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Bridge, le fournisseur éducatif qui ne mène à rien

Publié 7 juin 2016 Mis à jour 8 juin 2016

Bridge International Academies, l’institution éducative à but lucratif a révélé sa véritable nature en orchestrant l’arrestation d’un chercheur canadien qui enquêtait sur ses activités en Ouganda, un pays où les plans de croissance de l’entreprise ont récemment été suspendus.

Curtis Riep savait que son travail n’était pas toujours apprécié par le sujet de ses recherches, mais le doctorant qui se concentrait sur les fournisseurs éducatifs privés n’avait jamais pensé que cela le mènerait en prison.

Peu après son arrivée à une réunion pré-arrangée avec des responsables de Bridge dans un café à Kampala, Ouganda, Riep en est sorti escorté par la sécurité de l’école et la police.

Il ne savait pas que, cinq jours plus tôt, l’entreprise éducative à but lucratif avait publié une annonce de « recherche » dans un journal national qui l'accusait de se faire passer pour un de ses employés; une allégation qui s’est révélée fausse. Désormais de retour au Canada, à l’Université d’Alberta, le doctorant est convaincu que l’incident était monté de toutes pièces.

« [Bridge] a définitivement orchestré toute l’affaire. Deux minutes après mon arrivée pour interviewer des responsables de Bridge, leur 'détective' et deux officiers de police étaient là pour m’arrêter », s’est-il rappelé à propos de son arrestation du 30 mai dans un courriel. « Dans le véhicule qui m’a emmené au poste de police, un avocat de Bridge était présent. Lorsque nous sommes arrivés au poste de police, quatre représentants des médias étaient déjà là pour me prendre en photo. »

Ce comportement de Bridge International Academies, ou BIA, survient après que le gouvernement ougandais a ordonné à l’entreprise d’interrompre ses projets de croissance suite à l’échec de l’entreprise de répondre aux normes en matière de programme et d’infrastructure. Bridge possède actuellement 80 écoles maternelles et primaire en Ouganda, gérée par les fondateurs américains Jay Kimmelman and Shannon May.

Bridge gère des écoles à but lucratif « peu coûteuses » en Ouganda, au Ghana, au Kenya et plus récemment au Libéria, et est soutenu financièrement par les likes du Facebook de Mark Zuckerberg, la Fondation Bill et Melinda Gates et le conglomérat de l’éducation Pearson Ltd. Il est aussi soutenu par la Banque mondiale et le Département pour le développement international du Royaume-Uni. Le modèle d'entreprise de Bridge, qui dépend de l’argent public pour gérer des écoles payantes où enseigne du personnel non qualifié, a du faire face à de nombreuses critiques.

Bien qu’ils fassent la promotion d’une éducation « abordable » pour les enfants les plus pauvres de la planète, Bridge force les familles à payer pour des cours inadéquats préparés à l’avance lus à partir de tablettes. De nombreux enfants se retrouvent dans des environnements douteux, comme des classes manquant de matériel correct, avec notamment des bancs et des chaises en nombre insuffisant.

Les syndicats d’enseignants, menés par la fédération mondiale, l’Internationale de l’Education (IE), sont particulièrement critiques. Riep consacrait ses recherches au cas de l’Ouganda suite à ses études sur les activités de l’école Omega au Ghana et des écoles APEC aux Philippines.

Dans une lettre ouverte adressée à May, le Secrétaire général de l’IE, Fred van Leeuwen, a déclaré qu’« il a été montré que les actions de Bridge sont non seulement injustifiées, mais également irresponsables. Nous considérons que tous ces agissements et ces comportements sont totalement inacceptables et indignes d’une organisation qui prétend se soucier des intérêts des jeunes ». Van Leeuwen a demandé à Bridge de s’excuser auprès de Riep et d’intervenir pour ses dépenses juridiques.

L’IE, la plus grande organisation professionnelle dans le monde et la voix de 32 millions d’enseignants dans 171 pays, mène une campagne contre la privatisation et la commercialisation de l’enseignement public. Bridge et Pearson Ltd. sont tous deux visés par cette campagne.

Malgré les problèmes rencontrés par Bridge en Ouganda, l’entreprise ambitionne de s’implanter dans le pauvre Libéria. Après des années de guerre civile et l’épidémie dévastatrice d’Ebola, Bridge insiste auprès du gouvernement libérien pour qu’il sous-traite tout son système d’enseignement public.