Écosse : les dirigeant·e·s syndicaux·ales de l’éducation mettent en avant la force et l’importance vitale de la solidarité mondiale
Les thèmes du pouvoir de transformation et du rôle capital de la solidarité syndicale à l’échelle mondiale ont été particulièrement abordés lors de la 180e Assemblée générale annuelle de l’Educational Institute of Scotland (EIS), qui s’est tenue du 4 au 6 juin à Dundee.
Fondé en 1847, l’EIS est le syndicat de l’enseignement et de l’éducation le plus important d’Écosse, ainsi que l’un des plus anciens syndicats au monde. Il rassemble’ 65.000 membres et représente l’immense majorité des enseignant·e·s et professeur·e·s d’université du pays.
Dans son dernier discours à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle, le président sortant, Adam Sutcliffe, a souligné l’engagement du syndicat dans des actions de solidarité à travers le monde, rappelant que « la solidarité syndicale ne commence ni ne s’arrête aux portes de l’école, elle s’étend à nos frères et sœurs dans toute l’Écosse, au Royaume-Uni et sur l’île d’Irlande, mais elle est surtout véritablement internationale, elle est mondiale ».
Solidarité active avec les enseignant·e·s et les élèves de Palestine
En janvier, M. Sutcliffe faisait partie des membres de la délégation de solidarité de l’Internationale de l’Éducation (IE) en Palestine, qui ont été détenu·e·s et interrogé·e·s pendant des heures à la frontière israélojordanienne par les autorités israéliennes avant qu’on ne leur refuse l’entrée dans le pays. La délégation de haut niveau était composée de dirigeant·e·s syndicaux·ales du monde entier ayant soutenu un programme de développement professionnel destiné aux enseignant·e·s palestinien·ne·s. Ils avaient pour intention de rendre visite à l’organisation membre de l’IE, le General Union of Palestinian Teachers, afin de participer aux célébrations de la Journée internationale de l’éducation, d’assister à la cérémonie de remise des diplômes et de s’informer sur la situation de leurs collègues à Gaza et en Cisjordanie.
Revenant sur cette expérience, M. Sutcliffe a indiqué que l’impuissance et l’injustice ressenties à ce moment-là ne représentaient qu’une fraction de ce que vivent les Palestiniens et les Palestiniennes chaque jour. « Sans vouloir minimiser les difficultés auxquelles nous sommes confrontés au quotidien, en tant que syndicalistes nous devons aussi penser à nos camarades hommes, femmes et non binaires à travers le monde, dont le quotidien peut, lui, impliquer des risques graves pour leur sécurité », a déclaré M. Sutcliffe.
S’adressant à l’Assemblée générale annuelle, le secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation, David Edwards, a remercié Adam Sutcliffe et l’EIS pour leur solidarité sans faille, soulignant combien celle‑ci est précieuse pour les enseignant·e·s en Palestine. « Paradoxalement, leur crainte de voir des enseignants et enseignantes se tenir aux côtés des enseignants et enseignantes et des élèves palestiniens, et leurs tentatives de nous intimider, de nous isoler ou de nous faire taire, n’ont fait que renforcer notre détermination collective à soutenir nos frères et sœurs et à porter les voix de ceux et celles qui, malgré une guerre génocidaire et une occupation militaire, continuent d’enseigner et de faire vivre l’espoir pour les générations futures », a déclaré M. Edwards.
La paix, c’est aussi le rôle des syndicats
M. Sutcliffe a réaffirmé l’engagement de son organisation envers le mouvement syndical mondial, ses membres et ses valeurs : « Nous devons étendre notre solidarité syndicale et notre solidarité humaine aux enseignants et enseignantes, aux professeurs et professeures et à tous les travailleurs et toutes les travailleuses, non seulement en Palestine, en Ukraine, au Soudan, en République démocratique du Congo, au Liban, au Myanmar et à Cuba, pour ne citer que quelques pays, mais aussi partout où il y a des conflits, de la répression et de l’autoritarisme ».
Attirant l’attention sur des conflits qui ne font pas la une des journaux, M. Sutcliffe a partagé l’histoire bouleversante de M. Fon, un enseignant camerounais qui l’avait aidé et soutenu à l’époque où il enseignait l’anglais dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Il y a quelques années, M. Fon est décédé de complications liées à la famine. La crise dans son pays a entraîné la fermeture de 80 % des écoles publiques et, par conséquent, l’arrêt du paiement des salaires par le gouvernement camerounais.
Face à une telle injustice, il est impératif de se rappeler qu’ « aucun et aucune d’entre nous ne peut vivre en paix et dans le confort tant que nous ne sommes pas tous et toutes libres de vivre en paix et dans le confort », a conclu M. Sutcliffe.
M. Edwards a fait écho à cet appel à la solidarité. Son discours a offert une analyse incisive de l’état du monde et des façons dont l’IE mobilise la solidarité et renforce le pouvoir syndical pour défendre la profession enseignante, l’enseignement public, la population et la planète.
M. Edwards a également réaffirmé l’engagement indéfectible de l’IE en faveur de la paix, de la démocratie et de la dignité humaine : « La paix doit être une affaire syndicale, car nous savons qu’il y a une attaque contre l’éducation au cœur de chaque conflit dont nous sommes témoins. Les écoles sont bombardées, les enseignants et enseignantes déplacés, les enfants traumatisés, des communautés entières s’effondrent. »
La solidarité mondiale soutient les communautés éducatives dans les contextes de crise, elle est déterminante dans la libération de syndicalistes emprisonné·e·s et permet de nourrir l’espoir dans les circonstances les plus difficiles.
« Chaque fois qu’un enseignant ou une enseignante crée un environnement où ses élèves se sentent en sécurité, chaque fois qu’un ou une élève exerce son esprit critique au lieu d’avoir pour réflexe la haine, chaque fois qu’une communauté investit dans une école plutôt que dans une arme, nous étendons le territoire de la paix sur cette planète », a conclu le secrétaire général de l’IE.