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Kenya: Défis postérieurs à l'EPT

Publié 3 octobre 2005 Mis à jour 3 octobre 2005

Le Kenya est le premier pays africain engagé dans l'Education pour tous (EPT) qui ait institué la gratuité de l'enseignement primaire. Cela s'est produit lors de l'arrivée au pouvoir de la Coalition nationale arc-en-ciel à la fin de l'année 2002.

On a longtemps attendu cette action politique, non seulement pour les enfants et les parents, mais aussi pour les enseignants et tous ceux dans le monde qui sont concernés par l'Education pour tous. La démarche fut applaudie de tous, mais cela n'alla pas sans problèmes. De nombreuses salles de classe furent submergées, à tel point que certains professeurs durent donner cours dehors. On enregistra des ratios enseignant/élèves de 1:80 – parfois 1:90 – ce qui représenta une charge importante pour les instructeurs du pays.

Néanmoins, cela a permis l'inscription de quelque 1,7 million d'enfants, auparavant exclus du système scolaire.

La visite de l'IE au Kenya: Le Coordinateur régional principal de l'IE, Assibi Napoe, s'est récemmment rendu au Kenya pour prendre connaissance des différents défis auxquels sont aujourd'hui confrontés les enseignants et l'éducation du pays.

La première priorité du syndicat des enseignants, le Kenyan National Teachers' Union (KNUT), consiste à trouver une solution au grave problème de la pénurie des enseignants. Pour l'année scolaire actuelle 2005-2006, le KNUT évalue le besoin à 60 000 enseignants supplémentaires. L'institution de la gratuité de l'enseignement primaire est SUSCEPTIBLE d'échouer, si les écoles renvoient chez eux les étudiants simplement parce qu'il manque du personnel enseignant pour s'occuper des inscriptions d'étudiants. La situation est déjà rendue difficile par la surpopulation des classes dans lesquelles les étudiants n'ont pas toujours l'occasion d'apprendre convenablement.

Le deuxième problème auquel est confronté le KNUT concerne la rétention des enseignants. L'instauration de la gratuité de l'enseignement primaire depuis 2002 a considérablement augmenté la charge de travail des enseignants dans le pays. Afin de convaincre les enseignants de rester dans leur profession (et partant, de veiller à la réalisation du projet de gratuité de l'enseignement primaire), le gouvernement a promis de revoir le traitement des enseignants dès que l'économie du pays se serait améliorée. "Maintenant que la croissance économique du pays a augmenté de 4,58 pour cent" a affirmé le Secrétaire général du KNUT, Francis Ng'ang'a, le gouvernement ne doit pas manquer à son engagement". Il a ajouté que les enseignants devraient être payés avant les prochaines élections générales.

Le troisième défi auquel doit faire face le KNUT concerne ses relations avec le gouvernement. Comme nous l'avions mentionné dans la nouvelle datée du 29 septembre, le gouvernement propose une nouvelle constitution, dans laquelle un article amènerait la Teachers Service Commission (TSC) à perdre son autonomie. A l'heure actuelle, la TSC est un organisme indépendant qui régule l'emploi et le recrutement du personnel enseignant dans le pays. Entre autres rôles, il sert d'intermédiaire entre le KNUT et le gouvernement sur la question de la pénurie des enseignants et des offres salariales. Si le projet de constitution était approuvé, cela placerait la TSC sous le contrôle des autorités locales. Un référendum aura lieu le 21 novembre et le KNUT a déjà enjoint ses membres à voter "non".

Le gouvernement tente également d'instaurer des contrats basés sur les résultats. Un membre de la TSC, Lawrence Sitienei, a clairement montré qu'une telle mesure était injuste vu les conditions de travail actuelles: "Il n'est pas possible d'évaluer les performances d'enseignants mal payés travaillant dans des écoles mal équipées."

Le KNUT doit aussi faire face à de nombreuses difficultés liées à son implication dans les dialogues sociaux, en particulier concernant les négociations avec les organismes intergouvernementaux tels que l'OIT et l'UNESCO.

Qu'entendons-nous par Education pour tous? L'IE insiste sur le fait que l'éducation pour tous ne signifie pas mettre des enfants dans une classe. Il s'agit de fournir aux enfants un professionnel qualifié de l'enseignement au sein d'un environnement d'enseignement et d'apprentissage acceptable. Bien qu'il soit très encourageant que le gouvernement kenyan ait franchi avec courage le premier pas en instituant la gratuité de l'enseignement primaire, cette mesure politique ne doit pas se résumer à la "gratuité", elle doit aussi veiller à fournir un "enseignement".