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Philippines: face à la montée de la privatisation, les enseignant(e)s défendent une éducation de qualité

Publié 7 avril 2016 Mis à jour 18 avril 2016

Les enseignant(e)s des Philippines luttent contre le programme « K-to-12 » du gouvernement, qui, selon eux/elles, favorisera la privatisation et la commercialisation de l’éducation, et limitera l’accès à une éducation de qualité pour tou(te)s.

Le programme « K-to-12 » – qui prévoit deux années d’éducation supplémentaires à passer dans des établissements scolaires privés, doit être abandonné – dans la mesure où il s’agit d’une « violation directe du droit de chacune et chacun à un enseignement secondaire gratuit » et d’une mesure « inconstitutionnelle », a déclaré Benjamin Valbuena, Président de l’ Alliance of Concerned Teachers(ACT), lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a par ailleurs affirmé l’opposition des syndicats à ce programme et a appelé à des actions futures.

Une tentative de privatisation de l’éducation

D’après les données du ministère de l’Education, près de 500.000 élèves inscrits dans des lycées publics seront contraints de poursuivre leur éducation dans des établissements privés dès ce mois de juin. « Certains parents se plaignent d’ores et déjà du fait que les chèques-éducation ne permettront pas de couvrir la totalité des frais de scolarité », a ajouté Valbuena. Selon l’ACT, des pays tels que les Etats-Unis ou la Suède peuvent témoigner de l’échec des écoles financées par l'Etat et dirigées par des personnes privées.

« Ce programme permettra aux propriétaires d’écoles secondaires privées de s’enrichir, comme la famille Ayala, copropriétaire de 'APEC Schools', une importante chaîne d’établissements secondaires créée par un consortium avec Pearson, une entreprise transnationale spécialisée dans l’éducation », a-t-il précisé.

En outre, Valbuena a également déploré la décision de la Cour suprême de rejeter la pétition signée par différentes organisations et parties prenantes de l’éducation, appelant le gouvernement à mettre un terme au programme « K-to-12 ».

L’ACT exhorte la Cour suprême des Philippines à rencontrer les signataires de la pétition, afin qu’ils puissent exposer leurs arguments contre ce plan gouvernemental.

Des ressources financières limitées

D’après Valbuena, le programme « K-to-12 » risque également de dégrader davantage la qualité de l’éducation du pays, dans la mesure où il diminuera les ressources déjà limitées allouées à l’éducation.

Le budget de l’éducation du gouvernement n’a en effet jamais atteint quatre pour cent du produit intérieur brut, « ce qui s’avère bien inférieur aux six pour cent prévus par les normes internationales », a déclaré Valbuena. « Ces deux années d’éducation supplémentaires ne feront qu’exacerber la pénurie d’enseignantes et enseignants, de personnel de l’éducation, d’infrastructures et de matériel éducatif, qui n’a pas encore été résorbée dans de nombreuses écoles publiques », a-t-il ajouté.

Une alternative possible

Le dirigeant de l’ACT a par ailleurs mis en lumière l’existence d’une alternative au programme « K-to-12 »: « Il s’agit d’améliorer le système d’enseignement public actuel (« K-to-10 »), en comblant la pénurie actuelle de personnel, d’infrastructures et de matériel d’enseignement et d’apprentissage, tout en alignant l’ensemble du système éducatif sur les besoins des Philippines et non sur ceux d’autres pays. »