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Des conditions de travail et d’apprentissage en déclin

Publié 2 septembre 2009 Mis à jour 2 septembre 2009

Au cours de ces dernières années, les conditions de travail des enseignants se sont détériorées partout dans le monde, essentiellement en raison des diminutions très importantes du financement de l’enseignement et des pressions croissantes liées à la charge de travail. Et la crise économique ne peut faire qu’empirer la situation.

Telles sont les conclusions regrettables auxquelles a abouti l’IE, suite à une vaste opération de collecte d’informations pour la préparation d’un rapport important destiné au Comité conjoint OIT-UNESCO d’experts sur l’application des Recommandations concernant la condition du personnel enseignant (CEART). Tous les trois ans, l’IE apporte sa contribution en soumettant au CEART ses conclusions basées sur les informations recueillies auprès de ses organisations membres et sur celles fournies par la propre enquête de l’IE et par toute une série de rapports et d’études complémentaires. Le rapport de cette année insiste sur le fait que la pénurie d’enseignants demeure un problème majeur dans les systèmes éducatifs à travers le monde.

Si l’on souhaite atteindre l’objectif de l’Education pour Tous d’ici 2015, 18 millions d’enseignants supplémentaires seront nécessaires dans l’enseignement primaire au niveau mondial. En dépit de la persistance de cette pénurie d’enseignants, peu de mesures ont été prises en vue d’attirer de nouveaux enseignants qualifiés dans la profession. Il est fréquent d’engager des enseignants non qualifiés, travaillant en échange de salaires insuffisants et dans des conditions ne répondant pas aux normes, non seulement pour tenter de remédier à la pénurie d’enseignants mais également pour limiter les dépenses dans l’éducation. Les salaires des enseignants sont généralement trop bas pour leur permettre de mener une vie décente. Dans les pays en développement, le niveau des salaires de certains enseignants du primaire est proche ou en dessous du seuil de pauvreté. Il arrive que dans les pays industrialisés, le salaire des enseignants soit inférieur à celui perçu dans des professions de valeur égale.

L’IE signale que la consultation gouvernementale auprès des organisations d’enseignants a, en général, évolué de manière positive dans plusieurs pays en Europe, en Amérique du Nord, dans les Caraïbes et en Asie. Cependant, dans certains pays d’Afrique, notamment en Tunisie et au Cameroun, les gouvernements refusent d’entrer en consultation avec les syndicats d’enseignants.

Concernant le cas particulier des enseignants contractuels, la formation appropriée pour exercer la profession d’enseignant est soit inexistante, soit de très courte durée, et la formation continue est bien souvent très mal organisée. En revanche, dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique du Nord, la formation des enseignants est généralement d’excellente qualité et les enseignants ont facilement accès aux différentes possibilités de développer leurs compétences professionnelles et de suivre une formation continue.

Les libertés académiques sont respectées dans plusieurs pays d’Afrique, bien qu’elles aient été sérieusement compromises en raison de la répression politique dans certains pays comme le Zimbabwe. Dans les pays du Moyen-Orient, les libertés académiques ont fait l’objet de sévères restrictions en raison des conflits.

Dans certains pays d’Europe (par exemple au Danemark) et d’Amérique latine (par exemple en Colombie), les tendances néolibérales et les méthodes de gestion basées sur le modèle des entreprises qui caractérisent de plus en plus l’enseignement supérieur ont conduit à des restrictions des libertés académiques. Les enseignants contractuels voient leurs libertés académiques fortement limitées du fait de la nature précaire de leur emploi. De plus, les enseignants sont de plus en plus exposés à la violence et travaillent dans des environnements scolaires peu sûrs. Les conflits politiques et la répression ont conduit à une recrudescence de la violence à l’encontre des enseignants en Colombie et au Moyen-Orient, tandis que des actes de violence ont également été signalés dans certains pays d’Asie et d’Europe.

De nombreux pays, y compris ceux affichant une prévalence élevée du VIH, n’incluent toujours pas systématiquement la question du VIH/SIDA dans la formation des futurs enseignants ou dans les programmes scolaires, et aucune politique en matière de VIH/ SIDA n’a été développée sur les lieux de travail dans le secteur de l’éducation.

L’IE a fait remarquer au CEART que la Recommandation conjointe de l’UNESCO et de l’OIT de 1966 concernant la condition du personnel enseignant et la Recommandation de l’UNESCO de 1997 concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur sont des instruments internationaux essentiels permettant de protéger et de défendre les enseignants et une éducation de qualité. Cependant, ces recommandations sont peu souvent mises en application dans le monde et les enseignants sont engagés dans une lutte permanente afin de garantir le respect de leurs droits et de leurs conditions de travail conformément à ces recommandations. L’IE s’engage résolument à poursuivre la lutte en faveur de l’application totale de ces recommandations dans les systèmes éducatifs du monde entier.

Par Angele Attard.

Cet article a été publié dans Mondes de l’Éducation, No 31, septembre 2009.