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Recherche, solidarité et action syndicale : le ResNet trace la voie pour renforcer le statut de la profession enseignante

Publié 14 juillet 2026 Mis à jour 22 juillet 2026

La rémunération du personnel enseignant, le travail des enfants, l’action climatique dans le domaine de l’éducation et l’essor rapide de l’intelligence artificielle figuraient au nombre des principaux thèmes à l’ordre du jour du Réseau de recherche (ResNet) de l’Internationale de l’Éducation (IE), dont les membres se sont réuni·e·s pour examiner les défis auxquels font face les éducateur∙trice∙s à travers le monde et définir des stratégies visant à renforcer le statut de la profession enseignante.

La recherche au service des éducateur·trice·s et de leurs syndicats

En ouverture de la réunion, Cassandra Hallett, secrétaire générale adjointe de l’IE, a souligné qu’une recherche indépendante et rigoureuse était essentielle pour promouvoir des politiques susceptibles d’améliorer les conditions de travail et d’apprentissage des éducateur·trice·s et des élèves.

« En tant que communauté mondiale de chercheurs et chercheuses en éducation, nous nous réunissons pour partager nos connaissances et apprendre les uns des autres comment mener des recherches efficaces au nom de nos membres, de manière à influencer l’opinion publique ainsi que les politiques des gouvernements », a-t-elle déclaré.

Mme Hallett a aussi souligné l’importance de la recherche à une époque où les données factuelles et l’expertise sont de plus en plus remises en cause dans le débat public.

Elle a insisté sur le rôle essentiel joué par ResNet en tant que forum mondial permettant aux chercheur·euse·s et aux syndicats de l’éducation d’échanger leurs connaissances, de renforcer leur action collective et de veiller à ce que la recherche reste ancrée dans les réalités vécues par les enseignant·e·s et les personnels de soutien à l’éducation.

La réunion était modérée par Stacey Pelika, directrice de recherche à la National Education Association (NEA) aux États-Unis et présidente de l’Institut de recherche (IR) de l’IE.

« Les personnes parmi nous qui mènent des recherches ne le font pas par idéologie, mais parce qu’elles souhaitent comprendre la situation actuelle et guider nos choix pour l’avenir », a déclaré Mme Pelika.

Soulignant le lien entre la recherche et le plaidoyer, elle a ajouté : « Nous avons besoin de ces données pour pouvoir continuer à débattre de la politique ».

Une étude mondiale révèle une profession sous pression

L’un des thèmes centraux de la réunion portait sur les conclusions du dernier Rapport mondial de l’IE sur la condition du personnel enseignant, présentées par les professeurs Greg Thompson et Ben Arnold.

Cette étude dresse un tableau préoccupant : bien que le rôle fondamental joué par les enseignant·e·s au sein de la société soit largement reconnu, cette reconnaissance n’est reflétée ni dans les politiques publiques, ni dans les décisions de financement, et encore moins dans leurs conditions de travail.

« Même si les enseignants et esneiganntes étaient perçus comme ayant un rôle essentiel à jouer au sein de la société, cette perception de leur importance ne se trouvait pas reflétée dans le statut réel accordé à leur profession », a expliqué M. Arnold.

Dans de nombreux pays, en effet, l’éducation continue d’être considérée comme un domaine se prêtant aux coupes budgétaires plutôt que comme un bien public méritant un investissement durable. Les participant·e·s ont indiqué que les politiques d’austérité, le sous-financement chronique, les bas salaires, les pénuries de personnel et les charges de travail excessives continuent de nuire à l’attractivité de la profession et exacerbent la pénurie mondiale de personnel enseignant.

Les conclusions du rapport font écho à ce que les syndicats d’enseignant∙e∙s n’ont de cesse de souligner depuis des années : l’enseignement est un métier hautement qualifié, qui exige une expertise approfondie, un travail intellectuel, un engagement émotionnel et des liens solides avec les élèves et les communautés. Or, trop souvent, les enseignant·e·s se voient privé·e·s du respect professionnel, de la confiance, de l’autonomie et des ressources dont ils ont besoin.

L’IA et la technologie doivent soutenir les enseignant·e·s, et non les remplacer

Les participant·e·s ont également abordé la question de l’influence croissante de la technologie et de l’intelligence artificielle dans l’éducation.

Si les outils numériques peuvent faciliter l’enseignement et l’apprentissage, des inquiétudes ont été soulevées quant au fait que les pouvoirs publics et les acteurs privés tendent à présenter de plus en plus l’IA comme un substitut au travail professionnel des éducateur·trice·s plutôt que comme un outil destiné à les assister.

La discussion a mis en évidence la manière dont les promesses de gain d’efficacité peuvent cacher des stratégies de réduction des coûts qui dévalorisent les compétences professionnelles. Dans la pratique, les enseignant·e·s se retrouvent souvent à corriger des erreurs, à adapter des contenus générés par l’IA et à devoir prendre en charge de nouvelles responsabilités générées par les systèmes technologiques.

Les participant·e·s ont averti que la technologie ne devait en aucun cas servir à déprofessionnaliser l’enseignement. Au contraire, les enseignant·e·s et leurs syndicats doivent jouer un rôle déterminant à l’heure de définir comment l’IA est développée, réglementée et utilisée dans les établissements scolaires.

Comme l’a souligné Greg Thompson, les syndicats doivent poursuivre leurs stratégies de plaidoyer visant à appréhender les changements dans le domaine de l’éducation depuis de multiples perspectives.

« Il s’agit en somme d’essayer de prendre des décisions à caractère stratégique concernant le travail de plaidoyer que nous devons mener autour des vastes changements qui s’opèrent dans le domaine de l’éducation, en sachant que ce travail doit être en partie sectoriel, en partie social, et en partie toujours local et contextuel », a-t-il indiqué.

M. Arnold a précisé que limiter les discussions à la seule question de la charge de travail risque de faire oublier la nature plus large du travail des professionnel·le·s de l’éducation.

« Le travail professionnel est véritablement au cœur du débat. Lorsque la discussion s’enlise sur la question de la charge de travail, nous tendons à oublier que cette activité revêt une forte dimension émotionnelle. Il y a une réelle composante cognitive et intellectuelle dans ce travail. Qu’est-ce qui constitue l’humain ? Comment définissons-nous un travail professionnel ? Que préconisons-nous ? »

La recherche de l’IE au service de la justice sociale et de l’enseignement public

La réunion a également mis en évidence l’étendue du programme de recherche de l’Internationale de l’Éducation et sa contribution à l’action syndicale à travers le monde.

Martin Henry, coordinateur de la recherche, des politiques et du plaidoyer à l’IE, a saisi cette occasion pour présenter les travaux de recherche menés par l’IE dans divers domaines. Parmi ces thèmes de recherche figurent l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP), le salaire et la rémunération des enseignant·e·s, le travail des enfants, l’éducation verte, les personnes LGBTI+, ainsi que la recherche régionale en Europe et en Afrique. Par ailleurs, d’autres travaux importants ont été mis en avant, notamment ceux portant sur les cercles d’apprentissage pilotés par les enseignant·e·s pour l’évaluation formative (T3LFA), l’intelligence artificielle (IA) et les négociations collectives, l’IA et les technologies éducatives, la note d’information de l’ISTP, l’autonomie des éducateur·trice·s et le leadership au niveau des écoles, ainsi que le genre, en particulier en ce qui concerne les syndicats arabes de l’éducation et les réactions restrictives.

Les participant·e·s ont également passé en revue les travaux entrepris par l’IE dans les domaines du développement professionnel piloté par les enseignant·e·s, de la négociation collective dans le contexte de l’IA, ainsi que de l’influence croissante des technologies éducatives sur les systèmes éducatifs.

Ensemble, ces projets montrent comment la recherche permet de renforcer la capacité des syndicats à défendre l’enseignement public, à promouvoir l’équité et l’inclusion, et à garantir que la voix des enseignant·e·s occupe une place centrale dans les débats politiques.

Renforcer le pouvoir des syndicats au moyen de données factuelles et d’actions collectives

Une conclusion claire s’est dégagée des discussions : l’amélioration de la condition de la profession enseignante passe par le renforcement de la voix collective des enseignant·e·s et par la garantie que les syndicats soient pleinement impliqués dans la prise de décision à tous les niveaux.

Les participant·e·s ont convenu que, pour être réellement efficace, la recherche doit soutenir l’organisation syndicale, la négociation collective et le plaidoyer. En documentant les expériences des professionnel·le·s de l’éducation et en mettant en lumière les réalités du sous-financement, de la charge de travail excessive, des bas salaires, de la discrimination et de la privatisation, la recherche permet aux syndicats de rassembler les preuves nécessaires pour obtenir des changements.

La 19e réunion du ResNet a démontré que la recherche n’est pas un exercice purement académique, déconnecté du monde du travail. Au contraire, il s’agit d’un outil permettant de renforcer le pouvoir des syndicats, de faire progresser les droits professionnels et de défendre un enseignement public de qualité et inclusif.

En réunissant des chercheur·euse·s et des syndicalistes du monde entier, le ResNet continue de renforcer la capacité collective des syndicats de l’éducation à façonner l’avenir de l’éducation — un avenir fondé sur des données factuelles, la solidarité, le respect professionnel et, surtout, la voix des enseignant·e·s.