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Entretien avec Laouali Issoufou, Coordinateur EPT/SIDA au Niger

Publié 8 juin 2010 Mis à jour 8 juin 2010

Laouali Issoufou, du SNEN (l'un des six syndicats nigériens), compte parmi les coordinateurs du Programme EPT/SIDA ; il nous parle de la qualité de l’éducation et de la lutte pour éliminer la stigmatisation liée au VIH.

Quels sont les grands défis posés à une éducation de qualité au Niger ?

Au Niger, si les classes ne comptent qu'un enseignant pour 100 élèves, ajoutons également que les cours sont donnés dans des cabanes et des abris de paille dans lesquels les élèves n’ont souvent aucune autre alternative que de s'asseoir à même le sol pour suivre la classe. Dans de telles conditions, il devient très difficile de parler de qualité de l’éducation. On demande fréquemment aux enseignants d’essayer de transmettre leur savoir à des étudiants de classes différentes, au même moment et dans la même salle de cours. On rencontre couramment dans le primaire des situations où un enseignant est en charge des niveaux 1 et 2, et un autre des niveaux 3 et 4. Le tableau n’est guère plus réjouissant dans le secondaire, où il n’est pas exceptionnel de ne trouver que deux professeurs, un pour les mathématiques et l’autre pour le français. Le professeur de mathématiques sera invité à prendre en charge les cours de physique, de chimie et même d’éducation physique et sportive, tandis que le professeur de littérature dispensera aussi les cours d’histoire, de géographie et même un peu d’anglais. Si la situation tend à s’améliorer légèrement dans les villes plus importantes, il reste néanmoins possible d’y retrouver des établissements pour lesquels un grand manque de ressources est à déplorer.

Quelles sont les mesures prises pour surmonter ces difficultés ?

Le système éducatif a pendant quelques années ressenti les effets de la politique du gouvernement visant le recrutement d’enseignants contractuels. Dans le cadre du Programme EPT/SIDA, nous avons pu enquêter sur l’impact de cette contractualisation du corps enseignant sur la qualité de l’éducation. En général, ces enseignants sous contrat n’ont suivi qu’une formation insuffisante, voire inexistante, dans le domaine éducatif. En partageant les résultats de notre investigation avec des personnes qui évoluent dans le secteur de l’éducation, nous avons pu convaincre le gouvernement de donner à ces enseignants contractuels une formation de base. Si nous considérons qu’une période de deux ans est le strict minimum en termes de formation du corps enseignant, les effets des classes surchargées sont ressentis à travers tout le système éducatif, puisque le gouvernement a décidé en 2008 de réduire la formation des stagiaires du primaire à un an, et de ceux du secondaire à deux ans. Nous faisons pression auprès du Ministère de l’Education pour qu’il se concentre davantage sur le développement professionnel et la formation des enseignants. Sur le plan pratique, nous travaillons à regrouper les enseignants au niveau régional afin de leur permettre de partager leurs expériences et d’apprendre les uns des autres.

Quel est l’impact du VIH et du SIDA sur le secteur éducatif ?

Si l’on consulte les statistiques du VIH au Niger, et notamment la prévalence de quelque 0,7 %, l’on peut aisément penser que le SIDA ne constitue pas un problème dans le pays. Mais on observe une telle réticence à se soumettre aux tests de dépistage que le nombre d’individus infectés par le virus pourrait tout à fait être supérieur. Les gens ont tendance à croire que ceux qui vivent avec le VIH ont contracté la maladie parce qu’ils ont été infidèles, et les problèmes de discrimination de ce genre semblent décourager de nombreux enseignants de subir le test. En apportant en premier lieu des informations précises et en second lieu des opportunités et un accès au dépistage, le Programme EPT/SIDA au Niger s’attaque à l’opposition affichée à l’encontre de ce dépistage et ouvre la voie pour une réponse plus coordonnée au VIH et au SIDA dans le secteur éducatif.