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Fidji : le personnel enseignant demande de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail pour enrayer la fuite des cerveaux vers l’étranger

Publié 27 août 2026 Mis à jour 31 août 2026

Des centaines d’enseignant·e·s, d’éducateur·trice·s à la retraite et de membres de la Fijian Teachers Association (FTA) ont défilé pour exprimer leurs préoccupations croissantes face aux bas salaires, à la détérioration des conditions de travail et à la fuite continue d’enseignant·e·s expérimenté·e·s vers des opportunités d’emploi à l’étranger.

La plus grande manifestation d’enseignant·e·s de ces dernières années

La marche pacifique qui s’est déroulée dans les rues de Suva, la capitale des Fidji, le 25 août 2026, a rassemblé des personnels enseignants de la petite enfance, du primaire et du secondaire, unis pour exiger du gouvernement qu’il accorde la priorité au bien-être, à la fidélisation et à la reconnaissance professionnelle des enseignant·e·s dans l’ensemble du pays. Il s’agissait de l’une des plus grandes manifestations du personnel enseignant de ces dernières années, reflétant la frustration croissante face à des difficultés professionnelles non résolues.

La profession enseignante fidjienne n’avait pas connu de manifestation collective de grande envergure depuis de nombreuses années, ce qui a fait de ce rassemblement une démonstration significative de solidarité et d’engagement en faveur de l’avenir d’un enseignement public de qualité. Les enseignant·e·s ont mis en avant les pressions croissantes qui pèsent sur les éducateur·trice·s et le besoin urgent de réformes significatives pour renforcer la profession et améliorer les résultats scolaires des élèves.

Selon le secrétaire général de la FTA, M. Paula Manumanunitoga, la stagnation des salaires et les conditions de travail inadéquates contribuent à l’exode d’enseignant·e·s expérimenté·e·s vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande, à la recherche de meilleures opportunités.

« Nous souhaitons que le gouvernement accorde davantage d’attention à cette question afin de garantir une éducation de qualité. Nous perdons les enseignants et enseignantes les plus expérimentés en raison de salaires trop bas et de l’attrait que représente de meilleures opportunités à l’étranger. »

M. Paula Manumanunitoga secrétaire général de la FTA.

Principales préoccupations syndicales

La FTA a identifié plusieurs enjeux majeurs touchant la profession enseignante.

Premièrement, la pénurie de personnel enseignant continue de nuire à la qualité et à la pérennité des systèmes éducatifs. Alors qu’un nombre croissant d’enseignant·e·s quittent la profession ou cherchent des opportunités ailleurs, les établissements scolaires peinent à pourvoir les postes vacants. Les retards dans le recrutement et la fidélisation d’enseignant·e·s qualifié·e·s ont pour conséquence que ceux·celles qui restent sont souvent amené·e·s à assumer des responsabilités supplémentaires, ce qui alourdit leur charge de travail et exerce une pression accrue sur les conditions d’enseignement et d’apprentissage.

Deuxièmement, les enseignant·e·s et la FTA s’inquiètent du fait que la rémunération n’a pas suivi l’évolution de la charge de travail réelle de la profession.

Outre ses responsabilités pédagogiques, le personnel enseignant est de plus en plus amené· à gérer des tâches administratives, des obligations de rapport et des besoins plus larges en matière d’accompagnement des élèves. Sans une rémunération équitable et une reconnaissance de ces exigences croissantes, les systèmes éducatifs risquent d’aggraver les difficultés de recrutement et de fidélisation.

Troisièmement, les enseignant·e·s sont confronté·e·s à des défis croissants en classe. Ils∙Elles travaillent dans des environnements d’apprentissage de plus en plus complexes et se trouvent souvent en première ligne pour faire face à des défis sociaux plus larges affectant les élèves. Les questions liées au bien-être des élèves, à la santé mentale, aux problèmes de comportement et à la toxicomanie exigent beaucoup de temps, d’attention et de soutien professionnel. Sans ressources ni services de soutien adéquats, ces responsabilités supplémentaires exercent une pression sur les enseignant·e·s et peuvent avoir un impact sérieux sur leur bien-être et leur capacité à dispenser une éducation de qualité à tous les élèves.

La dernière manifestation à Suva a envoyé un message clair : le bien-être des enseignant·e·s doit devenir une priorité nationale si les Fidji veulent conserver un corps enseignant qualifié, expérimenté et motivé.

Il est essentiel de répondre aux préoccupations liées aux salaires, aux pénuries de personnel, à l’alourdissement de la charge de travail et aux conditions de travail, non seulement pour le bien-être du personnel enseignant, mais aussi pour préserver la qualité de l’enseignement public pour les générations futures.

92e conférence annuelle de la FTA

Cette marche a par ailleurs coïncidé avec la 92e conférence annuelle de la FTA, dont le thème était « Renforcer l’éducation des iTaukei — le peuple autochtone fidjien — par la formation professionnelle et l’enseignement supérieur », et au cours de laquelle le bien-être, la fidélisation, la rémunération et les conditions de travail des enseignant·e·s ont représenté les principaux thèmes de discussion.

Les participant·e·s ont exprimé l’espoir que la conférence offre l’occasion d’un dialogue constructif avec les décideur·euse·s politiques et les acteur·trice·s du secteur de l’éducation afin de trouver des solutions aux défis auxquels la profession est confrontée.

Ils∙Elles ont également reconnu qu’il existait un besoin urgent d’un dialogue constructif et de mesures concrètes pour améliorer le statut de la profession enseignante, renforcer la fidélisation des enseignant·e·s et endiguer leur exode croissant vers l’étranger. Un investissement soutenu en faveur du personnel enseignant reste essentiel pour garantir un système d’enseignement public résilient, efficace et de haute qualité pour tou·te·s.

S’adressant à la conférence, l’honorable Ro Filipe Tuisawau, ministre fidjien des Travaux publics, des Services météorologiques et des Transports, a salué le rôle important que jouent les enseignant·e·s dans la construction de l’avenir des Fidji et a rendu hommage à leur dévouement à l’éducation et à l’inspiration des jeunes Fidjien·ne·s.

« Le gouvernement reconnaît qu’investir dans le personnel enseignant, c’est investir dans l’avenir des Fidji. Lorsque nous soutenons nos enseignants et enseignantes, nous renforçons nos écoles. Lorsque nous renforçons nos écoles, nous donnons les moyens d’agir à nos enfants. Et lorsque nous donnons les moyens d’agir à nos enfants, nous renforçons notre nation. »

L’honorable Ro Filipe Tuisawau, ministre fidjien des Travaux publics, des Services météorologiques et des Transports.

Le ministre Tuisawau a également souligné que la technologie, l’évolution des compétences requises sur le marché du travail et les défis liés au climat exigent un développement professionnel continu, de l’innovation et des partenariats plus solides entre le gouvernement, les enseignant·e·s, les communautés et les établissements d’enseignement. « Avant tout, cela exige que nous restions unis dans notre engagement en faveur de l’éducation de nos enfants », a-t-il souligné.

L’honorable Ro Filipe Tuisawau, ministre fidjien des Travaux publics, des Services météorologiques et des Transports.

La force du public : ensemble on fait école !

Les préoccupations des éducateur·trice·s fidjien·ne·s font écho aux objectifs de la campagne mondiale de l’Internationale de l’Éducation, La force du public : ensemble on fait école !, lancée il y a trois ans. Cette dernière constitue un appel urgent lancé aux gouvernements pour qu’ils investissent dans l’enseignement public, qui est un droit humain fondamental et un bien public, et qu’ils investissent davantage dans les enseignant·e·s, facteur essentiel à la mise en place d’une éducation de qualité. Cela implique de garantir les droits du travail et d’assurer de bonnes conditions de travail, ainsi que des charges de travail raisonnables et des salaires compétitifs pour les enseignant·e·s et le personnel éducatif. Cela signifie également valoriser les enseignant·e·s, les respecter, veiller à ce qu’ils·elles occupent une place centrale dans la prise de décision et faire confiance à leur expertise pédagogique.

La campagne a été soutenue par les syndicalistes de l’éducation fidjien∙ne∙s, ainsi que par leurs collègues des îles du Pacifique. Du 27 au 31 octobre 2025, la conférence triennale du Council of Pacific Education (COPE) a réuni des syndicalistes de l’éducation de 11 pays afin de partager leurs expériences, leurs défis et les priorités de la campagne La force du public dans leurs pays respectifs.

Les participant·e·s ont convenu que la pénurie de personnel enseignant, conséquence directe d’un sous-investissement dans l’éducation, est un fléau pour la région. L’UNESCO indique en outre que 300.000 enseignant·e·s supplémentaires seront nécessaires en Océanie d’ici la fin de la décennie. Sans eux·elles, il ne sera pas possible d’assurer une éducation de base et secondaire universelle de qualité pour tous les élèves. Si une pénurie de 300.000 enseignant·e·s peut sembler mineure par rapport à d’autres régions du monde, son impact est dévastateur pour les nations insulaires à faible population.

Les délégué∙e∙s ont également appelé à la création d’une commission chargée des effectifs enseignants pour la région du Pacifique. Fortement inspirée par les Recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante, cette commission serait chargée « d’évaluer et de remédier à la pénurie d’enseignants dûment qualifiés. Ces commissions ou mécanismes devraient se pencher sur les analyses du marché du travail, le recrutement, la migration, l’attrition et la rétention des enseignants, leur rémunération, leur statut et leurs droits, leur charge de travail et leur bien-être, ainsi que sur l’équité (y compris le ratio enseignant qualifié/élève), l’égalité et les infrastructures). »