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La 8e réunion annuelle du Réseau de recherche de l'IE se penche sur l'avenir de l'éducation

Publié 3 avril 2012 Mis à jour 16 janvier 2013

Plus de 40 représentant(e)s d'organisations membres de l'IE venant de 20 pays se sont rencontré(e)s dans le cadre de la 8e réunion annuelle du Réseau de recherche de l'IE (ResNet), tenue à Bruxelles les 28 et 29 mars. Les participant(e)s ont discuté de l'avenir de l'enseignement et de l'éducation de qualité, et ont examiné les moyens permettant à la recherche de soutenir le plus efficacement possible le travail de plaidoyer des syndicats de l'éducation, en particulier dans le contexte des coupes budgétaires considérables réalisées dans les dépenses publiques consacrées au secteur.

Dans son discours d'introduction, le Secrétaire général adjoint de l'IE, David Edwards, a souhaité la bienvenue aux participant(e)s et a présenté les cinq priorités de l'IE pour 2012-2015:

  • Protéger l'éducation contre la crise
  • Contrecarrer les tendances à la déprofessionnalisation
  • Lutter contre les attaques ciblant les syndicats de l'éducation
  • Poursuivre le programme en faveur des droits et de l'égalité
  • Renforcer les organisations membres de l'IE

La recherche est essentielle pour la promotion d'une éducation de qualité pour toutes et tous

« Face à la crise économique, la recherche devient extrêmement importante pour la qualité de l'enseignement, l'égalité des chances en termes d'éducation et la justice sociale. Nous devons collecter des données et fournir des analyses pour soutenir notre vision de l'éducation de qualité pour toutes et tous », a-t-il déclaré.

Il a insisté sur le défi que cela représente, compte tenu de la diminution des ressources en dépit de l'importance croissante de la recherche.

S'adressant aux participant(e)s, il a ajouté: « Face à la multiplication actuelle des attaques contre les syndicats d'enseignants, leurs départements consacrés à la recherche se doivent de fournir aux affiliés des informations actualisées, accessibles et utiles. Ensemble nous sommes forts, et ResNet est un forum ouvert permettant d'échanger une foule d'informations et d'expériences pour alimenter le débat. »

Guntars Catlaks, Coordinateur à l'Unité de recherche de l'IE, a ensuite présenté les études les plus récentes publiées par l'IE: L'équité compte(disponible en anglais); L'imposition des sociétés dans le monde et le financement de services publics de qualité; Enseigner dans l’économie de marché chinoise: cinq études de cas(disponible en anglais); Impacts des politiques du FMI sur les budgets de l'éducation nationale et les enseignant(e)s(disponible en anglais); L'avenir de la profession enseignante(disponible en anglais); et L'auto-efficacité, la voix et le leadership des enseignant(e)s(disponible en anglais).

Il a annoncé six nouvelles études en cours en 2012:

  • Pénurie d'enseignant(e)s qualifié(e)s et réformes éducatives : formation des enseignant(e)s contractuel(le)s sous-qualifié(e)s en Inde et en Indonésie
  • Impact des réformes éducatives globales sur les enseignant(e)s
  • Privatisation dans le secteur de l'éducation de la petite enfance
  • Structures de l'injustice: relevé des capacités et liberté des doctorant(e)s en Sciences humaines
  • La voix des enseignant(e)s dans le programme PISA
  • Rapport au CEART 2012 de l'IE

Catlaks a également présenté les grandes lignes d'une proposition de projet de recherche soumise à l'Institut de recherche de l'IE, s'intéressant à l'influence des syndicats d'enseignants sur les politiques éducatives.

Ensuite, deux exposés clés ont été présentés sur les initiatives majeures axées sur une nouvelle vision de la profession enseignante:

Améliorer l'apprentissage et la condition des enseignant(e)s

Le Professeur John MacBeath, de l'Université de Cambridge, au Royaume-Uni, a parlé du rapport L'avenir de la profession enseignante(disponible en anglais).

L'étude examine les moyens permettant de garantir une éducation de haute qualité et des propositions politiques cohérentes pour la profession enseignante. Elle étudie les prochaines initiatives que pourraient prendre les gouvernements, les communautés et la profession enseignante elle-même pour améliorer l'apprentissage, l'efficacité de l'enseignement et la condition des enseignant(e)s.

« La question qui se pose est: "L'enseignement est-il une profession?" », a déclaré MacBeath, avant d'ajouter  « Qu'est-ce que cela signifie d'être enseignant? En réalité, nous assistons dans le monde à une perte du sens du professionnalisme. » Il a souligné que l'engagement des enseignant(e)s en faveur du service public constituait l'élément distinctif de la profession enseignante.

Il a poursuivi en déplorant le recours aux résultats facilement mesurables et généralisables destinés à faciliter la tâche des responsables politiques et des fonctionnaires, au lieu de s'atteler à une recherche approfondie s'intéressant aux questions complexes dans le domaine social et éducatif.

« Nos Etats réfléchissent à court terme car leurs structures politiques sont basées sur une gouvernance à court terme.  Les élèves sont considéré(e)s comme des "participants actifs" , des "moteurs", mais ce n'est pas le cas dans la pratique. Il s'agit plutôt d'une pression exercée pour atteindre des objectifs immédiats et satisfaire aux exigences des programmes scolaires », a précisé MacBeath.

Il a également décrit en détail les facteurs de « satisfaction » et de « non-satisfaction » pour les éducateurs/trices. La réciprocité entre l'investissement des enseignant(e)s dans leurs classes et la reconnaissance qui leur est accordée fait partie des facteurs de « satisfaction ». Les facteurs de « non-satisfaction » identifiés sont: les critères de performance, le manque de confiance, la solitude ressentie en tant qu'enseignant(e), l'infantilisation des enseignant(e)s et le comportement des élèves.

Une direction partagée au sein des établissements scolaires

John Bangs, Conseiller senior de l'IE auprès du Secrétaire général, a présenté une autre étude commissionnée par l'Institut de Recherche de l'IE auprès de l'Université de Cambridge, intitulée L'auto-efficacité, la voix et le leadership des enseignant(e)s(disponible en anglais). Bangs, l'un des auteurs du rapport, a fait valoir un argument de poids en faveur des alternatives au paradigme du type « superman » qui domine actuellement dans les systèmes de direction des établissements scolaires. La direction partagée des établissements scolaires - lorsque des membres du corps enseignant prennent des décisions en matière de pédagogie ou de programmes scolaires - est le facteur de reconnaissance et de satisfaction le plus important dans l'enseignement, à la fois pour les enseignant(e)s et les élèves.

La troisième présentation majeure concernait une étude commissionnée par l'IE, traitant de l'impact du mouvement pour la réforme globale de l'éducation (GERM) sur les enseignant(e)s . Les rédacteurs et auteurs de l'étude, le Dr Toni Verger, de l'Université autonome de Barcelone, Espagne, et le Dr Hulya Kosar Altinyelken, de l'Université d'Amsterdam, Pays-Bas, ainsi que l'un des auteurs de certains chapitres de l'ouvrage, Bo-Joe Brans, de l'Université d'Amsterdam, ont discuté de cette publication et mis en lumière six études de cas: Indonésie, Jamaïque, Namibie, Pérou, Ouganda et Turquie. L'étude sera disponible en mai.

Le Dr Verger a déclaré que le GERM s'était rapidement développé pour tenter d'améliorer les résultats scolaires au niveau national et de renforcer la concurrence dans les pays faisant l'objet de l'étude. Il a précisé qu'à travers les pays et les régions « les solutions de gestion coexistent aux côtés des solutions propres au marché: idées de choix, résultats mesurables, incitants et évaluations ». Les mécanismes de réformes les plus fréquents en matière de gestion globale sont:

  • Gestion au niveau de l'établissement scolaire
  • Responsabilisation
  • Evaluation du corps enseignant (rémunération basée sur les résultats)
  • Fixation d'objectifs cibles
  • Partenariats public-privé (PPP)

Le GERM considère les enseignant(e)s comme étant les facteurs principaux pour la production de résultats d'apprentissage. D'un coup, les enseignant(e)s ressentent une énorme pression au centre des débats sur l'éducation et les réformes et doivent supporter d'énormes responsabilités en termes de résultats scolaires.

Les réformes éducatives globales doivent impliquer les enseignant(e)s

La recherche révèle cependant plusieurs paradoxes au sein de ces réformes, directement en lien avec les enseignant(e)s:

Les réformes concernent les enseignant(e)s, mais sans les impliquer.

  • Les enseignant(e)s doivent répondre à des exigences toujours plus nombreuses alors qu'elles contribuent en même temps à leur déprofessionnalisation.
  • La plupart des politiques sont basées sur des modèles internationaux qui ne correspondent pas aux contextes dans lesquels elles sont appliquées.
  • La manipulation des preuves et l'ignorance des politiques mises en place par des pays appliquant les bonnes pratiques, comme la Finlande qui ne recourt pas aux politiques axées sur la déprofessionnalisation et la privatisation, telles que les chèques éducation (education vouchers). Ces politiques sont souvent soutenues par les Institutions financières internationales pour toute une série de raisons autres que la qualité ou l'égalité.

Brans a évoqué le cas de l'Ouganda, en mettant en exergue l'impact des PPP sur l'enseignement secondaire et l'épuisement des capacités de l'Etat. Il a mentionné que la notion de « partage des risques » soutenue par les PPP entraînait au contraire une accumulation des risques, loin de correspondre au discours sur les partenariats.

L'embauche d'enseignant(e)s sans formation est responsable d'une déprofessionnalisation à l'extrême et les enseignant(e)s travaillant dans des écoles privées ne sont pas représenté(e)s par des syndicats ».  L'ensemble de ces facteurs renforce les inégalités persistantes en termes d'accès à l'éducation en Ouganda. Il a terminé son intervention par un appel à la prudence vis-à-vis de la multiplication des PPP à l'échelle mondiale, ainsi qu'à l'implication indispensable de la société civile, notamment les organisations syndicales, lorsque des PPP sont mis en place.

Protéger l'égalité d'accès à l'éducation et sa qualité

Le Dr Kosar Altinyelken a présenté les arguments sous-jacents à l'adoption des réformes. Bien que les réformateurs/trices parlent d'améliorer la qualité de l'éducation et d'en élargir l'accès, la manière de concevoir la « qualité » demeure variable.

Sous l'angle économique, l'éducation est considérée comme un sous-secteur. Comme dans le secteur de l'industrie, on observe un transfert et un emprunt de politiques considérés comme une réussite (décentralisation, PPP, programme basé sur les compétences). Les hypothèses émises pour soutenir ces réformes - selon lesquelles la responsabilisation contribuerait à renforcer la satisfaction des enseignant(e)s et la qualité de l'enseignement - ne sont pas étayées par des preuves de réussite. Au contraire, le GERM nuit à la qualité de l'enseignement et renforce les inégalités.

« Les enseignant(e)s s'opposent aux réformes globales de l'éducation, individuellement ou collectivement, par l'intermédiaire des syndicats », a déclaré Altinyelken.  Les raisons de cette résistance sont les suivantes: les « reproches » vis-à-vis des enseignant(e)s, les problèmes liés à la mise en œuvre des réformes (financement, corruption, équité), la lassitude face aux réformes, les atteintes à la condition des enseignant(e)s et l'augmentation de la charge de travail.

Dans sa conclusion, le Secrétaire général adjoint de l'IE, David Edwards, a souligné la nécessité d'adopter une vision pour l'avenir de ResNet.

« Notre mission est en partie politique, en partie technique; elle est étayée par des preuves et renforcée par un dialogue soutenu avec nos affiliés. Nous devons faire en sorte de mettre nos propres propositions sur la table et d'accorder la priorité à ce que nous pouvons entreprendre sur le plan mondial en termes de plaidoyer, tout en coordonnant davantage de travail au niveau régional. »