Solidarité avec l'Ukraine : témoignages depuis la ligne de front d'une lutte pour la liberté et la démocratie
Quatre ans après le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, le mouvement syndical mondial de l'éducation reste indéfectiblement solidaire de nos collègues, de leurs élèves et de tout le peuple ukrainien.
La guerre continue d'avoir un impact dévastateur sur les communautés éducatives à travers le pays. Malgré les attaques incessantes contre les infrastructures civiles, le système d'éducation ukrainien résiste grâce au dévouement et à l'engagement sans faille de ses enseignantes et enseignants.

Olha Chabaniuk, membre du Bureau exécutif de l'Internationale de l'Éducation et vice-présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l'éducation et des sciences d'Ukraine (TUESWU), et Olesia Briazgunova, du Syndicat libre de l'éducation et des sciences d'Ukraine (VPONU), témoignent de la difficulté de la situation sur le terrain et du coût humain payé pour défendre la liberté et la démocratie.
Olha Chabaniuk : un corps enseignant épuisé mais déterminé continue à défendre le droit à l'éducation en temps de guerre
« Quatre années de guerre totale ont mis à rude épreuve l'éducation ukrainienne, non seulement le système lui-même, mais surtout les personnes qui le portent.
Au cours de cette période, des milliers d'écoles ont été endommagées ou détruites. Selon les données officielles, 4 456 établissements scolaires ont été touchés par des bombardements et des tirs d'artillerie. 408 d'entre eux ont été complètement détruits. Pour de nombreux enfants, l'école n'est plus un lieu de stabilité et de sécurité. Toutes ces années, les cours ont été dispensés au milieu des sirènes d'alerte aérienne, dans des abris anti-bombes, des caves et parfois même dans le métro. Certains enfants étudient exclusivement en ligne en raison du danger ou du manque de lumière et de chauffage.
Des millions d'enfants ukrainiens ont été contraints de quitter leur foyer. Certains ont déménagé vers d’autres régions du pays, d'autres sont partis à l'étranger. Pour ces enfants, apprendre signifie s'adapter à une nouvelle langue, à un nouveau programme scolaire, à de nouveaux camarades de classe, tout en essayant de ne pas couper les liens avec leur pays. Leur vie a changé de manière radicale et irréversible, car pour certains enfants, ces quatre années représentent toute leur vie.
Mais aujourd'hui, l'un des plus grands défis pour nous, Ukrainiens et Ukrainiennes, est l'épuisement. En raison des attaques aériennes, des nouvelles de nos amis et parents morts au front, de l'obscurité causée par la destruction des infrastructures énergétiques et d'une vie où il semble impossible de planifier ne serait-ce qu'un mois à l'avance, nous vivons tous dans un état permanent de terreur psychologique.
Les enseignants et enseignantes travaillent dans les mêmes conditions difficiles et dangereuses que leurs élèves. Ils enseignent après des nuits blanches, conduisent les enfants dans les abris anti-bombes, les calment lorsque retentissent les explosions et essaient de mener à bien le programme scolaire, et tout cela en s'efforçant de préserver leur propre santé mentale.
Les parents travaillent pour subvenir aux besoins de leur famille dans des conditions précaires et, le soir, ils aident leurs enfants à rattraper leur retard scolaire, parfois à la lumière d'une lampe torche ou au gré des coupures d'électricité. Ils leur expliquent les mathématiques et pourquoi les sirènes retentissent à nouveau. Ils essaient de rester calmes, même s'ils sont eux-mêmes soumis à un stress constant.
Les enfants apprennent à vivre dans une réalité où les cours interrompus par les alertes aériennes sont la norme. Où la planification des cours, l'organisation quotidienne et la vie en général sont tributaires du bruit des sirènes. Où la résilience fait partie intégrante du programme scolaire, même si elle n'est mentionnée dans aucun manuel.
Pendant les quatre années de guerre, l'éducation ukrainienne a continué à se développer, mais sous une forme différente en raison des circonstances. Elle s'est adaptée, est passée au numérique, a créé des milliers d'abris et d'écoles souterraines et a encouragé les formats d'enseignement à distance. Mais ces accomplissements ont un coût humain : un épuisement émotionnel et psychologique permanent.
Nous avons toutes et tous appris à faire preuve de résilience depuis quatre ans. Mais la résilience ne peut dépasser les limites humaines. Le peuple ukrainien et notre système éducatif ont besoin du soutien international pour reconstruire les écoles, pour fournir un soutien psychologique, des ressources numériques et, surtout, pour protéger le droit des enfants à apprendre sans être confrontés à la peur.
Nous exprimons notre profonde gratitude à l'Internationale de l'Éducation et à nos collègues du monde entier pour le soutien indéfectible dont ils ont fait preuve envers nos enseignantes et enseignants, notre organisation et notre pays au cours de ces quatre années au cours desquelles nous avons défendu notre droit de vivre dans un État souverain et indépendant ! »

Olesia Briazgunova: Résistance et engagement pour un avenir libre et pacifique
« Les personnels et les syndicats de l’éducation ukrainiens travaillent dans des conditions extrêmement éprouvantes. Alors que nous entrons dans la cinquième année de la guerre d'invasion russe et dans la douzième année du conflit entre la Russie et l'Ukraine, un enfant ukrainien sur trois n'est pas en mesure de suivre sa scolarité en présentiel, selon l'UNICEF.
Les attaques répétées de la Russie contre les infrastructures énergétiques ont privé des millions d'enfants, de familles et de travailleurs et travailleuses de l'éducation de chauffage, d'électricité et d'eau en plein cœur d'un hiver particulièrement rigoureux. La sécurité des élèves et des enseignants et enseignantes ne peut être garantie, alors que les frappes contre les zones civiles se poursuivent à tout moment à travers le pays.
Malgré cela, les personnels de l’éducation et les membres des syndicats continuent de travailler, de résister et de construire l'avenir de l'Ukraine. De nombreux membres du Syndicat libre de l'éducation et des sciences d'Ukraine (VPONU) ont également pris les armes pour défendre notre pays, protéger leurs familles, leurs élèves et la paix en Europe. Malgré toute la souffrance, les villes détruites, les vies volées, nous résistons et nous nous battons pour un avenir pacifique et libre. Nous exprimons notre gratitude à tous ceux et celles qui nous soutiennent aujourd'hui. »
Le mouvement syndical mondial de l'éducation est solidaire de l'Ukraine
« L'Internationale de l'Éducation soutient tous les enseignantes et enseignants d'Ukraine et leurs syndicats. Nous soutenons les élèves ukrainiens qui méritent un avenir libéré de la peur. Nous soutenons les parents qui accompagnent leurs enfants dans cette période sombre et bouleversée. Et nous appelons la communauté internationale à répondre à la détermination des personnels de l'éducation ukrainiens par une solidarité et un soutien renouvelés. Le mouvement syndical mondial de l'éducation continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir nos collègues dans leur lutte pour une Ukraine libre et en paix » a déclaré David Edwards, secrétaire général de l'Internationale de l'Éducation.
« Nous appelons les institutions et les gouvernements européens à maintenir leur soutien politique, financier et humanitaire afin de permettre au peuple ukrainien de déterminer son propre avenir indépendant et démocratique, de reconstruire les systèmes éducatifs, de protéger les conditions de travail et de garantir que chaque enfant d'Ukraine puisse apprendre en toute sécurité et dans la dignité », a souligné Jelmer Evers, directeur du Comité syndical européen de l'éducation, la structure européenne de l'Internationale de l'Éducation.
