Ei-iE

Zimbabwe : un besoin urgent de salaires équitables, de droits à la négociation collective et d’un financement durable de l’éducation

Publié 7 septembre 2026 Mis à jour 11 septembre 2026

Malgré des signes de stabilisation économique au Zimbabwe, de nombreux∙euses enseignant·e·s affirment qu’ils·elles ont encore du mal à joindre les deux bouts. Alors que l’inflation a ralenti et que les indicateurs de croissance se sont améliorés, les salaires des enseignant·e·s restent bien en deçà du coût de la vie, laissant les professionnel·le·s de l’éducation pris∙es en étau entre les arguments du gouvernement invoquant des contraintes budgétaires et les réalités quotidiennes auxquelles sont confrontées leurs familles.

Les syndicats de l’éducation avertissent que ces pressions sapent à la fois la profession enseignante et l’avenir de l’enseignement public. Ils font valoir que des années d’érosion salariale, de restrictions à une négociation collective effective et de sous-investissements persistants ont fait peser le fardeau de l’ajustement économique sur les enseignant·e·s, tandis que les écoles continuent de faire face à d’importants problèmes de ressources. Un enseignement public de qualité, insistent-ils, ne peut se construire sur la baisse du niveau de vie de ceux·celles qui sont chargé·e·s de le dispenser.

L’écart entre les revenus et les besoins de base des ménages illustre l’ampleur du défi. Selon le panier de consommation estimé par la Zimbabwe Teachers' Association pour juin 2026, une famille de cinq personnes avait besoin de l’équivalent d’environ 1.084 dollars américains par mois pour couvrir ses dépenses essentielles. La rémunération mensuelle totale d’un·e enseignant·e s’élevait toutefois à environ 450 dollars américains, soit moins de la moitié de ce que les syndicats estiment nécessaire pour maintenir un niveau de vie décent.

Parallèlement, les syndicats de l’éducation ont fait part de leurs préoccupations concernant les réformes touchant la fonction publique, notamment un exercice d’évaluation des postes qui, selon eux, a déclassé les enseignant·e·s et les chef∙fe∙s d’établissement, affaibli la reconnaissance des qualifications professionnelles et encore davantage érodé le statut de la profession. Conjuguées aux préoccupations de longue date concernant les droits du travail et la négociation collective, ces évolutions ont intensifié les appels en faveur d’un renforcement des investissements publics dans l’éducation et d’un plus grand respect de la voix des éducateur·trice·s.

Ces préoccupations étaient au cœur d’un rapport présenté par trois organisations membres de l’Internationale de l’Éducation au Zimbabwe — la College Lecturers Association of Zimbabwe (COLAZ), le Zimbabwe Educational, Health, Scientific, Social and Cultural Workers Union (ZEHSSCWU), et la Zimbabwe Teachers' Association (ZIMTA) — lors de l’atelier sous-régional de l’Internationale de l’Éducation pour l’Afrique australe consacré à la campagne  La force du public : ensemble on fait école !, qui s’est tenu à Johannesburg, en Afrique du Sud, les 23 et 24 juillet 2026. Leur rapport a examiné les réalités qui façonnent la vie des enseignant·e·s et a décrit comment les syndicats recourent à la recherche, au plaidoyer et au dialogue social pour exiger des salaires équitables, des droits du travail renforcés et un financement durable de l’enseignement public.

Un contexte difficile pour la négociation collective

Les syndicats ont souligné que le personnel éducatif zimbabwéen évolue au sein d’un mouvement syndical coordonné qui dialogue avec le gouvernement par l’intermédiaire du Conseil national de négociation conjoint (NJNC, de son acronyme anglophone). Contrairement aux travailleur·euse·s du secteur privé, les fonctionnaires sont exclus du cadre conventionnel de négociation collective établi par la législation du travail.

Bien que la Constitution du Zimbabwe garantisse aux travailleur·euse·s le droit à la négociation collective et à la grève, les syndicats de l’éducation affirment que ces droits restent restreints dans la pratique.

Selon le rapport des syndicats zimbabwéens, les accords conclus par l’intermédiaire du NJNC sont souvent de nature consultative plutôt que juridiquement contraignants, tandis que les actions syndicales se sont fréquemment heurtées à des interventions judiciaires, à des retenues sur salaire et à des mesures disciplinaires.

La négociation collective, et non l’action syndicale, reste notre levier le plus efficace, ont expliqué les syndicats, tout en constatant que ce processus a donné des résultats de plus en plus limités pour les enseignant·e·s au cours de l’année écoulée.

Les indicateurs économiques s’améliorent, mais le personnel enseignant restent sous pression

Le rapport reconnaît également des signes de stabilisation macroéconomique au Zimbabwe. La croissance économique a atteint 6,8 % au premier trimestre 2026, l’inflation a considérablement ralenti et la Banque centrale a abaissé ses taux d’intérêt pour la première fois depuis l’introduction du ZiG — la monnaie zimbabwéenne adossée à l’or — en avril 2024.

Toutefois, les syndicats ont souligné que ces améliorations ne se sont pas traduites par des gains significatifs pour les travailleur·euse·s.

Le gouvernement affirme qu’il verse plus qu’il ne peut se permettre, tandis que les enseignant·e·s soutiennent qu’il·elle·s sont payé·e·s moins que ce dont ils ont besoin pour vivre, ont déclaré les syndicats.

Le rapport fait valoir qu’une éducation publique de qualité ne peut être maintenue lorsque les enseignant·e·s sont contraints de supporter le poids des restrictions budgétaires sous la forme de salaires insuffisants et d’une baisse de leur niveau de vie.

Préoccupations des syndicats concernant la réforme de l’évaluation

L’un des événements les plus marquants de 2025 a été la mise en œuvre par le gouvernement de l’exercice d’évaluation des postes de la fonction publique. Destinée à harmoniser la classification des postes au sein de la fonction publique, cette réforme a suscité de vives inquiétudes parmi les syndicats de l’éducation.

Les syndicats ont signalé que, dans le nouveau cadre de classification, les chef∙fe∙s d’établissement, les adjoint∙e∙s et les enseignant·e·s ont tous été rétrogradé·e·s. Ils font valoir que ce dispositif a réduit la reconnaissance des qualifications et des responsabilités professionnelles en regroupant plusieurs métiers spécialisés au sein de catégories génériques plus larges.

Selon les syndicats, cette réforme porte atteinte au statut professionnel des enseignant·e·s et risque d’affaiblir les efforts visant à attirer et à retenir des éducateur·trice·s qualifié·e·s dans le secteur.

Défendre l’enseignement public et la profession enseignante

Les syndicats de l’éducation du Zimbabwe ont identifié trois défis majeurs : protéger le statut professionnel et les revenus du personnel enseignant, inverser la tendance à la baisse du nombre d’adhésions due aux difficultés économiques, et rétablir la confiance dans les processus de négociation collective.

Ils ont donc mis en œuvre une stratégie fondée sur la recherche, le plaidoyer et le dialogue social. Ils ont réalisé des analyses techniques des résultats de l’évaluation des emplois, participé aux consultations gouvernementales et obtenu un accord de principe pour la création d’un comité d’examen technique indépendant chargé de réévaluer l’impact de la réforme.

Ils ont également souligné l’importance croissante d’un plaidoyer fondé sur des données factuelles. En combinant les données du « panier de consommation » de la ZIMTA et les calculs gouvernementaux du coût de la vie de base, les syndicats ont renforcé leurs arguments en faveur d’ajustements salariaux et d’un accroissement des investissements publics dans l’éducation. Leur engagement auprès du Parlement s’est également renforcé grâce à la campagne La force du public : ensemble on fait école !, ont-ils indiqué.

Ce qui a fonctionné, c’est le plaidoyer fondé sur des données factuelles, ont noté les syndicats, soulignant qu’ils avaient réussi à obtenir un mécanisme d’examen officiel et à renforcer le débat public sur le financement de l’éducation et les conditions de vie des enseignant·e·s.

Un financement de qualité doit parvenir jusqu’aux salles de classe

Tout en reconnaissant les progrès réalisés en matière de capacités organisationnelles et de plaidoyer, les syndicats ont souligné que les enseignant·e·s continuent de faire face à un environnement économique qui sous-évalue leur travail.

L’investissement dans l’éducation doit se traduire non seulement dans les politiques et les budgets, mais aussi dans la réalité quotidienne des éducateur·trice·s et des apprenant·e·s, ont-ils insisté.

Comme ils l’ont fait remarquer, ils ont lancé leur campagne en 2026 en s’appuyant sur une crédibilité technique et une discipline organisationnelle renouvelée, mais dans un contexte économique et de relations professionnelles qui continue d’exiger des enseignant·e·s qu’ils·elles acceptent une dévalorisation de leur profession au nom de la rigueur budgétaire.

Ils ont conclu en rappelant qu’un enseignement public de qualité commence par un financement de qualité, et que ce financement doit d’abord se faire sentir dans la salle de classe, dans le salaire de l’enseignant·e qui éduque l’enfant.