PISA 2025 : les syndicats de l’éducation se préparent à l’action avec de nouvelles données
Alors que les gouvernements du monde entier attendent les résultats 2025 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont la publication est prévue en septembre, les syndicats se mobilisent pour garantir que la voix des enseignant·e·s soit prise en compte au sein des débats.
Récemment, l’Internationale de l’Éducation a organisé un atelier en ligne afin de réunir des représentant·e·s syndicaux·ales et de leur transmettre des idées pour s’impliquer dans le lancement du rapport, en collaborant avec les ministères de l’Éducation de leur pays respectif. Les intervenant·e·s ont souligné l’importance d’aller au-delà d’une simple discussion sur les gagnants et les perdants, et de saisir cette occasion pour apprendre les uns des autres et mettre l’accent sur les investissements dans l’éducation.
Ne pas se limiter aux gros titres
Dans ses remarques liminaires, Larry Flanagan, de la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE, a comparé les résultats du PISA à une « Coupe du monde de l’éducation », rappelant que les responsables politiques aiment souvent considérer cet événement comme une compétition et concentrer leur attention sur les premiers et les derniers. Il a expliqué que ce type de présentation passe souvent à côté des aspects véritablement utiles et pertinents du PISA.
« Au-delà des classements, le PISA fournit de très riches données que nous pouvons exploiter dans le cadre de notre travail syndical. Cette réunion préalable au lancement du rapport est un moyen d’aider nos organisations membres à tirer pleinement parti de ces données dans l’objectif de convaincre leur ministre respectif de la nécessité des investissements et de l’orienter sur l’affectation de cet argent. »
Une évaluation mise à jour pour un monde en mutation
Le PISA 2025 marque une évolution par rapport aux modèles précédents, avec des domaines innovants dont le but est d’évaluer la préparation des élèves à un monde à la complexité croissante. Parmi les nouveautés, il y a l’« Apprentissage dans le monde numérique » (Learning in the Digital World - LDW), qui teste les compétences des élèves en termes de résolution de problèmes informatiques et d’apprentissage autorégulé, ainsi que le remaniement de la section « culture scientifique », désormais axée sur la prise de décision concrète face aux enjeux environnementaux.
« Aujourd’hui, la réussite exige davantage que la maîtrise de la lecture, de l’écriture, du calcul et des sciences », a déclaré Miyako Ikeda, analyste senior à l’OCDE, lors de sa présentation aux participant·e·s du webinaire. « De plus en plus, les élèves doivent savoir évoluer dans des environnements numériques, gérer leur propre apprentissage et évaluer les informations de manière critique. Ils doivent résoudre des problèmes inhabituels. C’est pourquoi PISA 2025 a élargi son champ d’analyse. »
Le premier volume des résultats du PISA évaluera le degré de préparation des élèves non seulement par le biais de ces tests, mais aussi grâce à une analyse des environnements scolaires et des conditions d’apprentissage. Les élèves ont répondu à une série de questions concernant le soutien des enseignant·e·s, les politiques des établissements à propos des appareils numériques et la fréquence d’utilisation de l’IA pour les travaux scolaires. Ces informations ont ensuite été mises en corrélation avec des données sur les performances des élèves et leurs attitudes vis-à-vis de l’école.
Mme Ikeda a souligné que cette partie en particulier était primordiale pour les syndicats et les décideur·euse·s politiques : « Il s’agit de données qui permettront de mieux comprendre ce qui se passe en classe et dans l’environnement des élèves. Le PISA 2025 fournira des éléments précieux sur la manière dont ces différents facteurs influencent l’apprentissage et l’implication des élèves. » Elle a indiqué que ces données pourraient servir à déterminer quelles pratiques scolaires préparent le mieux les élèves à la vie active et lesquelles sont moins efficaces, des statistiques que les syndicats pourraient ensuite présenter aux législateurs et aux ministères lorsqu’ils plaident en faveur de certaines politiques.
« Ceci n'est pas une compétition sportive »
Dans son intervention lors de l’atelier, la présidente de l’ American Federation of Teachers (AFT), Randi Weingarten, a fait écho aux propos de M. Flanagan sur la nécessité de dépasser la logique de compétition, soutenant que les résultats du PISA offrent aux nations une occasion de collaborer.re
« Si l’on considère notre objectif, notre monde et nos missions, la manière d’aider l’ensemble des élèves passe par une dynamique collaborative… une approche fondamentalement différente de celle des marchés. Il s’agit véritablement de savoir comment nous aidons tout le monde, ce qui explique en partie pourquoi l’OCDE ne se satisfait pas de parler uniquement des meilleurs élèves. Elle parle de tout le monde. Nous devons vraiment trouver comment aider tout le monde, c’est un véritable impératif politique, et c’est quelque chose de difficile à accomplir dans un monde qui adore distinguer les gagnants des perdants. »
Elle a toutefois mis en garde contre le « tourisme politique », un phénomène par lequel certains pays se contentent de copier les programmes d’autres nations : « Les politiques ne peuvent pas être transposées d’un pays à l’autre d’un simple claquement de doigts. C’est pourquoi le programme PISA revêt une telle importance dans l’adoption réfléchie de pratiques, plutôt que de se contenter de dire : Imitons et copions ».
L’intégralité de l’article de blog de Randi Weingarten sur l’enseignement à l’ère de l’IA, publié sur Mondes de l’éducation, est disponible ici : Appareils de côté, yeux levés et main à la pâte : dix points pour stimuler l’enseignement et l’apprentissage à l’ère de l’IA.
De la théorie à la pratique
Marjolaine Perreault, directrice générale de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et membre du Bureau exécutif de l’IE, a partagé son expérience pratique sur la manière dont les résultats du PISA sont utilisés pour éclairer les décisions politiques au Canada. Outre le fait de mettre en évidence les domaines de l’enseignement public qui doivent être repensés, ces résultats fournissent également des informations précieuses au syndicat lui-même, a déclaré Mme Perreault :
« Pour la CSQ, la valeur de ces données réside également dans le fait qu’elles offrent l’occasion de renforcer le dialogue social, car elles nous permettent d’engager la discussion. Et chaque fois que nous pouvons parler d’éducation, c’est pour nous un moment essentiel, un moment qui compte et qui nous offre une possibilité d’agir. Les enseignantes et enseignants sont importants, ils sont au cœur du travail de l’équipe scolaire, et le personnel éducatif est tout aussi important. »
Matthieu Pelard, économiste à la CSQ, a également évoqué la capacité de l’organisation à traduire les données du PISA en mesures concrètes au niveau gouvernemental, en faisant remarquer que les pays les plus performants selon le PISA sont ceux qui garantissent une véritable égalité des chances :
« Au Québec, nous continuons à plaider en faveur d’investissements accrus. Nous sommes fermement convaincus que les inégalités scolaires doivent être réduites, en particulier pour certains élèves, ceux qui ont des besoins particuliers et dont le nombre a augmenté de manière exponentielle dans les classes ordinaires ces dernières années. Et la charge de travail du personnel éducatif en est fortement alourdie. Il est essentiel de s’appuyer sur le PISA pour démontrer qu’il est capital d’être en mesure de construire un argumentaire solide de soutien de tous les élèves dans leur réussite scolaire, quel que soit le pays. »
M. Flanagan a clôturé l’atelier par un appel à l’action clair, attirant une nouvelle fois l’attention sur l’importance de la collaboration entre les décideur·euse·s politiques et les professionnel·le·s du secteur :
« En tant que porte-parole des professionnels, les syndicats de l’éducation ont un rôle particulier à jouer pour favoriser ces partenariats. Ainsi, si un lancement national a lieu et que votre syndicat n’y participe pas, demandez pourquoi ? »