Ei-iE

Discours d’ouverture prononcé par Fred van Leeuwen, Secrétaire général de l'IE, à l’occasion de la 6ème conférence régionale Asie-Pacifique organisée à Bangkok, du 28 au 30 septembre 2009

Publié 1 octobre 2009 Mis à jour 1 octobre 2009

Vous découvrirez ci-dessous le discours d'ouverture prononcé par Fred van Leeuwen, Secrétaire général de l'IE, lors de la 6ème conférence régionale de l’Asie-Pacifique organisée à Bangkok, du 28 au 30 septembre 2009. L’intitulé de la conférence est « la réaction des organisations d’enseignants d'Asie-Pacifique face à la crise mondiale ».

Chers collègues,

Il y a un an, une tempête financière s’est abattue sur la planète. « La tempête » mondiale s’est récemment calmée et ce n’est que maintenant que nous nous apercevons de l’étendue des dégâts. Il y a quelques années, en 1997, nous avons vécu la crise financière asiatique, qui avait commencé ici en Thaïlande et s’était rapidement étendue à toute la région. Nous savons désormais que la crise asiatique était un signe avant-coureur de la crise mondiale de 2008.

Les deux crises sont assez identiques. En 1997, l’économie de la Thaïlande, de la Malaisie, de l'Indonésie et la Corée se sont développées en "bulles" alimentées par des « capitaux spéculatifs » ( hot money en anglais). Des incitations dénaturées engendrèrent d’importantes réserves de crédit qui firent monter les prix des actifs jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus être maintenus – avant que n’éclatent les « bulles ».

Un processus identique s’est déclenché dans le monde entier dix ans plus tard. Une grande « bulle » s’est développée aux Etats-Unis, dans le cadre du marché immobilier, alimentée par des incitations faussées, un crédit facile suivi d’une dette ne pouvant être acquittée. Mais une bulle encore bien plus importante était présente - la bulle de la finance mondiale. Les acteurs pouvaient générer des profits importants. Mais lorsque la bulle immobilière américaine éclata, la bulle financière fit de même. Lehman Brothers s'effondra et le système mondial emboîta le pas.

La précédente crise financière asiatique avait même peut-être réussi à endormir les hommes politiques et les agences internationales dans un faux sentiment de sécurité. Lorsque la crise asiatique fut « maîtrisée », selon le FMI, nombreux pensaient savoir gérer une crise. Les affaires reprirent donc leur cours habituel. Ils ne tinrent pas compte des avertissements du mouvement syndical indiquant les déséquilibres fondamentaux toujours visibles dans nos économies : le déséquilibre entre l'économie réelle et l'économie virtuelle des sorciers de la finance ; entre le pouvoir d'achat des salariés ordinaires et de ceux ayant réussi à fait fortune grâce à ces booms financiers. Ils n’ont pas su écouter et ce manque d'attention entraîna le monde dans une crise encore bien plus importante, dix ans plus tard.

Plus foncièrement, que cachaient ces déséquilibres ?

Depuis près de 3 décennies, nous observons un consensus mondial en faveur de la déréglementation du secteur privé et de la dévalorisation du secteur public. L’évolution de cette politique - ou devrais-je dire « de cette idéologie » - souvent décrite sous le nom de « néolibéralisme », a été fortement encouragée en Asie, mais aussi dans d'autres régions. Elle a été accélérée au niveau mondial avec la chute du mur de Berlin, la fin de l'Union soviétique et des économies centralement planifiées d’Europe de l’Est et d’Asie centrale.

Nous savons maintenant que le boom en Amérique du Nord depuis 2001 jusqu’aux années Bush a été créé grâce à l'endettement. Ce fut un boom du secteur privé lié à une dévalorisation constante des services publics. Ce fut le cas du boom dans certains pays de cette région et dans d'autres parties du monde - un boom du secteur privé associé à une stagnation du financement des services publics. Lorsque le boom des Etats-Unis s’effondra, ses répercussions se propagèrent rapidement autour du globe, son impact fut important dans toutes les régions. Ce fut rapide, spectaculaire et les conséquences se font toujours ressentir.

Dans cette région, les organisations membres d’Australie, de Nouvelle Zélande, de Mongolie, des îles Tonga, du Japon et de Taiwan nous signalent des réductions budgétaires dans le domaine de l'éducation ainsi que des menaces de réductions des salaires de nos membres.

Le G8 et le G20

Le Japon, deuxième économie du monde, a évidemment joué un rôle majeur dans le cadre du G8. L'an dernier, je me suis joint au Groupement « Global Unions » lors d’une réunion avec le Premier ministre du moment, avant le sommet du G8 à Hokkaido. Depuis, en 14 mois, le Japon a eu trois nouveaux Premiers ministres, et nous espérons, Monsieur le Président (Nakamura), que le nouveau gouvernement au pouvoir, avec le soutien de NIKKYOSO et RENGO, saura faire une énorme différence. Mais à l'époque, en juillet 2008, les dirigeants du G8 ont omis de tenir compte des avertissements dont nous leur avions fait part. La crise s’est déclenchée seulement un mois plus tard. J'ai également eu l’opportunité, à cette occasion, suite à nos entretiens, de souligner que le Japon semblait « oublier » son engagement pour un budget national dédié à l'éducation, même si l'éducation a toujours été un facteur capital et sur lequel a reposé le miracle économique japonais entre les années 1950 et 1990. Aujourd'hui, nous sommes heureux d'apprendre que le nouveau gouvernement réagit plus positivement à la mise en valeur par NIKKYOSO de l'éducation de l’individu et d’un bon équilibre entre travail et vie quotidienne.

Maintenant, la crise mondiale a amené d’autres économies importantes des pays asiatiques au devant de la scène mondiale. Notamment l'Inde, l'Indonésie, la Corée, l'Australie et la Chine. L’époque où la présence de quelques grands pays économiquement importants au sein du G8 suffisait pour régler des problèmes auxquels est confrontée la planète entière est révolue. Quand le G8 s’est réuni en Italie en juillet dernier, les dirigeants de 20 autres pays étaient présents.

Des progrès commencent à être faits dans le domaine de l'éducation. Les dirigeants du G8, en Italie, aidés de 20 autres dirigeants, ont repris et répété deux messages principaux de l'IE : « Investir dans l'éducation et dans le développement des compétences est essentiel pour une reprise durable » et « nous garantissons le droit à l'éducation pour tous ». Cela n’est pas arrivé par hasard. Nous y voyons les répercussions de nombreux efforts en collaboration avec nos partenaires de la coalition – Global Unions et la Campagne mondiale pour l'éducation.

Mais nous savons que les mots ne sont pas des actions: loin s'en faut ! De retour en janvier, les directeurs de la Banque mondiale et du FMI ont tous deux préconisé l’incitation internationale. Le directeur du FMI, en particulier, a demandé que les pays investissent dans les services publics et notamment l’éducation. « Parfait ! » avons-nous déclaré. Le FMI semblait avoir bien changé. Mais comme nous l'avons souligné à maintes reprises, nous observons une contradiction importante entre l’appel de la direction du FMI à stimuler le secteur public et les plafonds budgétaires, notamment le plafonnement des salaires du secteur public que les conditions du FMI imposent aux pays. C’est le cas, dans cette région, pour le Sri Lanka et la Mongolie.

Désormais, le G20 est devenu le centre d’action en matière de questions financières et économiques. Il a été annoncé jeudi que le sommet du G20 deviendrait une nouvelle institution. Les 19 pays et l'UE représentent ensemble 85% du PIB mondial, 80% du commerce international et les deux tiers de la population de la planète. Sur ces 19 pays, 6 sont originaires de cette région ! L’ASEAN y participe également.

Avec le Groupement « Global Unions », nous avons demandé aux pays du G20 d’investir dans un « nouveau pacte mondial » pour les services publics destiné à créer de nouvelles économies reposant sur un enseignement primaire et secondaire solide, un enseignement et une formation professionnels, l'enseignement supérieur et la recherche. Des exemplaires de la Déclaration des Global Unions sont disponibles ici à la Conférence.

Chers collègues, je suis heureux d'annoncer aujourd'hui que le G20 a approuvé les objectifs du Pacte mondial pour l'emploi de l'OIT et la reconnaissance de l'importance du développement des compétences pour une croissance économique durable. Le G20 a demandé à l'OIT de réunir ses membres afin d’élaborer une stratégie de formation basée sur l’emploi. Début 2010, les Etats-Unis accueilleront une réunion des ministères du G20, incluant les ministres du Travail du G20 (dont 6 pays d'Asie et du Pacifique). Une partie de l'ordre du jour sera consacrée à l'éducation et à la formation professionnelle, des responsables officiels du domaine de l'éducation devant mener les débats.

Les facteurs sociaux et politiques

Nous sommes également parfaitement conscients qu’il est impossible de considérer la crise financière et économique sans tenir compte d’autres défis importants. La crise alimentaire sévissait déjà dans de nombreux pays et notamment en Asie du Sud, dans le Pacifique, sans oublier l’Afrique et l’Amérique centrale.

Le changement climatique nous pose un problème à tous - en particulier en ce qui concerne les pays de faible altitude et autour de l’océan Indien et de l’océan Pacifique. La semaine dernière, les dirigeants du monde entier se sont entretenus lors d'une session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York. Des engagements importants ont été pris, notamment par la Chine et l'Inde. Combiner la reprise économique à la protection de notre vie, de notre espace - la biosphère terrestre - est un défi énorme. Cette question est également abordée dans la Déclaration des Global Unions.

Le VIH/SIDA est présent dans toutes nos sociétés. L'éducation est la clé permettant de combattre à la fois la pandémie et la discrimination qui lui est associée.

Un autre problème social grave de nos sociétés est le domaine du travail des enfants. L'OIT signalait l’an passé que des progrès avaient été faits. Mais la crise est susceptible de renverser ces progrès, notamment en ce qui concerne les filles. Nous travaillons avec des partenaires qui sont aussi des syndicats mondiaux, de l’industrie du textile, de l’agriculture, de l’alimentation et du tourisme. Nous travaillons en étroite collaboration avec notre partenaire, la Marche mondiale contre le travail des enfants, dans le cadre de la Campagne mondiale pour l’éducation. Alors que de nombreuses organisations de votre région sont engagées activement dans la lutte contre le travail des enfants, certains, je regrette d’avoir à le mentionner, sont encore trop hésitants. En Asie centrale, où le travail des enfants semble encore être un phénomène encouragé par l’Etat et où les enseignants sont parfois obligés d'envoyer les enfants travailler dans les champs de coton, nous attendons de nos organisations membres qu’elles s'élèvent contre cette pratique intolérable. Je suis parfaitement conscient des risques encourus à faire face à des gouvernements (moins démocratiques) ne respectant pas les droits humains ni les réglementations concernant le travail. Mais, franchement, notre devoir moral et démocratique en tant que syndicats indépendants dans le domaine de l’éducation ne nous laisse aucun autre choix que de s’opposer à toute autorité publique ou entreprise privée spoliant un enfant de l’un de ses droits fondamentaux : le droit à l'éducation.

Une autre question d'une grande importance de la région Asie-Pacifique est celui de la migration. Dans le contexte d’une économie mondialisée, les gens vont tout simplement de plus en plus se déplacer à travers les frontières nationales, dans une région et dans le monde. Aucun pays ne peut, aujourd'hui, ériger une clôture et espérer pouvoir garder à l’extérieur les personnes venant d’autres pays et amenant avec elles leurs propres cultures et leurs identités. Le travail effectué depuis longtemps par l'IE dans l’établissement de « ponts » entre les cultures est aujourd'hui plus important que jamais.

Les droits humains et syndicaux et la justice économique

Vous connaissez l'importance que l'IE attache à la défense des droits humains et syndicaux. Il est devenu clair, dans le cadre de la crise actuelle, que l'impératif moral du respect des droits des travailleurs est également un impératif dans le contexte d’une reprise durable. Les économies reposant sur le pouvoir d'achat des consommateurs sont plus solides que celles bâties sur la dette et les bulles financières. Les économistes syndicaux ont démontré que, outre les déséquilibres mondiaux, le déséquilibre existant entre les possibilités de négociation et les revenus des employeurs et des salariés était un facteur important de la crise. Lorsqu’on a dans le passé négligé la négociation collective, le pouvoir d'achat a chuté, conduisant les employés à se financer en se couvrant de dettes. Le meilleur espoir d’une reprise durable est une restauration du pouvoir d'achat des familles de travailleurs. Cela nécessite un réel pouvoir de négociation en matière de salaires en faveur des salariés. L'application des normes internationales du travail de l'OIT - le droit à la négociation collective et le droit de former des syndicats indépendants - fait partie de la solution.

Certains gouvernements sont - pour le dire en termes d'éducation – des élèves plutôt lents. Récemment, nous avons dû rappeler aux gouvernements de la Corée, du Cambodge, de Taïwan et des îles Fidji qu'ils devaient respecter nos libertés professionnelles et les normes fondamentales du travail. La destitution de Tevita Koroi, président de la FTA et président du Comité de l'éducation du Pacifique (COPE), pour avoir appelé à une campagne coordonnée de réinstauration d’un régime parlementaire dans les îles Fidji, est un exemple de la brutalité des gouvernements, de leur non-respect des règles internationales et même de leur propre législation nationale. Il y a deux semaines, nous avons une fois de plus rappelé aux autorités fidjiennes [leurs propres lois sur les relations dans le cadre du travail] ainsi que la jurisprudence de l'OIT qui stipule clairement que « la liberté d'expression dont devraient pouvoir jouir les organisations syndicales et leurs dirigeants devrait également être garantie lorsqu’ils souhaitent critiquer la politique économique et sociale d’un gouvernement ». Chers collègues, être destitué pour l'exercice de droits syndicaux légitimes est une chose, être jeté en prison ou pire encore en est une autre. Nous sommes profondément préoccupés par la situation en Birmanie et en Iran, où des syndicats pour l'éducation sont déclarés hors la loi. L'année dernière, un jeune enseignant iranien militant, Farzad Kamangar, a été condamné à mort pour « atteinte à la sécurité nationale » et « inimitié envers Dieu ». Nous pensons que la campagne internationale que nous avons lancée l'an dernier a permis d’éviter l’exécution de Farzad, qui est toujours pendante.

Des enseignants compétents pour une éducation de qualité

Chers collègues, en ce qui concerne les éducateurs, notre référence essentielle reste la Recommandation de l’OIT/UNESCO sur le statut du personnel enseignant, ainsi que la nouvelle recommandation de l'UNESCO sur l'enseignement supérieur, sans oublier les conventions de l'OIT. Ce mois-ci, les experts de l'OIT/UNESCO (CEART) se réuniront à nouveau. La proposition de l'IE leur montre le chemin qu’il nous reste encore à parcourir pour satisfaire aux Recommandations du point de vue des objectifs à la fois syndicaux et professionnels. L'an dernier, les experts du CEART sont allés au Japon. Leurs recommandations ont été assez claires. Un dialogue social sain avec les syndicats de l'éducation est le fondement sur lequel repose la question du personnel enseignant. J'espère que le nouveau gouvernement du Japon tiendra compte de ces recommandations et les appliquera.

Comme nous l'avons dit lors de notre dernier Congrès mondial, la question du recrutement d'enseignants sans qualification est l'un des problèmes les plus graves auxquels est confrontée la profession. Trop de gouvernements s’empressent de prendre le chemin le plus court qui est de recruter des personnes non qualifiées et d’affirmer ensuite progresser vers l’Education pour Tous (EPT).

Chers collègues, nous devons insister et le répéter encore et encore : nous préconisons une éducation de qualité pour tous. Une éducation de qualité requiert des enseignants compétents. Tel sera notre message la semaine prochaine lors de la Journée mondiale des enseignants.

Et, chers collègues, comme nous l'avons décidé à Berlin, il est maintenant grand temps de faire connaître au millier d’enseignants sans qualification nos syndicats de l'enseignement. Nous devons leur venir en aide. Nous devons les aider à obtenir des qualifications. Nous devons les défendre contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail qui, si nous n’agissons pas, entraîneront les salaires et les conditions de travail de tout le monde vers le bas.

C'est l’orientation de notre grand projet d'Education de qualité, en collaboration avec Oxfam/Novib. C'est l'idée maîtresse de notre action de sensibilisation auprès de la Banque mondiale, comme ça l’est également pour les autres agences de l’EPT, l'UNICEF, le PNUD et bien sûr l'UNESCO. Notre délégation abordera ce sujet dans le cadre de la Conférence générale de l'UNESCO la semaine prochaine. Je tiens également à vous informer que ces organismes travaillent plus étroitement avec le secteur privé. Nous ferons donc part de notre plaidoyer envers une éducation de qualité avec à des enseignants compétents dans le cadre du Forum économique mondial (WEF).

L'UNESCO et le WEF ont conclu un accord destiné à promouvoir les multipartenariats dans le domaine de l’éducation (MSPE), faisant participer le secteur privé et la société civile au soutien de l'objectif de l'EPT. L'IE y participe – avec certaines réserves. Il y a deux semaines, notre Bureau restreint a adopté un projet de protocole sur la participation de l'IE aux MSPE. Nous écrirons un chapitre sur les éducateurs professionnels pour un kit d’outils qui sera envoyé par l'UNESCO et le WEF aux ministères de l'Education l'année prochaine.

Mais nous avons aussi examiné attentivement la tendance vers des partenariats public-privé (PPP), ce qui est assez courant dans cette région. Le Groupe de travail, mis en place par le Conseil exécutif après notre Congrès mondial, a préparé un rapport important sur les PPP dans l'éducation. Ce rapport indique que les gouvernements qui tentent d’économiser des fonds en utilisant des PPP motivés par le commerce dans l'éducation, finiront, la plupart du temps, par faire perdre de l'argent aux contribuables et non en économiser. Les entreprises privées participent à ces partenariats public-privé en raison du profit qu’elles peuvent en tirer. Les politiciens qui pensent le contraire se font des illusions – ainsi que les électeurs. Rien ne peut remplacer l'investissement public dans l'enseignement public.

C'est le même combat que nous continuerons de mener : que l'éducation du public continue d’être indépendante de l'AGCS et d'autres accords commerciaux similaires. L’AGCS et les PPP font tous partie de l'agenda néolibéral visant à réduire les services publics. Cet agenda a été fortement ébranlé par la crise. Mais croyez-moi, chers collègues, l'agenda compte encore beaucoup de partisans, tous désireux de voir les affaires reprendre leur cours habituel. C'est pourquoi les Global Unions, avec l'IE et l'ISP en tête de liste, vont organiser une importante conférence internationale à Genève l'année prochaine sur le thème « Un agenda mondial pour des services publics de qualité ». Comme nous sortons, nous l'espérons tous, de la crise économique, il faut se pencher profondément sur la question, car cela aura un impact majeur sur les décisions politiques au sein de nos communautés.

Nous avons connu des gouvernements dans cette région essayant de nous faire « lâcher prise », essayant d’affaiblir les syndicats de l'éducation - du Japon à la Corée ainsi qu’à l’Australie. Nous avons aussi, soyons honnêtes avec nous-mêmes, joué le jeu de nos opposants en permettant trop de dissensions entre nous. Bien entendu, c’est un problème dans toutes les régions. C'est pourquoi notre président sortant, Thulas, nous a demandé, lors du dernier Congrès mondial de l'IE à Berlin, de trouver des moyens de promouvoir l'objectif constitutionnel de l'IE destiné à restaurer la solidarité au sein de la profession enseignante. Les circonstances sont bien sûr spécifiques à chaque pays. Mais nous savons que dans toute cette vaste région si diversifiée, que ce soit au sein des plus grands pays économiques, des économies émergeantes ou des pays les plus pauvres, beaucoup pourrait être fait pour accroître la solidité et l'efficacité des syndicats de l'éducation. Il s'agit d'un défi majeur pour nous tous.

Investir dans l'éducation

À la lumière de la crise financière et économique mondiale, le Bureau exécutif de l’IE estime qu'il ne suffit pas d'affirmer qu’il faut défendre le financement de l'éducation. Cela ne suffit pas de résister aux pressions des ministères des Finances ainsi qu’au jeu complexe joué par ces ministères et les organismes comme le FMI, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement (BAD). Soit dit en passant, le dernier rapport de la BAD annonce un rebondissement de l’économie. Mais l'économiste en chef de la BAD a signalé que la région est encore trop vulnérable à l'instabilité financière. Nous devons indiquer clairement que l'éducation fait partie de la solution, que l'éducation n'est pas une dépense mais un investissement et qu’investir dans l'éducation est la clé ouvrant à chaque nation la porte vers un avenir florissant. Nous sommes soutenus par un économiste important de la Banque mondiale, M. Ghani, qui a déclaré, le 27 juillet : « l’Asie du Sud n’investit pas suffisamment dans l'éducation, la santé, les routes, l'électricité et l'eau si on la compare au reste du monde. Un accroissement des dépenses, une valorisation de l'amélioration des résultats dans le cadre des infrastructures sociales et physiques ainsi que des filets de sécurité, permettront d'accélérer la reprise tout en garantissant une croissance à long terme ». Cela signifie aussi qu’il faut investir dans les compétences des enseignants et du personnel de soutien. Chers collègues, nous avons beaucoup à faire avant que les pays ne décident d'investir dans l'éducation et la formation. Le moment est venu pour nos nations de renforcer la formation et l’enseignement professionnels. Comme nos collègues des syndicats internationaux l’ont dit : « Lors d’un ralentissement, il faut en profiter pour accroître les niveaux de qualification ». Nous devons réaffirmer qu’investir dans l’enseignement primaire et secondaire, c’est investir dans la génération future – dans l'avenir de toutes les nations. Et permettez-moi d'ajouter ici que tout investissement dans l'enseignement préscolaire sera bénéfique, car il permet à tous les enfants de commencer équitablement et aux femmes de réintégrer la vie active. Nous devons également insister sur la nécessité de l’accroissement des investissements publics au sein de nos institutions d'enseignement supérieur.

Des économistes de renom ont calculé que chaque dollar investi dans l'éducation génère un rendement de 8 à 12%.

Les valeurs

Un message bien plus fondamental doit être communiqué, celui qui touche au plus profond, les pays de cette région. C'est un message sur les VALEURS. Les valeurs de l'enseignement public sont essentiellement les valeurs sur lesquelles reposent la démocratie ainsi que notre prospérité. Elles englobent les principes d'équité et d'égalité des chances, d’absence de discrimination et le principe de justice sociale. Elles embrassent la responsabilité collective, la liberté individuelle, la solidarité ainsi que les opportunités. Leur fondement est le respect des droits humains fondamentaux. Tel est l’état d’esprit qui doit motiver nos actions.

La mobilisation

Nous devons poursuivre une stratégie d'action en combinant toutes les ressources à notre disposition. Nous devons unifier notre stratégie mondiale, notre travail au sein de la région Asie-Pacifique et vos actions nationales. Il doit exister un lien unique et résistant reliant le mondial au local. Pour réussir, nous devons combiner idées et actions à chacun de ces niveaux. Nous devons associer le travail d'analyse, de recherche et d'arguments - les idées - à des actions, à une mobilisation.

Chers collègues, nous savons comment mobiliser. Les syndicats de l'éducation savent être très efficaces. Le défi consiste à nous mobiliser de façon à maximiser notre impact sur les décisions politiques. Pour que cela soit réalisable dans le contexte de l'économie mondiale actuelle, je le répète, nous devons associer notre plaidoyer mondial auprès du FMI, de la Banque mondiale, de l'OIT et de l’UNESCO, à nos actions nationales et locales.

Nous le faisons dans de nombreux pays lors de la Semaine mondiale d'action pour l'Education pour Tous. Nous le ferons de nouveau la semaine prochaine lors de la Journée mondiale des enseignants, le 5 octobre. Nous devons maintenant intensifier notre mobilisation, non pas au cours d’une seule journée, mais tous les jours.

Les OMD et l'EPT

En collaboration avec nos partenaires de la société civile, nous avons réussi à fermement maintenir à l'ordre du jour les Objectifs du Millénaire pour le développement et ceci, au beau milieu de la crise. Mais l'UNESCO nous avertit que le prochain Rapport mondial de suivi nous indiquera le chemin qu’ils nous restent encore à parcourir pour arriver à l'Education pour Tous d'ici l'année 2015. Les gouvernements surestiment leurs progrès en disant que les enfants sont inscrits à l’école même si ils n’y vont pas. De plus, selon l'UNESCO, les ressources rapportées afin d’arriver à réaliser l'EPT sont plus importantes que précédemment indiquées.

Nous devons obtenir que les engagements du G8, du G20 et de l'Organisation des Nations Unies soient appliqués au niveau national. C'est là que vous – les dirigeants nationaux - entrez en jeu. Il faut que nos actions mondiales et nationales soient cohérentes. Ce doit être un processus à double sens.

La capacité d'agir

L'action de l'IE est votre action. Vous, les organisations membres, représentez l’IE. Nous devons progresser ensemble avec :

  • Une vision claire de l'éducation et de la société,
  • De puissant arguments en faveur de l’investissement dans l’individu,
  • Une aptitude à la mobilisation au niveau mondial, régional, national, local, et
  • Une propositions stratégiques pour le bien-être de nos communautés et de nos nations.

Dans un article paru récemment en Espagne dans « El Pais », l'ancien Directeur général de l'UNESCO, Federico Mayor, a déclaré que le moment était venu pour les citoyens d’agir, de cesser d'être des spectateurs passifs et de commencer à participer activement. Alors seulement, écrit-il, les gouvernements deviendront réellement démocratiques, agissant en fonction de la volonté de leurs citoyens, en écoutant et en respectant leurs opinions. Le Dr Mayor, qui était avec nous lors de la fondation de l'IE en 1993, a mis le doigt sur un élément important- la faculté d’agir des citoyens n'est jamais aussi importante qu’en période de crise.

Qui est mieux placé que les éducateurs pour relever ce défi ? Et qui est plus compétent que vous, syndicalistes, pour tenir la position de pointe ? Notre défi, mes frères et sœurs, est d’utiliser nos aptitudes et de réagir, d'assumer un leadership, non seulement pour nous-mêmes, mais pour toutes les communautés au sein lesquelles nous vivons et travaillons.

Je vous remercie.