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Image credit: AFT
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L’ICE n’a rien à faire dans les écoles ! Les personnels de l’éducation et leurs syndicats se mobilisent pour leurs élèves et exigent que la police fédérale de l’immigration cesse de terroriser des communautés aux États-Unis

Publié 27 janvier 2026 Mis à jour 30 janvier 2026

Aux quatre coins du pays, le comportement violent et destructeur des agents de l’ICE – la police fédérale de l’immigration – déployés par l’exécutif exerce de graves répercussions sur les communautés scolaires. Les personnels de l’éducation se mobilisent pour soutenir les étudiantes et étudiants traumatisé·e·s et les familles vulnérables et enrayer le virage autoritaire entamé à la Maison-Blanche.

Arrestation d’étudiant·e·s pour satisfaire aux quotas d’expulsion

En mai 2025, l’étudiante Sara Lopez Garcia était promise à un brillant avenir, forte d’une moyenne générale frôlant la note parfaite de 4,0. Cynthia Eaton, l’une des professeur·e·s de Sara au Suffolk County Community College, la décrit comme « une étudiante exceptionnelle ». À un jour de la remise des diplômes, Sara et sa mère ont été interpellées lors d’une descente de l’ICE à leur domicile. Sara bénéficiait d’un statut spécial au regard de l’immigration et avait engagé les démarches nécessaires en vue d’obtenir la citoyenneté américaine. Toutes deux étaient en possession d’un numéro de sécurité sociale et d’un permis de travail valides. En réalité, ce ne sont pas Sara et sa mère que l’ICE était venue chercher. Les agents fédéraux étaient à la recherche d’un précédent locataire lorsqu’ils sont tombés sur les deux femmes. Éprouvée par deux mois d’isolement, d’incertitude et de stress au sein d’un centre de détention en Louisiane du Sud, Sara a finalement accepté son expulsion à destination de sa Colombie natale. Celle-ci a eu lieu en juillet 2025, quelques mois à peine avant la date prévue pour son mariage.

L’histoire de Sara n’est pas un cas isolé. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, les raids des agents de l’immigration ont explosé sur l’ensemble du territoire des États-Unis. D’après l’exécutif, l’ICE devait s’attaquer uniquement aux criminels. Les personnels de l’éducation ont toutefois signalé de nombreux cas d’enlèvement et d’expulsion d’étudiant·e·s sans casier judiciaire, jamais visé·e·s par des mesures d’arrestation ou d’expulsion, et ce afin de satisfaire au quota arbitraire fixé à 3 .000 expulsions par jour par l’administration Trump.

Ce mois-ci, la photo de Liam Conejo Ramos, tout juste âgé de 5 ans, arrêté par des agents de l’ICE à Minneapolis, a fait les gros titres dans le monde entier. Son arrestation par l’ICE s’ajoute à celle de trois autres élèves en à peine une semaine dans une banlieue de Minneapolis, au Minnesota. Malgré le tollé suscité, la majorité des cas d’arrestation et d’expulsion d’enfants ne sont pas couverts par les médias.

Dans l’État du Minnesota, les agents de l’ICE arpentent les rues, encerclent les écoles et suivent les bus scolaires jaunes, comme le dénoncent les autorités scolaires. En janvier, les agents de l’immigration ont utilisé du gaz poivre contre des élèves et arrêté un membre du personnel devant un lycée de Minneapolis à la sortie des cours. Immédiatement après cet incident, le district a annulé les cours qui ont repris quelques jours plus tard avec la possibilité, pour les élèves qui redoutaient de se rendre dans l’établissement, de suivre la classe à distance.

Des communautés scolaires plongées dans la peur

Les effets des descentes des agents de l’immigration se font sentir partout en classe. Le personnel éducatif évoque une fréquentation scolaire en chute libre, un phénomène de repli sur soi et des familles qui disparaissent du jour au lendemain.

Les raids de l’ICE, lors de la dépose ou du ramassage des élèves ou au niveau des arrêts de bus scolaires, ont instauré un climat de peur qui éloigne de nombreux enfants et familles de l’école et porte atteinte à leur scolarité ainsi qu’à leur équilibre émotionnel dans une mesure inimaginable.

Cette crise est la résultante directe de la décision du ministère de la Sécurité intérieure d’annuler une directive qui sanctuarisait les lieux dits « sensibles », et empêchait ainsi les agents de l’immigration d’intervenir aux abords des hôpitaux, des écoles ou même des églises.

Les enseignant·e·s rapportent que même les élèves qui fréquentent encore leur école présentent des symptômes de stress traumatique. Alors que certains individus craignent pour leur vie et pour celle de leur famille immigrée, d’autres s’inquiètent pour leurs ami·e·s et les bouleversements subis par leurs communautés.

Crédit photo : AFT

À Minneapolis, où l’administration a déployé plus de 3. 000 agents de l’ICE, la communauté est sur le qui-vive. Ce mois-ci, des agents fédéraux masqués et lourdement armés ont abattu Renee Good, mère de trois enfants, qui venait de déposer son fils de 6 ans à l’école. Une autre personne a reçu une balle dans la jambe et pas plus tard que la semaine dernière, Alex Pretti, un infirmier, a été abattu alors qu’il avait été immobilisé par plusieurs agents de l’ICE. Des agents fédéraux ont été filmés alors qu’ils agissaient violemment et en toute impunité contre des membres de la communauté prenant part à des manifestations pacifiques.

Étant donné l’attitude de l’exécutif, qui n’a eu de cesse de propager de fausses informations au sujet des meurtres, qui s’oppose à la conduite d’une enquête par les forces de l’ordre locales et qui a resserré les rangs pour protéger les agents de l’ICE impliqués, ces incidents ne feront pas l’objet d’enquêtes impartiales.

Selon la National Education Association (NEA), « l’administration Trump menace désormais d’invoquer l’Insurrection Act, une loi d’exception qui lui permettrait de déployer l’armée à Minneapolis, dans un contexte d’escalade des tensions entre les forces de l’ordre et les protestataires faisant valoir les droits que leur garantit le Premier Amendement. Des idées directement puisées dans sa feuille de route autoritaire. Ce à quoi nous assistons, c’est l’occupation d’une grande ville américaine par les fédéraux – et ce cas n’est pas isolé. C’est un avertissement pour tout le pays. »

Éducatrices et éducateurs en première ligne pour protéger les élèves et les familles

Les personnels enseignants et éducatifs se sont mobilisés dans leurs établissements et leurs communautés afin de protéger les élèves et les familles vulnérables.

Affilié à la NEA et à l’ American Federation of Teachers (AFT), le syndicat Education Minnesota a pris des mesures collectives contre la présence de l’ICE dans l’État et s’est joint aux manifestations du 23 janvier.

Dans l’État du Minnesota et dans tout le pays, les enseignant·e·s et personnels de soutien à l’éducation se sont organisé·e·s pour protéger les familles issues de l’immigration. Le personnel scolaire informe et accompagne les familles en privé, craignant que l’ICE ne prenne pour cible les grands événements scolaires. Les éducatrices et éducateurs distribuent également de petites cartes imprimées sur fond rouge au format portefeuille, qui reprennent un certain nombre de droits légaux à faire valoir en cas d’approche par des agents de l’ICE.

Beaucoup prennent part à des formations sur le thème « Connaître ses droits », qui leur apprennent à réagir en toute sécurité face à l’ICE, et les syndicats mettent à disposition certaines ressources afin d’appuyer ces efforts. En à peine deux jours, la St. Paul Federation of Educators du Minesota a ainsi formé 400 personnes afin d’agir comme bénévoles au sein de patrouilles scolaires. Le syndicat a également coordonné des ateliers en faveur des parents immigrés, qui apprennent à ces derniers comment remplir les documents juridiques leur permettant d’assurer la sécurité de leurs enfants, au cas où ils seraient arrêtés ou expulsés.

Les éducateur·trice·s s’efforcent également d’ aider les élèves à gérer l’anxiété et de soutenir les familles qui n’osent pas sortir de chez elles. Beaucoup consacrent leurs soirées à organiser la livraison de denrées alimentaires et autres fournitures ou à aider les familles à s’inscrire auprès des banques alimentaires et des services d’aide à l’emploi.

« Nous ne pouvons pas et nous ne resterons pas silencieux. En tant qu’éducatrices et éducateurs, nous avons la responsabilité morale et professionnelle de protéger l’ensemble des élèves, quelle que soit leur origine ou leur identité, à l’école et au sein de leur communauté. Les actes de terreur perpétrés par des agents fédéraux n’ont pas leur place dans l’enseignement public ou dans une démocratie. Ce dossier exige probité morale et courage, car il n’est pas question uniquement d’immigration mais également de droits humains, de droits civils et de démocratie » a déclaré Becky Pringle, vice-présidente de l’IE et présidente de la NEA, premier syndicat du pays, affilié à l’Internationale de l’Éducation.

Randi Weingarten, présidente de l’AFT, également affiliée à l’IE, a souligné que « L’ICE doit quitter nos écoles et nos communautés sur le champ – elle porte atteinte à notre sécurité, et non l’inverse. La morale nous impose de nous unir, en tant qu’Américaines et Américains, autour du principe suivant lequel les écoles et les communautés doivent être des lieux sûrs et accueillants, et non des cibles d’incursions militarisées visant à nous dresser les unes et les uns contre les autres. »

La NEA et l’AFT ont toutes deux appelé les élu·e·s, à tous les niveaux, à agir pour protéger les élèves et empêcher les agents de l’ICE et autres fédéraux de pénétrer dans les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte.

« Arrêter des enfants d’âge préscolaire, des élèves brillants et des personnels enseignants, et les expulser, prendre des vies, y compris celles de citoyennes et citoyens américains, en toute impunité, ce sont des actes de cruauté délibérée que nous qualifions de terrorisme d’État, et nous ne saurions tolérer de tels agissements. Les personnels enseignants et éducatifs aux États-Unis se mobilisent pour leurs élèves et leurs communautés. Et ils ne sont pas seuls. C’est toute la communauté éducative mondiale qui se lève à leurs côtés pour protéger la démocratie, l’État de droit et les valeurs humaines fondamentales aux États-Unis », a déclaré David Edwards, secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation.