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Discours de Fred van Leeuwen, Secrétaire général de l’Internationale de l’Education, lors de la 39ème Conférence sur l’Education de la Kuwait Teacher Society

Publié 21 mars 2010 Mis à jour 21 mars 2010

Chers collègues, chers amis, chers invités,

C’est un honneur de prendre la parole lors de votre congrès et de vous transmettre les salutations de millions d’enseignants du monde entier. Votre organisation est fière d’être membre de l’Internationale de l’Education qui rassemble plus de 400 syndicats d’enseignants dans 171 pays représentant en tous plus de 30 millions d’acteurs de l’éducation.

Nous sommes à la fois une association professionnelle, un syndicat, une organisation des droits humains et une agence de développement. Et comme vous le savez tous, il reste beaucoup de travail à effectuer dans chacun de ces quatre domaines – dans votre pays, au Moyen-Orient et à travers le monde en général.

L’Internationale de l’Education est votre voix, la voix des enseignants et du secteur de l’éducation au sein des principales organisations internationales dont les débats et les décisions touchent les enseignants.

L’Internationale de l’Education est aussi synonyme de solidarité. Nous rassemblons des collègues afin qu’ils partagent, échangent et s’entraident mutuellement. Grâce à des programmes de développement, nous aidons nos membres syndiqués à renforcer leur capacité syndicale et leur aptitude à améliorer les normes professionnelles et à aider leurs membres à devenir de meilleurs enseignants.

A l’heure actuelle, nous vivons au sein d’une communauté mondiale et les agences mondiales de coopération internationale sont plus que jamais essentielles à notre travail – plus encore effectivement au XXIe siècle qu’au siècle précédent. Parallèlement, les organismes régionaux acquièrent également de plus en plus d’importance car chaque région a ses propres défis à relever. Par conséquent, le devoir d’un syndicat mondial tel que l’Internationale de l’Education est de permettre un plaidoyer efficace à chacun de ces niveaux – mondial, régional et national.

Il n’est pas nécessaire de vous rappeler que nous traversons une période difficile. Au sein de la communauté mondiale du XXIe siècle, nous faisons face à plusieurs crises majeures simultanées.

Nous sommes confrontés à la crise économique et financière mondiale qui a débuté à la fin de l’année 2008 et qui continue d’avoir des répercussions sur les systèmes d’éducation de nombreux pays. Pas une région, pas un pays n’est à l’abri de cette crise. Plus de 50 millions de personnes dans le monde ont perdu leur emploi et selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de plus de 200 millions. Dans le monde, la justice sociale est en train de régresser et non de progresser.

Néanmoins cette crise économique surpasse les autres crises – la crise alimentaire présente dans de nombreux pays en développement, les mouvements de réfugiés et de migrants, les conflits entre cultures, nations et enfin et surtout le changement climatique. Les menaces sont bien réelles.

Toutefois, c’est aussi en période de crise – même dans le cas de multiples crises comme aujourd’hui – que de nouvelles opportunités se créent, que l’histoire s’écrit. Je suis convaincu qu’un enseignement de qualité pour tous les enfants et adolescents est une partie de la solution; et qu’ensemble nous pouvons donner forme à une nouvelle économie mondiale – dotée de fondations solides – à la fois basée sur l’éducation, les aptitudes et les compétences ainsi que sur l’équité et la justice.

Etre enseignant signifie exercer la plus honorable des professions. Malheureusement, dans de nombreux pays, être enseignant est aussi synonyme de traitements injustes, salaire incorrect et parfois pauvreté. Il n’est pas étonnant que le monde soit confronté à une pénurie d’enseignants qualifiés sans précédent. Dans les années à venir, plus de 10 millions d’instituteurs primaires devront être formés et recrutés si nous voulons parvenir à un enseignement de qualité pour tous les enfants de la planète (et en finir une fois pour toute avec le travail des enfants).

Nous devons rappeler à nos gouvernements que le droit à l’éducation est le droit (de chaque enfant) à un enseignant qualifié.

La qualité de l’enseignement est plus qu’une question d’apprentissage des compétences de base. Au sein de la communauté mondiale actuelle, il s’agit aussi de transmettre des valeurs démocratiques, d’enseigner la tolérance, de faire comprendre à chaque étudiant son identité culturelle tout en étant conscient de la diversité des cultures à l’origine de la richesse de l’humanité. Les enseignants doivent construire des ponts pour se comprendre. Tout comme nous, au sein de l’Internationale de l’Education, nous tentons d’établir des liens entre les professionnels de l’enseignement des pays en développement et nos collègues des pays occidentaux. Et vous, enseignants du Koweït, vous avez un rôle capital à jouer pour nous aider à construire ces liens.

Votre thème abordant la préparation des futurs enseignants ne pouvait donc pas mieux tomber.

L’enseignement/l’éducation consiste à offrir aux enfants, adolescents et adultes la possibilité de réaliser leur potentiel, en leur donnant les compétences dont ils ont besoin pour vivre pleinement dans la société, en tant qu’acteurs économiques, citoyens et membres de leur communauté. Nous, enseignants, exerçons le rôle stratégique consistant à fournir ces opportunités et développer de telles compétences. Pour les législateurs, il existe maintenant de nombreuses recherches sérieuses indiquant que la qualité des enseignants et de leur enseignement constitue un des facteurs les plus importants pour les résultats des étudiants. Les pays doivent pouvoir disposer de profils clairs décrivant les compétences des enseignants, se fondant sur des objectifs établis pour l’apprentissage des étudiants basés sur des niveaux reconnus au sein de la profession et un accord mutuel sur l’enseignement idéal. En tant qu’organisations d’enseignants, nous devrions jouer un rôle central – si pas décisif – pour établir ces profils.

Ces profils d’enseignants devraient intégrer l’excellente connaissance des matières, ainsi que les aptitudes et les méthodologies actuelles pour les enseigner, des compétences pédagogiques en général et la capacité à travailler avec une grande diversité d’étudiants et de collègues. Afin d’atteindre cet objectif, trois éléments sont souvent présents. Premièrement, l’accès à la profession est limité. Ensuite, ces personnes apprennent à devenir de bons enseignants grâce, par exemple, à des exercices pratiques en classe, à une formation continue à l’école, à la formation de bons directeurs d’école et en permettant à ces enseignants de partager leur connaissance et de diffuser l’innovation. Finalement, chaque enfant à la garantie de pouvoir bénéficier d’une instruction excellente. Les enseignants sont capables d’utiliser des données afin d’évaluer les besoins d’apprentissage de leurs étudiants, d’élargir considérablement leur éventail de stratégies pédagogiques pour répondre à la diversité d’intérêts et de capacités des étudiants. Ils sont capables de partager de façon dynamique des méthodes et des expériences avec leurs collègues et d’entrer en contact avec d’autres enseignants au niveau local ou mondial – grâce à des programmes d’échanges ou à des projets internationaux en ligne.

L’éducation est un des outils les plus importants pour obtenir la démocratie, l’égalité et le progrès social. Nous estimons que l’éducation religieuse n’est pas en contradiction avec ces idéaux. Au contraire, elle pourrait renforcer ces principes et aider les étudiants à mieux gérer la complexité des valeurs humaines et à les mettre en pratique durant leur vie adulte. Je félicite la KTS pour son implication active dans le développement de programmes scolaires touchant à cette thématique parfois controversée.

Les organisations d’enseignants sont les garantes de la profession d’enseignant. Nous attendons de leur part qu’elles développent, mettent en place et protègent les normes professionnelles les plus élevées possibles. Néanmoins, les enseignants ont également besoin d’organisations fortes, indépendantes et démocratiques capables de protéger leurs droits et leurs libertés professionnelles et d’améliorer leurs conditions de travail.

Je tiens à vous féliciter pour les progrès que vous avez réalisés dans ces deux domaines. Nous sommes conscients que cette tâche n’est pas facile à accomplir dans un pays, une société, où les syndicats indépendants représentent un phénomène relativement nouveau. Nous voulons vous encourager et vous aider à faire face aux circonstances politiques parfois difficiles dans lesquelles vous devez travailler. Nous voulons vous prouver que la solidarité, la solidarité internationale, n’est pas seulement un mot, mais un état d’esprit, une valeur, une mission si vous voulez, qui nourrit notre mouvement international d’enseignants.

Il ne fait aucun doute que le développement d’organisations indépendantes d’enseignants dans les pays du Moyen-Orient contribuera de façon significative à l’avenir politique et démocratique de la région, au même titre que la réalisation de notre idéal d’un enseignement de qualité pour tous les enfants.

En guise de conclusion, chers collègues, laissez moi souligner que nous désirons ardemment réaliser cet idéal, que la clé pour un enseignement de qualité repose entre les mains des générations présentes et futures d’enseignants qualifiés et dévoués, et que l’investissement dans l’éducation représente le meilleur investissement qu’une nation puisse faire pour son propre avenir. Vous êtes en train de transmettre ce message à votre gouvernement et vous lui rappelez son obligation morale d’augmenter le budget national consacré à l’enseignement. Il est capital que nous rappelions sans cesse à nos hommes politiques leurs responsabilités. Nous le ferons aussi sur la scène internationale. Et ensemble, nous serons capables de faire une différence flagrante pour nos membres, nos écoles, nos étudiants et nos pays.

Nous allons continuer de compter sur vous, quant à vous, vous pouvez comptez sur votre Internationale.

Merci.

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