Ei-iE

Mondes de l'éducation

Soutenir les personnes neurodivergentes dans l’éducation : pourquoi l’inclusion doit commencer par les personnels éducatifs

Mettre en place des systèmes éducatifs où chaque esprit peut s’épanouir

Publié 23 février 2026 Mis à jour 23 février 2026
écrit par:

« Concevoir l’éducation pour un seul type d’esprit, c’est desservir tout le monde. »

Les systèmes éducatifs commencent à se diversifier un peu partout dans le monde. Cependant, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils deviennent plus inclusifs. En tant que chercheur et enseignant neurodivergent, j’ai moi-même pu constater tout le potentiel qui est perdu lorsque les salles de classe et les environnements de travail sont conçus en fonction d’attentes réductrices quant à la manière dont on devrait penser, communiquer ou traiter l’information.

La sensibilisation mondiale à la neurodiversité en tant que variation naturelle de la manière dont les êtres humains pensent et apprennent gagne sans conteste en importance, notamment grâce aux informations facilement accessibles fournies par des organisations telles que la National Autistic Society ou l’ Autistic Self Advocacy Network. Cependant, le soutien apporté aux personnels de l’éducation et aux apprenants et apprenantes neuroatypiques manque encore de rigueur dans la pratique et dépend encore trop souvent de la bonne volonté de certains individus plutôt que d’engagements systémiques.

Pour les syndicats, les instances dirigeantes et les responsables politiques, cela ne représente plus une simple préoccupation marginale. La solidité, la durabilité et l’équité des systèmes éducatifs dépendent d'une approche adéquate de la neuroinclusion, en commençant par les personnes qui rendent l’éducation possible.

L’inclusion commence par la main-d’œuvre

Un grand nombre d’enseignantes et enseignants neuroatypiques dissimulent leurs différences au travail afin de se protéger de la stigmatisation et des idées reçues. Réprimer ses schémas de communication naturels, ses besoins sensoriels ou sa manière de traiter l’information peut permettre de se « fondre dans la masse », mais le prix à payer est élevé et se traduit par du stress, de l’épuisement professionnel et une dégradation de leur bien-être.

Les syndicats ont un rôle clé à jouer pour garantir au personnel neurodivergent le droit de travailler sans craindre la discrimination et sans se sentir obligé de se camoufler.

Les aménagements adaptés doivent être normalisés

Nombre d’enseignantes et enseignants ont déclaré devoir fréquemment justifier la mise en place de certains aménagements, tels que le fait :

  • de recevoir des instructions écrites
  • de bénéficier d’espaces de travail plus calmes
  • de pouvoir diminuer la surcharge sensorielle
  • de pouvoir choisir quand effectuer des tâches exigeantes

Ces aménagements sont alignés sur les orientations internationales en matière d’environnements de travail inclusifs, ce qui inclut notamment les principes directeurs sur la promotion du travail décent pour les personnes en situation de handicap (International Labour Organization Guidelines on the Promotion of Decent Work for Persons with Disabilities). Il est essentiel de normaliser ce type d’aménagements, et non plus de les traiter comme des exceptions. Cela contribue à réduire la stigmatisation et favorise la rétention de la main-d’œuvre.

Le renforcement du leadership doit refléter la diversité des modes de communication

Les personnels de l’éducation neurodivergents communiquent généralement différemment : leur manière de communiquer est plus directe, plus analytique et plus réfléchie. Ce sont des atouts, et pourtant les pratiques de leadership au sein de l’éducation récompensent souvent les réponses rapides, les signaux sociaux implicites et l’extraversion.

Les parcours d’accès au leadership devraient :

  • reconnaître la diversité des modes de communication comme une forme légitime de leadership
  • former les responsables à la communication neuroinclusive
  • évaluer le potentiel de leadership en fonction de points forts et non de stéréotypes

Les syndicats devraient plaider en faveur de cadres de leadership conformes aux principes de leadership inclusif énoncés dans la Boussole d’Apprentissage de l’OCDE 2030.

Repenser la structure de l’apprentissage pour les élèves neuroatypiques

Les salles de classe répondent habituellement à des normes neurotypiques ; il est cependant impératif que l’apprentissage soit conçu de manière à être inclusif pour l’ensemble des apprenants et apprenantes.

1. La clarté réduit l’anxiété

Une communication claire et en temps utile quant aux évaluations, aux emplois du temps et aux attentes est essentielle, afin de réduire la charge cognitive des élèves qui éprouvent des difficultés face à l’ambiguïté. Cette démarche correspond aux principes énoncés dans la Conception universelle de l’apprentissage (CUA), développée par CAST.

2. Permettre aux élèves de démontrer leur compréhension de différentes manières

Il est bénéfique de permettre aux élèves de démontrer leur bon apprentissage de diverses manières, notamment par le biais :

  • de travaux écrits,
  • d’explications orales,
  • de présentations visuelles, ou
  • d’évaluations basées sur des projets

La flexibilité permet d’améliorer l’équité, ce qui va dans le sens des recommandations internationales des Principes directeurs de l’UNESCO pour l’inclusion : assurer l’accès à l’éducation pour tous.

3. Des salles de classe qui tiennent compte des particularités sensorielles profitent à l’ensemble des élèves

La réduction du bruit et la mise en place d’environnements à faible stimulation sont indispensables pour favoriser la concentration de l’ensemble des apprenants et apprenantes, pas seulement celle des élèves neuroatypiques.

Combattre le « problème de la double empathie »

Les recherches menées par le Dr Damian Milton au sujet du problème de la double empathie mettent clairement en lumière que les obstacles à la communication qui existent entre les personnes neurodivergentes et les personnes neurotypiques sont parfois le résultat d’une incompréhension mutuelle, et non seulement de déficits éventuels chez les personnes neurodivergentes.

Le personnel enseignant et les élèves neuroatypiques font souvent face à des malentendus liés au ton, à des attentes peu claires ou à des pressions sociales non intentionnelles.

Deux changements simples et peu coûteux peuvent faciliter la communication :

  • Assumer une différence plutôt qu’un déficit, poser des questions avant d’interpréter un comportement
  • Offrir différentes options de communication : verbale, écrite, asynchrone ou visuelle

Ces petits ajustements contribuent à réduire les conflits et à renforcer les relations.

Exemples de cas pratiques

Finlande : une salle du personnel adaptée aux besoins sensoriels du personnel

Une école primaire a pris en compte les besoins de son personnel neurodivergent et a mis en place une « salle de concentration » silencieuse pour le personnel nécessitant une stimulation sensorielle réduite. Les enseignants et enseignantes neuroatypiques ont déclaré que cette mesure les aidait considérablement à lutter contre l’épuisement professionnel, tandis que le personnel neurotypique apprécie également le fait de disposer d’un espace calme pour s’organiser.

Nouvelle-Zélande : des systèmes d’évaluation flexibles

Un établissement d'enseignement professionnel a introduit des fiches d'évaluation rédigées dans un langage clair et a autorisé les réponses en format vidéo en plus des travaux écrits. Le taux de réussite élèves autistes et dyslexiques s’est amélioré sans pour autant abaisser les standards académiques.

Afrique du Sud : des cercles d’inclusion animés par les pairs

Un syndicat de l’éducation a mis en place des réunions mensuelles entre pairs au cours desquelles le personnel éducatif peut échanger autour des difficultés rencontrées et des stratégies mises en œuvre. Les enseignants et enseignantes neuroatypiques ont déclaré sentir davantage de reconnaissance que de jugement, améliorant de ce fait le taux de rétention.

Recommandations aux syndicats de l’éducation et à leurs membres

1. Intégrer la neuroinclusion dans les conventions collectives.

Inclure les ajustements sensoriels, une communication transparente et des processus flexibles en tant que droits standard.

2. Développer des cadres de leadership neuroinclusives.

Valoriser la diversité des manières de penser et de communiquer dans les parcours de promotion.

3. Fournir des formations axées sur la pratique.

Utiliser des outils tels que les principes de la CUA et appliquer les stratégies d’aménagement des salles de classe.

4. Plaider en faveur d’un soutien indépendant de tout diagnostic.

Un grand nombre de personnels de l’éducation et d’élèves ne divulguent pas leurs problèmes. Les systèmes doivent offrir un soutien universel.

5. Adopter une culture interne neuroinclusive.

Il est essentiel de veiller à ce que les réunions, les documents et les campagnes des syndicats respectent les principes d’accessibilité.

L’inclusion n’est pas une option, elle est l’avenir

Soutenir les personnels et les élèves neuroatypiques n’est pas seulement une question d’équité. C’est un investissement stratégique en faveur de la créativité, de l’innovation et de la résilience pour l’ensemble des systèmes éducatifs à travers le monde. Les personnes neurodivergentes offrent un regard différent, riche et nuancé, mais uniquement si leur environnement leur permet de s’épanouir.

Par de petits gestes concrets, les syndicats et les instances dirigeantes peuvent passer de l’exclusion involontaire à l’accueil intentionnel. L’avenir de l’éducation est fait d’enseignants, d’enseignantes et d’élèves neuroatypiques qui réussissent non pas en dépit de leurs différences, mais grâce à elles.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.