La baisse de l’aide au développement

Devant faire face à des ressources de moins en moins disponibles, à des conditions plus strictes et à une concurrence accrue au regard des financements, en raison des restrictions budgétaires des gouvernements, les syndicats d’enseignants doivent renouveler leur engagement à organiser des activités de coopération au développement, tout en s’adaptant et en élaborant de nouvelles stratégies.

La coopération au développement dans le secteur de l’éducation vise principalement à autonomiser les syndicats d’enseignants et à leur permettre de se développer. Elle leur permet également de fonctionner de façon indépendante, autonome, durable et démocratique.

Dans le cadre de ces partenariats, l’Internationale de l’Education (IE) joue principalement le rôle de coordinateur et de médiateur.

L’évaluation représente la pierre angulaire de la coopération au développement

Les résultats des programmes d’évaluation constituent un point clé devant être pris en compte par les syndicats en termes de coopération au développement et d’allocation des fonds de la part du gouvernement national, ainsi que des organisations, autorités et agences internationales.

« En ce qui concerne les indicateurs, l’IE devrait améliorer son évaluation. Cette dernière revêt une importance capitale, mais elle est liée aux demandes des agences nationales », insiste le Coordinateur senior de l’IE, Nicolás Richards. « Il est rare que l’éducation soit considérée comme un objectif de la coopération au développement. On considère que la coopération au développement doit générer des résultats économiques, tout particulièrement en termes d’alimentation, de sécurité et d’alimentation en eau. »

Dans toutes les régions du monde, la coopération au développement n’est pas sur un même pied d’égalité. Certains syndicats solides et bien structurés doivent en effet faire face à des coupes budgétaires, et se retrouvent ainsi contraints de repenser, voire parfois même de cesser, toute activité dans ce domaine.

Mettre en place des syndicats forts et indépendants sur le continent africain

Selon Assibi Napoe, Coordinatrice principale du Bureau régional de l’IE pour l’Afrique, l’IE doit continuer de promouvoir la coopération afin de mettre en place des organisations fortes sur le continent africain. « Certaines priorités varient en fonction des pays, mais nous devons nous aligner sur la politique de coopération au développement de l’IE. »

« On observe d’importantes difficultés en Afrique de l’Ouest, où les syndicats sont faibles et rencontrent des problèmes de communication. En collaboration avec le DLF (Danemark) et le Lärarförbundet (Suède), nous tentons de résoudre ce problème dans les pays francophones.

N’oublions pas que, dans certains pays, le salaire des enseignants ne dépasse pas 20 dollars par semaine ! Si l’on souhaite s’engager dans des négociations collectives fructueuses avec les gouvernements, nous devons mettre en place des syndicats forts. »

Renforcer l’utilisation des fonds en Amérique latine

En Amérique latine, la durabilité et l’utilisation des fonds constituent des problèmes majeurs.

« Dans les années 1980 comme dans les années 1990, la coopération bénéficiait de nombreux fonds, sans pour autant que l’on en fasse le meilleur usage », explique Combertty Rodriguez, Coordinateur régional principal de l’IE pour l’Amérique latine. « Ayant connu une profonde crise générale engendrée par la situation économique mondiale, la coopération au développement occupe actuellement une place moins importante pour les gouvernements et ne figure plus au premier rang de leurs priorités. »

« L’IE doit tenter de comprendre comment aider ces syndicats à se consolider et à perdurer dans le temps car, dans le cas contraire, les petits syndicats ne survivront pas », déclare Rodriguez. « Il est fondamental de se concentrer sur l’autonomie financière des syndicats, sur leurs stratégies de développement, ainsi que sur des propositions claires venant résoudre les problèmes qui émergent au niveau national. »

Encourager les syndicats à participer aux activités de solidarité en Europe

En ce qui concerne l’Europe, la Secrétaire internationale de Lärarförbundet, Paula Engwall, indique qu’en Suède, « le Congrès du Lärarförbundet a alloué 1,5% des cotisations de ses membres à la coopération internationale, dont au moins la moitié devait être dédiée à la coopération au développement. »

« Nous participons en outre au fonds de l’Agence suédoise de coopération au développement international (SIDA). En pratique, la concurrence pour les fonds fait rage entre les autres acteurs de la société civile, du secteur des affaires et de l’industrie. »

Diversifier les sources de financement en Amérique du Nord

Barbara MacDonald Moore, de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), a fait écho aux pensées d’Engwall, selon lesquelles les projets de solidarité menés par les syndicats d’enseignants devenaient, en règle générale, de plus en plus difficiles à mettre en œuvre, notamment en raison de la baisse de la coopération internationale.

En ce qui concerne les fonds alloués aux activités de solidarité internationale, MacDonald Moore explique que 6% du budget de la FCE provenait des cotisations, pour un montant total de 286.000 dollars canadiens.

Etant donné que l’ACDI a modifié ses règles, les syndicats ont rapidement dû s’adapter afin de soutenir les principaux domaines liés au financement et aux programmes. Les syndicats doivent couvrir leurs frais administratifs et leurs activités principales, ce qui entraîne des coupes dans le budget administratif et dans les salaires.

Lorsque les syndicats l’ont interrogé plus en détails, le gouvernement canadien a rétorqué que la FCE n’était pas en mesure de prouver qui aurait conduit ces programmes, et qu’il n’y avait aucune durabilité. La FCE a décidé de se tourner vers d’autres fondations afin de trouver des moyens, qui permettront au syndicat de concevoir de nouveaux projets pouvant être menés de façon autonome et durable.

A l’échelle mondiale, la crise du financement incite les syndicats à se concentrer plus clairement sur les activités qu’ils entreprennent, à diversifier leurs sources de financement, ainsi qu’à trouver des moyens plus efficaces d’utiliser les fonds alloués à la coopération au développement. En proposant des grilles d’évaluation claires des programmes de coopération au développement, les syndicats ne laisseront ainsi aucune excuse aux autorités pour la réduction des fonds alloués à l’aide extérieure et le durcissement des mesures d’austérité.

En 2012 comme au cours des prochaines années, l’IE et ses affiliés ne devront cesser de montrer la solidarité des enseignant(e)s dans le monde entier et devront, pour ce faire, élaborer de nouvelles stratégies permettant aux syndicats les plus faibles de s’épanouir. Ce n’est qu’ensuite que ces derniers pourront jouer un rôle fondamental au sein de leurs communautés comme de leurs pays, prendre les devants et contribuer à l’élaboration de politiques socialement justes et orientées sur l’éducation, afin de sortir de la crise. C’est à ce moment précis que nous aurons fait un pas de géant vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.

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