Ei-iE

Le maillon oublié: le rapport PISA de l'OCDE ne prend pas en compte la voix des enseignants

Publié 7 décembre 2010 Mis à jour 7 décembre 2010

L'OCDE a aujourd'hui publié son rapport triennal PISA 2009, le Programme international d'évaluation des acquis des élèves, un rapport important qui réunit des informations relatives aux systèmes éducatifs, aux écoles, aux familles et aux élèves par le biais d'enquêtes auprès des directeurs d'école, des élèves et des parents. Cependant, « et les enseignants, dans tout ça ? », se demande l'IE.

Même si le rapport affirme qu'une« bonne politique d'éducation est une politique d'éducation approfondie, dans laquelle tous les acteurs responsables (à savoir les personnes en charge de l'élaboration des politiques, les directeurs d'école, les enseignants, les élèves et les parents) sont conscients qu'ils se doivent de prendre les bonnes décisions en matière d'éducation », l'IE ne peut concevoir que l'on continue d'ignorer le point de vue des enseignants, eux qui sont les premiers acteurs concernés lors de la mise en place des politiques d'éducation au sein des écoles.

Pendant longtemps, l'IE a soutenu qu'en transmettant également un questionnaire aux enseignants des écoles faisant partie de l'échantillon de l'enquête, d'autres informations pourraient venir compléter le point de vue des élèves et des parents. Ceci apporterait une connaissance plus approfondie du contexte d'apprentissage au sein duquel les conclusions de l'enquête peuvent être interprétées.

Selon Fred van Leeuwen, Secrétaire général de l'IE, « pour analyser, entre autres indicateurs, la façon dont les élèves sont préparés à affronter les défis de demain, la façon dont ils sont en mesure d'analyser et de communiquer leurs idées, ainsi que leurs possibilités d'accès aux programmes d'apprentissage tout au long de la vie, il est nécessaire que toutes les parties prenantes contribuent aux données statistiques. Continuer d'exclure les enseignants de ce rapport constitue une occasion manquée et amoindrit l'objectif du rapport PISA, consistant à orienter les politiques gouvernementales par l’information ou à utiliser les résultats pour montrer quels pays peuvent apprendre des autres afin de mettre en place et d'atteindre des objectifs mesurables ».

La dernière édition du rapport PISA, PISA 2009, à savoir la quatrième depuis 2000, réunit cinq rapports englobant 65 pays (dont les 33 Etats membres de l'OCDE) qui représentent près de 90 % de l'économie mondiale. Ces rapports visent à évaluer les compétences en lecture, en mathématiques et en sciences d’élèves âgés de 15 ans.

Premier rapport de l'« après-crise », le rapport PISA publié cette année avait donc pour objectif de fournir une première évaluation de l'impact de la crise financière mondiale sur les systèmes éducatifs. L'IE fait cependant remarquer que, dans de nombreux pays, l'impact de la crise s'est plus fortement manifesté en 2010, soit après le rapport PISA, et persistera probablement en 2011, en raison des restrictions budgétaires prises par les gouvernements pour réduire la dette. Le rapport se concentre tout d'abord sur la lecture, grâce à plusieurs évaluations comprenant à la fois des textes papier et des textes sous format électronique. Il évalue également les compétences en mathématiques et en sciences, et comporte des questions visant à rassembler des informations, de la part des écoles, des élèves et des parents, sur les conditions dans lesquelles les élèves vivent à la maison et sur les environnements d'apprentissage.

Axé principalement sur l'analyse des tendances au cours de ces dix dernières années, le rapport PISA 2009 indique que les résultats de certains pays se sont améliorés, que d'autres ont régressé, alors que d'autres sont restés au même niveau. Globalement, le rapport PISA 2009 ne rapporte que de faibles évolutions. En effet, la majeure partie des pays ont obtenu les mêmes résultats que par le passé. Comme dans le précédent rapport PISA datant de 2006, les différences au sein du groupe principal des 35 pays sont moindres que si l'on prend en compte les élèves des différents niveaux de chaque pays pris séparément. C'est bien la différence entre les enseignants et les écoles qui rend les niveaux globalement inéquitables, et non la différence entre les systèmes éducatifs. Certains pays ne se situent pas dans la moyenne, même s'il existe une corrélation indéniable entre les niveaux de développement socio-économique et l'ensemble des performances. En règle générale, les pays les plus riches, allouant un budget plus élevé à l'éducation, obtiennent de meilleurs résultats que les pays les plus pauvres.

Dans son rapport PISA 2009, l'OCDE soutient que les plus fortes améliorations de la « performance du pays » (c'est-à-dire une meilleure classification) sont atteintes en diminuant les proportions d'élèves dans les niveaux les plus bas, plutôt qu'en augmentant les niveaux les plus hauts. L'IE est convaincue que cette conclusion témoigne en faveur d'une plus grande équité en matière d'éducation et d'un renforcement des ressources allouées aux élèves issus de milieux défavorisés. Néanmoins, lorsque les gouvernements incitent les écoles à la compétition, il existe un risque d'effets pervers, notamment l'exclusion des élèves moins bons et de ceux présentant des difficultés d'apprentissage. Mettre un accent tout particulier sur les faibles indicateurs de performance pourrait amener les enseignants à négliger d'autres aspects fondamentaux de l'éducation.

Le rapport PISA affirme que ces résultats permettront aux gouvernements d'aider les élèves à « s'adapter au changement rapide, à trouver des emplois qui n'ont pas encore été créés, à utiliser des technologies qui n'ont pas encore été inventées et à résoudre des problèmes qui ne se sont pas encore posés ». Ces revendications vont peut-être un peu trop loin. Jusqu'ici, un seul pays, à savoir le Canada, a terminé une étude longitudinale, en suivant des élèves pendant un certain nombre d'années. Pour la plupart des pays, le rapport PISA ne constitue qu'un aperçu des compétences des élèves de 15 ans dans chaque cycle. Le rapport PISA analyse la performance des différents élèves de différents pays (chaque édition inclut de nouveaux pays) à différents moments, dans différentes circonstances sociales, politiques et économiques.

Puisque le processus de collecte des données pour l'année 2009 a coïncidé avec une profonde crise économique et récession dans de nombreux pays de l'OCDE ou pays partenaires, on peut raisonnablement se demander dans quelle mesure le contexte général importe, d'autant plus que l'analyse PISA n'a pas pris en compte ce contexte.

L'IE affirme que l'éducation ne peut être isolée de l'évolution de la situation au sein des pays et que le « progrès » ou la « régression » des pays doivent être replacés dans le contexte du climat socio-économique touchant les familles, les systèmes éducatifs ainsi que les pays. L'IE est également convaincue que, si les données du rapport PISA affichent des corrélations entre la performance et différentes variables, il est cependant trop simple d'en tirer des liens de causalité. Les facteurs importants affectant l'éducation au sens large restent hors de la portée et de l'ampleur de cette étude.