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Mondes de l'éducation

Les peuples autochtones ont besoin des syndicats pour Kimi Haeata (prendre un nouveau départ)

Publié 29 avril 2026 Mis à jour 30 avril 2026
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Le système éducatif d’Aotearoa Nouvelle-Zélande a été mis en place par les colonisateurs pour répondre aux objectifs et aux attentes de la majorité ; il est raciste envers les Maoris et toutes les autres minorités. Les pays nordiques connaissent une situation similaire ; notamment au Groenland, où l’instauration de ces systèmes éducatifs a entraîné la disparition de toutes les pratiques et perspectives autochtones des nations samies et des Inuits.

Ainsi qu’il a été reconnu lors de la Conférence des peuples autochtones de Tromsø, le personnel enseignant a constitué le principal vecteur d’assimilation du peuple sami dans les pays nordiques, tout comme il l’a été pour les Inuits du Groenland et les Maoris d’Aotearoa Nouvelle-Zélande. Mais les enseignants et enseignantes peuvent aujourd’hui assurer le salut de nos mokopuna (enfants), comme cela a été le cas pour les Maoris en Aotearoa Nouvelle-Zélande.

Les Kōhanga Reo (enseignement préscolaire en langue maorie uniquement), les Puna Reo (centres d’apprentissage de la petite enfance en langue maorie uniquement), les Ngā Kura a Iwi (écoles de langue maorie avec des attaches tribales), les Kura Kaupapa Māori (écoles de langue maorie basées sur la pensée maorie), les Reo Rūmaki (cours de l’enseignement ordinaire dispensés en langue maorie uniquement), les Reo Rua (cours de l’enseignement ordinaire dispensés en maori et en anglais), ou encore les cours spécifiques à une matière dispensés en langue maorie dans les écoles secondaires, constituent autant d’exemples où les enseignant·e·s se doivent de maîtriser la langue maorie et de disposer du bagage culturel nécessaire pour donner cours aux mokopuna (enfants) maoris du préscolaire au secondaire.

Lors de la Conférence, les syndicats nordiques ont clairement exprimé la nécessité de faire pression sur leurs parlements pour qu’ils mettent à disposition davantage d’enseignants et enseignantes capables de donner cours aux enfants samis et aux enfants inuits dans leur propre contexte culturel, afin que ceux-ci puissent bénéficier de l’éducation à laquelle ils ont droit.

En tant que femme maorie d’Aotearoa Nouvelle-Zélande participant à une conférence autochtone dans la région arctique, à l’autre bout du monde, je peux dire que les discussions ont reflété la réalité qui était encore la nôtre il y a une vingtaine d’années. Quel que soit le colonisateur, les effets sur la population autochtone sont les mêmes. Le mouvement syndical mondial de l’éducation doit s’inspirer de ces expériences pour orienter et soutenir les populations autochtones du monde entier qui aspirent désespérément à ce que leur lutte soit comprise. Notre mouvement doit également définir clairement des pistes à suivre pour permettre aux personnes de bonne volonté de susciter des changements qui profitent à toute l’humanité, et non uniquement aux populations autochtones. Il peut et doit chercher l’aube (Kimi Haeata), un nouveau départ pour les mokopuna (enfants) du monde entier.

Il nous faut également aborder un sujet généralement passé sous silence, celui des colonisateurs. Ces derniers devront reconnaître la nécessité de se décoloniser et de faire un pas de côté pour permettre aux populations autochtones de progresser dans la réalisation de leurs objectifs. Ce processus de reconnaissance sera compliqué, et peut-être même insurmontable dans certains cas, mais je pense que c’est sur nos mokopuna (enfants) que nous devons porter notre attention, car ce sont qui représentent l’avenir.

Si les colonisateurs doivent se décoloniser, les populations autochtones doivent, elles, retrouver leur indigénéité par des procédés qui leur sont propres afin de se renforcer et de se préparer à un avenir différent. Les syndicats peuvent et doivent s’impliquer pleinement dans ce processus, en intégrant les perspectives autochtones dans leur pratique quotidienne. Cette réflexion sur la manière dont les perspectives et les pratiques autochtones peuvent être mises au service des syndicats peut s’avérer complexe, mais même de petits pas peuvent nous aider à atteindre le même objectif.

Réunissant douze représentants et représentantes du monde entier, le Groupe consultatif des peuples autochtones de l’Internationale de l’Éducation peut se concentrer sur les perspectives et les pratiques autochtones, mais il nous faut d’abord créer un espace à cet effet au sein du mouvement syndical mondial de l’éducation. Les propositions de notre groupe consultatif doivent être fondées sur notre force et notre savoir collectifs.

Le savoir qui a nourri et soutenu les nations autochtones dans le temps et dans l’espace représente peut-être aujourd’hui la dernière lueur d’espoir pour l’humanité, à la condition d’ouvrir nos yeux et de voir, d’ouvrir nos oreilles et d’entendre, d’ouvrir nos cœurs et de ressentir. Il est peut-être temps de faire appel à Māui — Māui le décidé, Māui l’explorateur, Māui le protecteur.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.