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Examinons honnêtement les faits pour améliorer l’enseignement de l’Holocauste

Publié 28 janvier 2015 Mis à jour 6 février 2015

Historien et professeur renommé à l’Université de Yale, Timothy Snyder a passionné un public composé d’acteurs/trices du monde de l’éducation à Cracovie et les a transformé(e)s en étudiant(e)s admiratifs/ives disposé(e)s à apprendre, lorsqu’il leur a exposé l’histoire complexe et souvent incomprise de l’Holocauste.

Le conférencier invité très attendu de l’événement commémoratif de l’Holocauste organisé par l’Internationale de l’Education (IE) a transformé la conférence en un cours universitaire se plongeant dans les nombreuses dures réalités qui entourent la période la plus sombre du 20e siècle.

« Nous pourrons de moins en moins compter sur les souvenirs », a prévenu Snyder qui faisait ainsi référence à la baisse du nombre de survivants de l’Holocauste. « Nous ne pouvons pas laisser tomber l’histoire. »

Le programme concentré sur une journée a réuni 66 participant(e)s des syndicats d’enseignants de 20 pays. Il faisait suite au 70e anniversaire de la libération du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Des discussions en panel avec des acteurs/trices du monde de l’éducation ont abordé le défi de préserver le souvenir de l’Holocauste et la façon de l’enseigner aux prochaines générations.

L’ouvrage écrit par Snyder, « Terres de sang », examine de près la façon dont Hitler et Staline ont utilisé une grande partie des territoires d’Europe de l’Est pour réaliser leurs nombreuses atrocités. L’auteur a clairement tracé ce qu’il appelle les « cinq routes menant à Auschwitz »: l’idéologie d’Auschwitz basée sur le livre d’Hitler Mein Kampf; le système du camp de concentration allemand; ce qu’il appelle la route polonaise qui révèle comment Hitler a entrepris de détruire fondamentalement l’Etat polonais; la route soviétique vers Auschwitz montrant l’ambition de l’Allemagne d’installer une colonie dans l’Union soviétique par le biais de l’esclavage; et enfin la route européenne menant à Auschwitz.

Ces cinq routes fournissent une carte de l’histoire qui non seulement brise de nombreux stéréotypes de l’Allemagne et des Allemands de l’époque, mais elles montrent également clairement, surtout avec la « cinquième route » de Snyder comment des pays européens ont joué un rôle direct dans le retrait des droits des citoyen(ne)s juifs/ives, ce qui a mené à leur déportation vers Auschwitz et d’autres camps qu’il appelle des « usines de la mort ».

Dans ces commentaires, le Secrétaire général de l’IE, Fred van Leeuwen, a fait référence au passé pour établir un lien avec l’époque actuelle en Europe. « S’il y avait un moment de notre histoire récente où nous devons nous souvenir de l’Holocauste et de la guerre, c’est aujourd’hui », a déclaré van Leeuwen, faisant référence aux récentes attaques de Paris et aux  manifestations d’extrémisme et d’antisémitisme de plus en plus fréquentes dans le monde. « L’éducation est l’outil le plus puissant pour combattre la haine, les préjugés et l’ignorance. Cela fait d’elle une menace persistante pour ceux qui souhaitent opprimer les autres... Nous ne devons pas abandonner nos principes. »

Randi Weingarten, Président de l’ American Federation of Teachers(AFT), a repris les propos de van Leeuwen dans sa déclaration, affirmant que « sans les voix qui critiquent la marginalisation et appellent au déboulement des stéréotypes, les extrémistes prennent le dessus. Les génocides qui ont récemment eu lieu au Darfour, Rwanda et en Bosnie, ainsi que les atrocités perpétrées au Nigeria par Boko Haram, montrent que les leçons de l’Holocauste sont ignorées, et cela est tragique. »

La conférence s’est déroulée du 26 au 28 janvier et comprenait également des visites à Auschwitz-Birkenau et au musée Oscar Schindler. Les participant(e)s étaient reçu(e)s par les syndicats d'enseignants polonais ZNP et NSZZ-Solidarnosc. La conférence était organisée en collaboration avec les syndicats d'enseignants GEW et VBE d’Allemagne, GOD d’Autriche et ITU d’Israël.