés queer s’accompagnent souvent d’atteintes aux syndicats, à l’enseignement public et à la société civile.

C’est pour cette raison que les syndicats de l’éducation ont un « rôle essentiel » à jouer et que « les écoles et les universités sont en première ligne de ce combat. Elles peuvent soit devenir des lieux de censure et de peur, soit demeurer des espaces sûrs d’apprentissage et de possibilités démocratiques. »

De plus, a ajouté M. Sandhu, la solidarité doit être concrète et responsable. « La solidarité internationale ne doit pas être performative », a t il fait valoir. « Elle doit rendre des comptes auprès des personnes les plus touchées. » Parfois, cela signifie se faire entendre, partager des ressources, des formations ou une expertise juridique, ou encore exercer des pressions politiques. D’autres fois, cela prend la forme d’un soutien discret au niveau local, d’une mise en retrait pour mieux suivre les mouvements menés localement, a t il signalé.

Récits de vie : la dignité au travail

Le webinaire s’est également attardé sur le vécu de syndicalistes qui travaillent dans un contexte dangereux de discriminations.

Isidro Argua, ancien enseignant et aujourd’hui responsable syndical auprès de la Federation of Free Workers – Trade Federation VIII (fédération des travailleur·euse·s libres – Fédération professionnelle ; FFW-TFVIII), aux Philippines, a raconté comment il a perdu son emploi après que son employeur a appris son identité de genre. « C’est pour cette raison que mon contrat a été résilié. Parce que j’ai décidé d’être moi », a t il déclaré.

Sa participation à une formation sur la Convention no 190 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) a transformé cette expérience en une cause collective. « Cette formation ne m’a pas simplement apporté des connaissances, elle a mis des mots sur les vécus comme le mien. Elle a affirmé que ce que j’ai traversé n’est pas normal et, surtout, que cela ne devrait jamais arriver à personne », a expliqué M. Argua. « Avec la C190, j’ai pris conscience d’un certain nombre de choses, je suis devenu plus autonome et plus engagé. J’assume désormais une plus grande responsabilité, non seulement celle de me protéger, mais aussi celle de défendre les autres qui peuvent encore subir des discriminations en silence. »

Pour lui, la solidarité syndicale queer va « au-delà de la simple inclusion. Il s’agit de soutien actif, de protection et d’empouvoirement. Il s’agit de reconnaître que les personnes LGBTI+ font souvent face, au travail, à des difficultés qui leur sont propres et que nos syndicats doivent être des espaces sûrs où tout le monde est apprécié à égalité. »

La solidarité syndicale queer, c’est un engagement continu à « écouter, apprendre et agir » pour bâtir des lieux de travail « où le respect et la dignité ne sont pas négociables ».

Défendre des droits malgré la criminalisation

S’exprimant depuis l’Ouganda, Justine Balya, directrice du Human Rights Awareness and Promotion Forum (Forum pour la diffusion et la promotion des droits humains – HRAPF), a mis en lumière les difficultés que rencontrent les communautés LGBTI+ face à la criminalisation croissante. Décrivant les répercussions de la législation anti homosexualité et des nouvelles restrictions imposées au financement de la société civile, Mme Balya a fait savoir que le travail de plaidoyer devenait de plus en plus dangereux. « En théorie, il semblerait désormais que toute conversation avec des personnes queer, ou toute conversation au sujet des identités queer qui ne serait pas négative, soit considérée comme faisant la promotion de l’homosexualité », a t elle indiqué.

Malgré tout, le HRAPF poursuit ce que Mme Balya qualifie de « lutte contre les flammes ». Il fournit une assistance juridique, des abris d’urgence et une aide médicale, et il intente des actions en justice stratégiques.

La solidarité internationale, rappelle la responsable associative, demeure essentielle : « Il est très important qu’en-dehors de l’Ouganda, on continue de parler de ce qui se passe ici », car l’intérêt porté au niveau international « nous aide à faire face à certaines des violations les plus graves. Cela maintient l’attention sur le sujet et nous apporte une forme de protection. »

En outre, Mme Balya a estimé que les initiatives de recherche « orientées sur le vécu des personnes queer dans ces environnements difficiles sont toujours utiles car elles contribuent à diriger les ressources et l’attention là où elles sont le plus nécessaires, en particulier pour la communauté elle même ».

Les syndicats de l’éducation en première ligne

Lot Vilakati, secrétaire général de la Swaziland National Association of Teachers (Association nationale des enseignant·e·s du Swaziland – SNAT) s’est exprimé depuis Eswatini au sujet de la mobilisation pour les droits LGBTI+ dans un contexte où les relations entre personnes de même genre restent criminalisées et où les tabous culturels sont très présents. « Cela crée un environnement précaire pour le personnel enseignant et les élèves LGBTI+, en particulier à l’école. »

« Lorsqu’on parle de culture, il faut aussi parler de droits », a soutenu M. Vilakati, insistant sur le fait que « la culture ne peut pas prendre le pas sur les droits car les droits des minorités sont des droits humains ».

Rappelant la responsabilité du corps enseignant de protéger les minorités, il a poursuivi : « Quand on enseigne, on enseigne auprès de la société à laquelle on appartient. Donc ce qui arrive au personnel enseignant arrive aussi aux membres de la société. »

Grâce à un programme de coopération mené avec l’Internationale de l’Éducation, le Centre finlandais de solidarité syndicale (SASK, de son acronyme en finnois) et l’OAJ, une organisation affiliée à l’IE en Finlande, la SNAT a renforcé la capacité de ses membres à défendre les droits des minorités et à lutter contre les discriminations à l’école.

Ce travail a déjà eu des effets très concrets, notamment celui de permettre d’annuler l’expulsion des étudiant·e·s visé·e·s pour avoir eu des relations avec des personnes de même genre. M. Vilakati a par ailleurs déclaré : « Nous sommes en période électorale et l’une des membres de ce groupe minoritaire se présente à un poste national chargé des questions de genre. C’est une femme trans et nous espérons qu’elle va remporter cette élection. Elle deviendra ma responsable des questions de genre, si elle gagne. »

« Nous continuerons de protéger nos membres », a conclu M. Vilakati.

De la visibilité à la protection

Pour clore la discussion, Seth Atkin, responsable de la promotion de l’égalité à l’UCU, a mis l’auditoire en garde contre le risque de confusion entre visibilité et sécurité. « La visibilité peut rendre les gens très vulnérables et les conduire à avoir besoin d’être protégés », a t il expliqué avant de noter que les attaques de l’extrême droite ciblent délibérément les personnes les plus marginalisées. Par conséquent, la mission des syndicats est d’apporter soutien et protection et d’appuyer les organisations de la société civile s’opposant aux cultures qui menacent la démocratie.

M. Atkin a rappelé un principe phare du syndicalisme : « Se tenir au côté des plus faibles et se soutenir, en toutes circonstances ». « Il existe une offensive concertée, mais il existe également une solidarité concertée et une union », entre syndicats et mouvements du monde entier, qui vise à défendre les libertés démocratiques.

Puis, il a poursuivi : « Ensemble, nous pouvons instaurer une culture. Les élections font partie d'une culture. Nous avons entendu parler de la Hongrie et de la manière dont les choses ont changé, là-bas, depuis la Pride, lorsque les gens se sont rassemblés et ont organisé la plus grande marche des fiertés de toute l’Europe en faisant preuve de solidarité. »

« Nous devons nous unir et agir, à tous les niveaux possibles », a conclu M. Atkin.

Pour en savoir plus sur le travail de l’IE et sa politique concernant les droits LGBTI+, consultez le dossier ici.

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