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Plus de droits, moins de violations

Publié 22 décembre 2009 Mis à jour 22 décembre 2009

Les enseignants d’Asie du Sud-Est, confrontés à des violations de leurs droits syndicaux, jouissent désormais d’une nouvelle ligne de défense et d’une nouvelle source de solidarité. Le Réseau des droits syndicaux (TURN) de l’IE a réellement pris son envol depuis que les représentants d’organisations membres au Cambodge, en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines et en Thaïlande ont accepté de mettre en place un réseau électronique destiné au partage d’informations et à l’entraide mutuelle. Le groupe de discussion en ligne TURN a été créé lors d’une conférence sous-régionale à Manille, Philippines.

Le projet TURN, qui bénéficie du soutien financier du bureau ACTRAV de l’OIT et de la Fondation Friedrich Ebert (FES), propose de doter les enseignants syndicalistes des outils et compétences permettant de promouvoir et défendre les droits syndicaux, influencer la politique publique, améliorer les cadres juridiques au sein desquels ils opèrent et mettre en place des réseaux de solidarité afin de se démarquer dans leurs pays respectifs.

Treize syndicats de cinq pays participent au projet TURN. Il s’agit de : CITA au Cambodge ; PGRI et FESDIKARI en Indonésie ; MAE, NUTP et STU-Sarawak en Malaisie ; NATOW, ACT, TOPPS et FFW aux Philippines ; et NTTU et PSTAT en Thaïlande.

Dans ces pays où le mouvement syndical est fragmenté et où la plupart des initiatives gouvernementales sont pilotées par les entreprises, les organisations d’enseignants ont concentré leurs efforts sur la liberté d’association en se tournant vers les membres potentiels.

Les enseignants militants présents à la conférence de Manille ont échangé des informations sur leurs réalisations respectives :

Le géant syndicaliste indonésien PGRI a mobilisé une partie de son effectif d’1,8 million de membres et mené une campagne massive pour le maintien de l’exigence constitutionnelle établissant que 20 % des budgets national et local doivent être alloués à l’éducation. Forts du soutien des médias et de la société civile, les membres de PGRI ont vaincu. Leur réussite a inspiré les syndicalistes thaïs, qui ont reconnu qu’il n’est pas dans leur culture de demander la dignité et le respect et de défier le gouvernement.

Au Cambodge, l’association des enseignants indépendants, la CITA, opère sous la surveillance et le harcèlement constants des autorités. Elle est malgré tout parvenue à recruter plus de 8.000 nouveaux membres en un an. Le syndicat a également réussi à imposer une hausse de salaire de 20 % pour les enseignants. Les syndicats philippins sont eux aussi parvenus à imposer des augmentations majeures de salaire pour les enseignants.

Les syndicalistes enseignants de Malaisie ont fait beaucoup d’envieux en créant avec succès un système de retenues, qui garantit un revenu régulier aux organisations d’enseignants.

Le TURN a été lancé en 2008 et la première année a été consacrée à la formation des représentants des 13 organisations membres en matière de normes internationales du travail, des mécanismes de supervision, des procédures internationales de dépôt de plaintes, de l’information et de la sensibilisation. Les participants devront dispenser des formations similaires dans leurs propres syndicats en vue de former une cohorte de partisans qualifiés en matière de droits syndicaux.

La prochaine étape est la mise en réseau. Toutes les organisations d’enseignants partageront informations, expériences et bonnes pratiques, et apporteront également un soutien coordonné au travers du réseau électronique. L’amélioration de la collecte des données permettra de signaler davantage de violations, augmentant ainsi la pression que les syndicats peuvent exercer sur les gouvernements pour faire appliquer en intégralité, sur le plan légal comme pratique, les droits à la liberté d’association et la négociation collective. Le modèle du TURN pourrait, à l’avenir, être développé dans d’autres régions du monde pour permettre aux organisations membres d’évaluer leurs droits syndicaux, faire entendre leur voix et promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance et la justice sociale.

Par Dominique Marlet.

Cet article a été publié dans Mondes de l’Éducation, No 32, décembre 2009.