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SNAT Secretary General Lot Vilakati.
SNAT Secretary General Lot Vilakati.

Eswatini : renforcement du dialogue social suite à une campagne syndicale dénonçant le sous-investissement chronique au sein de l’enseignement

Publié 31 août 2026 Mis à jour 4 septembre 2026

Lot Vilakati, secrétaire général de la Swaziland National Association of Teachers (SNAT), a reconnu que les efforts menés par l’organisation depuis plusieurs années en faveur de l’augmentation des investissements publics dans l’éducation commençaient à porter leurs fruits, et que la question bénéficiait désormais d’une plus grande attention de la part des responsables gouvernementaux∙ales et des décideur∙euse∙s politiques. Mais le syndicat prévient : de graves déficits en termes de financement, la précarité d’emploi généralisée et la pénurie d’enseignant·e·s dans l’éducation de la petite enfance compromettent encore et toujours le droit à une éducation de qualité en Eswatini.

Réunis à Johannesbourg, en Afrique du Sud, les 23 et 24 juillet 2026 à l’occasion de l’atelier sous-régional de l’Internationale de l’Éducation (IE) pour l’Afrique australe consacré à la campagne La force du public : ensemble on fait école !, la SNAT et d’autres syndicats de l’enseignement ont réaffirmé qu’un enseignement public de qualité passait d’abord par un financement de qualité.

Organisé par l’IE Afrique à l’invitation du South African Democratic Teachers’ Union (SADTU) et de la National Professional Teachers' Organisation of South Africa (NAPTOSA), l’événement a notamment permis à la SNAT de présenter un rapport sur la mise en œuvre de la campagne La force du public en Eswatini.

Selon le syndicat, les personnels de l’éducation représentent environ la moitié des 45.000 employé·e·s de la fonction publique en Eswatini, et 95 % d’entre eux∙elles sont des enseignant·e·s. Le syndicat estime à près de 18.000 le nombre d’enseignant∙e∙s actifs∙ives dans le pays, dont quelque 4.000 sous contrat temporaire. Si cette situation touche principalement les jeunes professionnel·le·s, certain·e·s enseignant·e·s pourtant pleinement qualifié·e·s ont vu leur contrat renouvelé à plusieurs reprises au cours des quinze dernières années.

L’éducation gratuite nécessite un financement adéquat

L’Eswatini dispense un enseignement primaire gratuit depuis 2010, mais les ressources allouées aux écoles demeurent insuffisantes pour répondre aux besoins des élèves et, en dépit des progrès réalisés ces douze dernières années en matière de sensibilisation au financement de l’éducation, la part des dépenses publiques consacrée à cette dernière et à la santé est toujours loin de couvrir les besoins, affirme la SNAT.

« Notre principal défi reste le budget national, toujours en déséquilibre, la majeure partie étant allouée à d’autres ministères plutôt qu’à l’éducation ou à la santé », a déclaré M. Vilakati. Le travail en faveur d’une augmentation des investissements reste compliqué, a-t-il ajouté, en raison « du climat politique et du système de gouvernement ».

Le syndicat a toutefois fait savoir que ses actions de plaidoyer avaient contribué à attirer l’attention sur les tentatives de privatisation d’un établissement public, et que l’avenir de l’enseignement public faisait l’objet d’un débat de plus en plus large parmi les responsables de l’éducation.

L’éducation de la petite enfance confrontée à une grave pénurie de personnel

Les actions de plaidoyer récemment menées par la SNAT ont principalement porté sur la mise en œuvre intégrale du programme d’éducation et de protection de la petite enfance (EPPE) dans les quelque 700 écoles primaires que compte le pays. Le syndicat demande ainsi à ce que chaque établissement dispose d’enseignant·e·s EPPE qualifié·e·s permanent·e·s.

Mais à en croire la SNAT, seuls trente postes ont été créés par le gouvernement, bien loin des quelque 600 enseignant·e·s nécessaires pour assurer la mise en œuvre complète du programme. Conséquence : plusieurs centaines d’enseignant·e·s qualifié·e·s continuent de travailler comme bénévoles.

« Le gouvernement ne nous a accordé que 30 postes sur les 600 enseignants et enseignantes dont nous avons besoin », a expliqué le secrétaire général, qui a également souligné que de bon nombre d’enseignant·e·s qualifié·e·s se voyaient ainsi refuser la perspective d’un emploi permanent.

Les efforts syndicaux ouvrent la voie au dialogue

La SNAT a également indiqué que son incessant travail de campagne avait créé de nouvelles opportunités de dialogue avec les autorités éducatives. Le syndicat a notamment organisé des marches pacifiques et remis des pétitions dans les bureaux du ministère partout dans le pays, réclamant de meilleurs investissements dans l’éducation ainsi que l’amélioration des conditions de travail des enseignant·e·s.

Selon le syndicat, ces actions ont contribué à modifier la perception de son travail de plaidoyer et permis d’engager des discussions plus substantielles avec les représentant∙e∙s du gouvernement. De récents entretiens bilatéraux, portant principalement sur le financement de l’éducation, ont ainsi abouti à des projets de visites conjointes dans les écoles. Le syndicat a également programmé des réunions de suivi en vue de contrôler les progrès réalisés s’agissant des revendications contenues dans ses pétitions.

« La campagne a ouvert la porte au dialogue social. Le caractère pacifique de nos marches a entraîné un changement de mentalité dans le chef des autorités », a reconnu M. Vilakati. « Nous avons ainsi tenu récemment une réunion bilatérale largement consacrée à la question du financement de l’éducation. »

Le syndicat a également fait savoir que le ministre de l’Éducation avait plaidé publiquement au Parlement en faveur d’un meilleur financement de l’éducation, ce qui témoigne d’une reconnaissance croissante des difficultés financières qui touchent le secteur.

Les jeunes enseignant·e·s, vecteur de croissance syndicale

Selon la SNAT, la campagne a également entraîné une augmentation de ses effectifs. Les jeunes enseignant·e·s, dont beaucoup sont directement touché·e·s par la précarité d’emploi et le sous-financement, considèrent de plus en plus le syndicat comme un moyen de défendre leurs intérêts professionnels et économiques.

« Nous constatons que la campagne a suscité un renforcement du mouvement syndical », a déclaré Lot Vilakati. « Les enseignantes et enseignants qui débutent, les plus touchés par le sous-investissement dans l’éducation, ont compris que la campagne les concernait également. »

Alors que le personnel d’Eswatini continue de militer en faveur d’un financement public durable, d’un emploi stable et d’une éducation de la petite enfance de qualité, la SNAT poursuit ses efforts de campagne, soulignant qu’un véritable investissement dans l’enseignement public est essentiel pour permettre à chaque élève d’accéder à une éducation de qualité et à chaque enseignant·e de se voir offrir un travail décent et une dignité professionnelle.

Renouvellement de la solidarité mondiale avec la direction de la SNAT

L’Internationale de l’Éducation réaffirme sa solidarité indéfectible avec la SNAT, ses dirigeant·e·s et ses membres, suite à l’arrestation et au harcèlement de plusieurs dirigeant·e·s syndicaux·ales de l’éducation par les autorités eswatiniennes.

L’organisation exhorte ces dernières à mettre immédiatement fin à la persécution des dirigeant·e·s de la SNAT, à garantir leur sécurité et à respecter leurs droits fondamentaux, tant humains que syndicaux.