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Réseau de recherche de l'IE : dialogues critiques sur la condition des enseignant·e·s et l'intelligence artificielle dans l'éducation

Publié 20 octobre 2023 Mis à jour 20 mars 2024

Les profondes implications de l'intelligence artificielle (IA) dans l'éducation et la condition des enseignant·e·s dans le monde étaient au premier plan des discussions lors de la 18e réunion annuelle du Réseau de recherche (ResNet) de l'Internationale de l'Éducation (IE). Organisé virtuellement le 19 octobre, l'événement a poursuivi la tradition de promotion de la solidarité mondiale et des stratégies fondées sur la recherche parmi les syndicalistes de l'éducation du monde entier.

Une perspective globale sur la condition et les droits des enseignant·e·s

La séance du matin comprenait une présentation de Mark Rahimi et Ben Arnold de l'Université Deakin, en Australie. Rahimi et Arnold se sont penchés sur les conclusions de la prochaine édition du rapport triennal de l'IE sur la condition des enseignant·e·s et de la profession enseignante à travers le monde, qui sera lancée lors du Congrès mondial de l'IE en juillet 2024.

Basé sur une enquête approfondie auprès des organisations membres de l’IE de toutes les régions, le rapport collecte des données sur divers aspects de la politique relative aux enseignant·e·s et sert de référence pour le travail de plaidoyer des syndicats. Il sert également de base au rapport de l’IE au Comité conjoint Organisation internationale du Travail-UNESCO d’expert·e·s sur l'application des Recommandations concernant le personnel enseignant (CEART).

Les résultats de l'enquête de 2023 mettent en lumière plusieurs domaines critiques affectant les enseignant·e·s du monde entier.

  • Pénurie d'enseignant·e·s : l'une des principales conclusions est la grave pénurie d'enseignant·e·s à tous les niveaux d'éducation à l'échelle mondiale. Cette carence est plus prononcée dans les secteurs de l’éducation spécialisée, suivis par l’enseignement secondaire, l’éducation de la petite enfance et l’enseignement primaire. La répartition géographique des données révèle des pénuries particulièrement aiguës en Afrique et en Europe, soulignant un défi universel qui transcende les frontières.
  • Facteurs sous-jacents : l'enquête a exploré les raisons de ces pénuries, avec des salaires bas, des charges de travail excessives, une faible progression de carrière et une perception diminuée du statut professionnel qui sont devenues des griefs universels parmi les éducateur·trice·s. Ces facteurs variaient en intensité selon les régions, ce qui laisse entrevoir la nécessité de solutions spécifiques à chaque région. Les déficiences en matière de progression de carrière étaient particulièrement marquées dans les contextes de l’Europe, de l’Amérique du Nord, des Caraïbes et de l’Asie-Pacifique. En revanche, l’Amérique latine a souligné la charge de travail et l’Afrique a souligné la faible valorisation sociétale de la profession enseignante.
  • Perception de la réponse des autorités : les réponses des participant·e·s à l'enquête ont brossé un tableau de l'apathie des autorités éducatives ou de stratégies inefficaces pour remédier à ces pénuries. Il existe un sentiment général d’insatisfaction parmi les éducateur·trice·s concernant les efforts – ou l’absence d’efforts – déployés par les autorités pour promouvoir l’enseignement en tant que carrière de haut niveau ou pour s’engager dans des stratégies significatives pour retenir les professionnel·le·s de l’enseignement. Ce sentiment était particulièrement fort en ce qui concerne le manque d’intérêt des autorités à écouter les organisations d’enseignant·e·s quant aux raisons pour lesquelles les enseignant·e·s quittent la profession.
  • Disparités entre les genres : une dimension intéressante explorée par l'enquête était la nature hautement sexospécifique de la profession enseignante. Des questions ont été posées quant à savoir si cet aspect jouait un rôle dans les défis rencontrés, notamment en matière de rémunération et de statut professionnel. La discussion a fait allusion à un problème systémique plus profond qui devait être résolu au sein de l’écosystème éducatif.
  • La nécessité de solutions ciblées et éclairées : la présentation de l'enquête s'est terminée par un appel à l'action pour l'élaboration de stratégies éclairées par les riches données de terrain fournies par les éducateur·trice·s eux·elles-mêmes. Ces stratégies s’attaqueraient non seulement aux symptômes, tels que les pénuries, mais également aux problèmes systémiques sous-jacents auxquels le secteur éducatif fait face. La nécessité de politiques et d’initiatives nuancées et spécifiques au contexte était évidente, indiquant une voie à suivre définie par une action collaborative, éclairée et décisive.

Naviguer au sein de l’IA dans l’éducation

L'après-midi s'est concentrée sur la technologie, avec le Dr Wayne Holmes de l' University College de Londres, au Royaume-Uni, qui a présenté la nouvelle recherche commandée par l'IE : « L’Intelligence artificielle et ses répercussions dans l’éducation ». L'analyse complète de Holmes démystifie les idées fausses courantes sur l'IA, en soulignant que ces outils devraient compléter le travail des éducateur·trice·s, et non les remplacer. Le rapport préconise l’éthique by design (dès la conception) dans les outils d'IA, un concept mettant l'accent sur la transparence, la confidentialité, l'équité et l'action humaine.

En outre, le rapport propose les recommandations stratégiques suivantes pour intégrer l’IA dans les systèmes éducatifs de manière éthique et efficace :

  • Surveillance démocratique : établir des réglementations complètes, garantissant le respect par l’IA des normes relatives aux droits humains et impliquer diverses parties prenantes dans les processus décisionnels.
  • Transparence dans l'IA : mettre en œuvre des mécanismes qui rendent les opérations des systèmes d'IA compréhensibles pour les utilisateur·trice·s, favorisant ainsi la confiance et la responsabilité.
  • Protection des données : appliquer des mesures robustes de confidentialité des données pour protéger les informations sensibles des enseignant·e·s et des étudiant·e·s.
  • Autonomie des enseignant·e·s : garantir que l'IA soutient les stratégies pédagogiques des éducateur·trice·s, et ne les remplacent pas, en affirmant la discrétion professionnelle des enseignant·e·s.
  • Formation des éducateur·trice·s : plaider en faveur de programmes de développement professionnel approfondis qui permettent aux éducateur·trice·s d'exploiter efficacement l'IA dans leurs pratiques d'enseignement.
  • Équité et inclusivité : exiger l'équité dans les outils d'IA en éliminant les préjugés et en facilitant l'égalité d'accès pour tou·te·s les étudiant·e·s, y compris celles et ceux qui souffrent d’un handicap.
  • Évaluation continue : adopter un suivi et une évaluation réguliers de l'impact éducatif de l'IA, en affinant son application pour de meilleurs résultats.
  • Collaboration mondiale : encourager la coopération internationale pour partager des idées, des recherches et des pratiques efficaces concernant l'IA dans l'éducation.

La présentation a été suivie d'une discussion au cours de laquelle les membres de ResNet ont exploré les questions éthiques à l'intersection de l'IA et de l'éducation. Les membres de l'IE ont souligné la nécessité impérative de faire entendre la voix des éducateur·trice·s afin de guider l'intégration de l'IA dans les salles de classe, en garantissant l'alignement avec les valeurs et les objectifs éducatifs.

La discussion a abordé un large éventail de questions, depuis les préoccupations concernant la syndicalisation du secteur technologique jusqu'au rôle de l'IA dans la normalisation de l'éducation. Ces réflexions, issues d'horizons géographiques et professionnels divers, ont souligné la nécessité d'un front uni pour plaider en faveur de politiques éducatives qui respectent la profession enseignante et donnent la priorité au droit à l'éducation.

Note de plaidoyer sur les enseignant·e·s et les technologies

Au cours de la dernière partie de la réunion, Manos Antoninis, Directeur du Rapport mondial de suivi sur l'éducation (GEM), a fait une présentation importante sur les conclusions du Rapport GEM 2023 : « Les technologies dans l’éducation - Qui est aux commandes ? ». Antoninis a souligné la nécessité de technologies qui soient en résonance avec les fondements pédagogiques de l'éducation, mettant en garde contre les solutions qui ignorent le rôle des éducateur·trice·s. La présentation a souligné les pièges d'une approche universelle de l'EdTech, préconisant plutôt des technologies qui répondent aux besoins divers et dynamiques des éducateur·trice·s et des apprenant·e·s.

Le Rapport GEM et l'IE ont récemment publié une nouvelle note de plaidoyer (en anglais) sur les principales conclusions du Rapport GEM 2023, soulignant les défis et les opportunités nuancés présentés par les technologies dans l'éducation, et proposant également des recommandations concrètes aux enseignant·e·s et aux personnels de soutien à l'éducation, en mettant l'accent sur l'aspect humain lors de l’intégration des technologies.

La force du public! Aller de l’avant avec une détermination collective

La 18e réunion ResNet de l'IE s'est conclue sur une note de solidarité mondiale. Les participant·e·s ont réaffirmé l'engagement de l'Internationale de l'Éducation à tracer la voie à suivre avec une responsabilité collective, en plaidant pour des environnements éducatifs où la technologie rencontre la pédagogie éthique et où les progrès technologiques servent le droit fondamental à l'éducation.