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Neuroscience et éducation: les implications sur le travail en classe

Publié 20 mars 2009 Mis à jour 20 mars 2009

Saviez-vous que le concept d'individus faisant travailler plutôt leur cerveau gauche ou leur cerveau droit est un exemple de données mal interprétées issues de la recherche neuroscientifique (Willis, 2008)? Ou que la pratique consistant à classer les apprenants en auditifs, visuels ou kinesthésiques n'a jamais été démontrée par les recherches sur le cerveau (Ansari, 2008)? Ces croyances répandues dans le public se sont fait une place dans le mythe urbain et dans certains discours éducatifs.

Il peut être stimulant pour les jeunes enseignants d'identifier des informations valables et de les mettre en pratique en classe, mais, avec la somme croissante de travaux menés dans le domaine des neurosciences et les liens entre la recherche sur le cerveau et l'apprentissage, il est important que nous comprenions tous bien les recherches récentes et leurs implications sur le travail en classe.

Une révolution s'est produite ces vingt dernières années dans le domaine de la recherche sur le cerveau grâce aux progrès rapides de la technologie, qui ont permis aux scientifiques de regarder à l'intérieur même du cerveau, de voir comment il traite l'information et d'identifier les zones du cerveau qui sont actives pendant l'exécution de certaines tâches spécifiques. Par exemple, nous savons aujourd'hui que plusieurs zones du cerveau montrent une activité lors de la lecture et que les adultes et les enfants dyslexiques présentent des profils d'activité cérébrale atypiques. Les scientifiques pensent qu'à l'avenir, les difficultés d'apprentissage des enfants seront déjà détectées par la technologie médicale lorsqu'ils entreront à l'école et que les enseignants auront déjà mis en place des programmes d'apprentissage pour eux.

Les implications de la recherche sur le cerveau semblent très prometteuses pour l'avenir, mais les enseignants peuvent aussi utiliser la recherche actuelle dans la salle de classe. Par exemple, saviez-vous que les expériences scolaires quotidiennes modifient la physiologie du cerveau? Une attention considérable est consacrée au fait que l'utilisation de la technologie peut changer la structure physique du cerveau, un fait qui a été discuté dans les milieux éducatifs à propos du temps d'attention plus court perçu chez les étudiants qui utilisent la technologie. Cependant, ceci n'est qu'un élément du tableau, étant donné que toute activité modifie la structure physique du cerveau, y compris l'apprentissage.

La recherche a montré que l'apprentissage peut stimuler le développement de nouveaux neurones et de nouvelles trajectoires nerveuses. Cette nouvelle croissance peut survenir tout au long de la vie et pas uniquement lorsque le cerveau se trouve toujours en phase de croissance, durant l'enfance et l'adolescence. L'élagage de ces neurones et de ces trajectoires nerveuses est également permanent, étant donné que les connexions qui ne sont pas utilisées régulièrement sont supprimées pour rendre le cerveau plus efficace, tandis que celles qui sont utilisées régulièrement sont renforcées. Cette qualité, connue sous le nom de «plasticité cérébrale», a des conséquences sur l'enseignement et l'apprentissage. Jensen (2008) suggère que les écoles peuvent tirer profit de cet élément en recourant à des stratégies destinées à encourager la métacognition des élèves.

De nouvelles approches du QI sont associées à la plasticité cérébrale. La recherche a montré que le QI d'un individu n'est pas déterminé à la naissance, mais qu'il peut continuer à se développer au cours de la vie, dans des conditions optimales. Dans le passé, on pensait que le QI était une fonction naturelle (génétique) ou acquise (environnement). Aujourd'hui, un troisième facteur est désormais reconnu, celui de l'«expression d'un gène». L'expression d'un gène est définie par Jensen (2008) comme la capacité de nos gènes à répondre à un facteur environnemental chronique ou aigu». Jensen affirme que «l'expression d'un gène peut être régulée par ce que nous faisons à l'école», de sorte que, en tant qu'enseignants, nous pouvons créer des possibilités de développement qui amélioreront la vie de tous les élèves.

Plusieurs autres pratiques prometteuses renforçant la connexion entre l'éducation et la recherche cérébrale font actuellement l'objet d'études. L'une d'entre elles soutient les diverses théories de Howard Gardner sur l'intelligence et confirme que les enfants apprennent de diverses manières et disposent de différentes façons d'exprimer ce qu'ils ont appris et compris. Si nous présentons à des élèves une information de plusieurs manières et si nous permettons à l'apprentissage de s'exprimer de façons diverses, davantage d'élèves réussiront.

En outre, la recherche a montré que si les nouvelles informations sont présentées de manière multisensorielle, ce nouvel apprentissage peut alors être stocké dans différentes zones du cerveau. Si elles sont réparties en plusieurs endroits, les informations peuvent également être récupérées en plusieurs endroits, ce qui augmente la possibilité de les conserver et de créer des trajectoires nerveuses solides.

Une autre bonne pratique d'enseignement, qui a été confirmée par la recherche sur le cerveau, est le lien entre l'émotion et l'apprentissage. Willis (2007) affirme que «l'apprentissage est meilleur lorsque les activités d'apprentissage sont agréables et en rapport avec la vie, les centres d'intérêt et les expériences des élèves». Ceci démontre l'importance pour nous, en tant qu'enseignants, de connaître les centres d'intérêt et la vie de nos élèves, afin de pouvoir établir un lien entre un nouvel apprentissage et leurs expériences passées. Une autre pratique d'enseignement mise en avant dans la littérature actuelle est la conviction que les élèves sont des apprenants actifs, qui donnent une signification à ce qu'ils apprennent lorsqu'ils sont immergés dans un acte sensé dans un environnement social.

Aucune de ces stratégies n'est nouvelle pour les enseignants, mais la nouveauté est que ces pratiques éducatives saines sont désormais confirmées par l'étude du cerveau.

Jensen (2008) suggère que les éducateurs doivent être «suffisamment professionnels pour dire en classe "voilà pourquoi je fais ce que je fais"». Cela implique de se pencher sur la recherche pour identifier les bonnes pratiques d'enseignement.

Pensez à un domaine de votre programme qui est nécessaire, mais pas amusant. Comment pourriez-vous rendre ce sujet agréable et intéressant? Comment pourriez-vous établir un lien entre ce sujet et les expériences passées de vos élèves et comment pourriez-vous inciter vos élèves à étudier cette matière grâce à un véritable effort de présentation? Quelles sont les manières dont vous pourriez présenter un apprentissage multisensoriel à vos élèves? Comment pourriez-vous présenter les stratégies métacognitives à vos élèves? Quelles autres pratiques d'enseignement fondées sur la recherche pourriez-vous utiliser en classe?

Par Margaret Pillay. Ancienne enseignante, directrice d'école et conseillère en programmes, Margaret Pillay est aujourd'hui directrice associée de l'unité de développement professionnel de la Fédération des enseignants du Saskatchewan au Canada. Son article est reproduit avec l'autorisation du journal syndical, le Saskatchewan Bulletin.

Cet article a été publié dans Mondes de l'Éducation, No. 29, mars 2009.