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«Exploiter le pouvoir de l’éducation pour agir positivement pour le climat»

Publié 22 juillet 2021 Mis à jour 18 août 2021
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Je veux que les éducateur·trice·s s’enthousiasment pour le changement climatique. Pas parce que c’est une bonne chose, mais parce qu’il y a tant de choses que nous pouvons faire pour jouer un rôle constructif et positif dans les solutions pour un avenir meilleur.

Je veux que les éducateur·trice·s s’enthousiasment pour le changement climatique

Cela peut sembler étrange. Laissez-moi m’expliquer. J’ai récemment assisté à des conférences et des colloques sur l’éducation au cours desquels le changement climatique était à peine mentionné. Lorsqu’il l’était, le ton était grave. Les gens semblaient désireux de passer à un autre sujet.

Pourquoi le changement climatique met-il fin aux conversations ? Selon des études, cela s’explique par le fait que nous nous sentons dépassé·e·s par l’énormité du problème et impuissant·e·s à le résoudre. Enseignant·e·s et parents s’inquiètent également de susciter de l’anxiété et du désespoir chez les jeunes. Il est naturel de vouloir se protéger de ces sentiments. Cependant, le professeur Michael Mann affirme qu’il s’agit du résultat de la tactique des « inactivistes du climat », ces personnes qui tentent d’empêcher toute action pour le climat en nous faisant sentir désespéré·e·s.

C’est la raison pour laquelle je veux que les éducateur·trice·s s’enthousiasment pour le changement climatique et déploient leur énergie en faveur de cette cause. Pas parce que c’est une bonne chose, clairement pas. Je veux que les éducateur·trice·s s’enthousiasment et déploient leur énergie parce qu’il y a tant de choses que nous pouvons faire pour jouer un rôle constructif et positif dans les solutions.

L’éducation a un rôle essentiel à jouer dans la réponse à la crise climatique

Les politiques mondiales en matière d’action en faveur du climat indiquent très clairement que l’éducation a un rôle à jouer dans la crise climatique en permettant à la société d’être partie à la solution. Toutefois, les politiques nationales de l’éducation ne sont généralement pas en phase avec cet appel et « le secteur de l’éducation reste sous-exploité en tant que ressource stratégique pour atténuer le changement climatique et s’y adapter » (UNESCO, 2015, p. 66).

Une partie du problème réside dans le fait que les structures et les systèmes nationaux en matière de politique éducative ont mis du temps à définir une orientation claire et à soutenir des réponses climatiques systémiques efficaces. Un autre problème est que nous ne voyons pas par où commencer. Nous pouvons enseigner le changement climatique dans le cadre du programme scolaire, mais que pouvons-nous faire d’autre ?

Les modèles de cours pour « faire face au changement climatique » (" climate-ready" schooling en anglais) mentionnent la nécessité d’intégrer une réflexion sur le climat et la durabilité dans toutes les pratiques scolaires et à tous les niveaux décisionnels. Cela inclut de faire participer la direction des établissements, le personnel, les élèves, les organes de gouvernance et la communauté scolaire au sens large. En termes d’actions pratiques, il peut être utile d’envisager deux domaines sur lesquels nous pouvons exercer une influence : les « choses » matérielles et les « idées et approches » immatérielles.

Dans le domaine des « choses » matérielles, on trouve les avantages directs pour le climat résultant de la réduction de l’empreinte environnementale de nos matériaux et infrastructures, ainsi que de la recherche de solutions alternatives plus efficaces et plus durables. Les écoles peuvent aussi avoir une influence directe sur les systèmes vivants au sein de l’école et aux alentours de celle-ci. Planter des arbres, restaurer des zones humides, entretenir des jardins potagers, faire du compost, faire de la lombriculture, éviter les déchets alimentaires et développer des sols sains, tout cela a une incidence positive sur le climat et présente de multiples possibilités d’apprentissage pour les élèves. Les écoles adaptées au changement climatique peuvent également planifier la résilience et la reprise lorsque les effets du changement climatique affectent leur communauté.

Dans le domaine des « idées » immatérielles, l’éducation peut aider les gens à développer des connaissances, des valeurs, des attitudes et les capacités nécessaires pour vivre de manière durable sur une planète dont les ressources sont limitées. Les écoles sont des lieux où nous pouvons normaliser des pratiques, telles que n’utiliser que ce dont nous avons besoin, réduire les déchets, créer des systèmes circulaires et comprendre le véritable coût environnemental et climatique de nos décisions et de nos choix quotidiens. Normaliser ces pratiques à l’école et dans d’autres lieux d’apprentissage peut contribuer à rendre ces pratiques courantes dans les communautés et dans la société.

L’éducation doit se concentrer sur les solutions, pas uniquement sur les problèmes

Les activistes du climat, notamment les jeunes, ont appelé les gouvernements et d’autres personnes qui détiennent le pouvoir à « dire la vérité » sur le changement climatique et à fonder leurs décisions politiques sur la science. Ils ont raison de l’exiger. Il est important d’apprendre la science qui explique les causes et les effets du changement climatique. Il est important de comprendre quel est le lien entre la crise climatique et les systèmes économiques, politiques et sociaux et en quoi c’est une question qui relève de la justice sociale. Toutefois, il ne suffit pas de comprendre le problème.

L’éducation a également le pouvoir de mettre en lumière des solutions et d’inciter les gens à prendre part à leur mise en œuvre. Cela requiert une approche holistique de l’éducation. Le modèle de la bicyclette pour l’éducation au changement climatique est une bonne façon de réfléchir à la manière de concevoir des expériences d’apprentissage qui développent les connaissances, la motivation et la capacité d’agir. Le modèle de la bicyclette met en évidence l’importance des valeurs, des identités, des visions du monde et des émotions, ainsi que des connaissances, pour nous aider à trouver la voie vers des solutions climatiques justes sur le plan social et durables sur le plan culturel.

L’éducation doit soutenir la transition vers un avenir à faible émission de carbone

Plutôt que de parler d’éducation au changement climatique, parlons d’éducation à un futur à faible émission de carbone.

À l’heure actuelle, la plupart des économies du monde sont bâties sur des pratiques non durables, à forte émission de carbone et destructrices pour l’environnement. La majorité d’entre nous vit dans des villes fondées sur des modes de vie à « forte émission de carbone ». Cela doit changer. Je suis inspirée par le travail de la communauté Transition Engineering, qui considère qu’il est de sa responsabilité, en tant que groupement d’ingénieurs de transformer nos environnements non durables en systèmes durables et à faible émission de carbone. En tant qu’éducateur·trice·s, il est de notre responsabilité professionnelle de soutenir également cette transition.

Grâce à l’éducation, nous pouvons aider les apprenant·e·s à trouver des voies d’apprentissage complémentaire, de participation à la communauté et de travail dans un avenir à faible émission de carbone. Nous pouvons également élaborer des programmes scolaires et des possibilités d’apprentissage qui aident les apprenant·e·s à créer activement une vie à faible émission de carbone dans nos écoles, nos foyers, nos communautés et nos villes, dès maintenant.

Les éducateur·trice·s doivent agir ensemble

J’ai rencontré des éducateur·trice·s soucieux·ses du climat qui se sentent isolé·e·s au sein de leur établissement ou de leur profession. Ils font de leur mieux pour soutenir le changement, mais ont l’impression que dans leur entourage, tout le monde continue « comme si de rien n’était ».

Michael Mann affirme que l’une des tactiques des inactivistes du climat est de nous faire croire qu’il est de la responsabilité personnelle de chacun d’entre nous de résoudre le problème. Aucun de nous ne peut le faire seul. En revanche, nous devons nous concentrer sur des solutions systémiques et structurelles et sur la manière dont nous pouvons contribuer à ces changements. Nous devons exploiter les forces et les capacités collectives de notre secteur à l’échelle mondiale. Les syndicats de l’éducation peuvent apporter leur pierre à l’édifice :

  • en prônant des changements politiques et systémiques cohérents ;
  • en aidant leurs membres à développer leurs connaissances en matière de changement climatique ou de solution à la crise climatique ;
  • en collaborant, en partageant des connaissances et en travaillant à des projets qui ont une incidence sur la collectivité.

Le manifeste de l'IE "Enseignez pour la Planète" est un puissant appel à l’action. Je suis enthousiasmée par le travail que réalise l’Internationale de l’Éducation et j’espère que vous l’êtes aussi.

Et maintenant, au travail !

Référence

UNESCO, 2015,  Not just hot air: Putting climate change education into practice. Auteur.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.