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Les enseignant(e)s au sommet des Rocheuses canadiennes

Publié 30 mars 2015 Mis à jour 10 avril 2015

Collaboration, leadership et innovation sont au cœur des débats à l’occasion du Sommet sur la profession enseignante où Fred van Leeuwen, le Secrétaire général de l’Internationale de l’Education, a plaidé en faveur des enseignant(e)s comme agents du changement.

S’adressant aux délégué(e)s lors de l’ouverture du 5e Sommet sur la profession enseignante (SIPE) qui se tenait à Banff, Alberta, au Canada, Fred van Leeuwen, le Secrétaire général de l’Internationale de l’Education (IE), a indiqué la voie à suivre en vue d’une éducation de qualité: laisser les enseignant(e)s diriger et laisser les enseignant(e)s enseigner.

Allocution d’ouverture de Fred van Leeuwen

J’adresse mes remerciements à Gordon Dirks, Ministre de l’Education (Président du Conseil des ministres de l’Education du Canada, CMEC) et à nos organisations membres au Canada, notamment la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) et la CSQ.

Lorsque nous assistions au premier sommet en 2011, personne n’aurait pu prévoir que nous fêterions son cinquième anniversaire à Banff. Le fait que nous soyons réunis ici témoigne des importants efforts consentis par l’ensemble des parties prenantes lors des sommets des cinq dernières années. Et je salue ceux qui en eurent l’initiative; la NEA, l’AFT et le Secrétaire Duncan.

Cela tient aussi au fait qu’un nombre croissant d’Etats admet de plus en plus clairement que les enseignant(e)s sont plus indispensables que jamais dans la réussite d’un système scolaire. Les réformes éducatives sont vaines sans la participation et l’engagement de la profession enseignante.

Pour éviter tout malentendu – et contrairement à ce que vous avez pu entendre ici ou là –  oui, nous sommes une profession. Et nous sommes déterminés à la renforcer et à résister aux tendances dangereuses (voire à les inverser) – tendances que nous avions déjà évoquées lors de sommets précédents, à savoir la précarisation de notre environnement professionnel, l’autonomie mise à mal par les tests standardisés, par les évaluations des enseignantes et enseignants à enjeux élevés et l’imposition d’outils pédagogiques et d’apprentissage. Nous espérons que nos sommets contribueront à inverser ces tendances.

Je souhaite donc remercier le Conseil des ministres de l’Education du Canada d’avoir eu l’initiative d’organiser le sommet de cette année; je tiens également à remercier l’OCDE pour son soutien sans faille.

Une chose est sûre. Dans de nombreux pays, les politiques éducatives ont évolué à la suite des précédents sommets. Cette année est donc le moment idéal pour rassembler tout ce que nous avons appris et en tirer parti pour continuer d’avancer. Sachant que l’autonomie de la profession enseignante est essentielle pour l’avenir des enfants et des jeunes, quelles conséquences devons-nous en tirer au plan politique?

Puis-je rappeler, en passant, que l’éducation doit être un service public. Le tissu social de la société dépend de la réussite de son système éducatif, en particulier de ses écoles. L’égalité d’accès des jeunes à une éducation de qualité repose sur un ensemble de facteurs allant du financement et des modalités d’admission équitables au soutien ciblé au profit des jeunes les plus démunis. Les recherches de l’OCDE nous l’ont appris.

Ainsi, tout comme les systèmes éducatifs ne doivent pas se laisser distraire par des programmes concurrents tels que le fameux « Mouvement mondial pour la réforme de l’éducation » présenté par Pasi Sahlberg, il doit en aller de même pour la profession enseignante. Ce sommet nous donne l’occasion d’étudier les moyens d’imposer l’expérience et la sagesse collectives de nos membres au cœur de la réforme de l’éducation.

Nous sommes à présent en possession des données qui démontrent ce que, nous les éducatrices et éducateurs, savons depuis toujours: les environnements scolaires collaboratifs qui donnent de l’autonomie aux enseignantes et enseignants sont propices à l’émergence de fortes communautés d’apprentissage.

Seules les organisations fondées et dirigées par les enseignantes et enseignants eux-mêmes – leurs syndicats et associations – sont à même d’imposer le leadership de la profession enseignante. De fait, la profession enseignante est l’un des secteurs les plus syndicalisés dans le monde. Les enseignantes et enseignants n’adhèrent pas à un syndicat dans le seul but de bénéficier d’une protection mais aussi pour exprimer leurs souhaits, leurs craintes et les valeurs auxquelles ils sont attachés. Nous savons pourtant que, dans de nombreux pays, les structures qui permettent aux enseignante et enseignants de participer à l’élaboration des politiques de l’éducation sont pour le moins inappropriées.

Que pouvons-nous faire pour améliorer cette situation; pour faire advenir une nouvelle réalité? Nos débats sur le leadership enseignant, la reconnaissance et l’efficacité nous donneront l’occasion inespérée d’approfondir cette question.

Ce qui m’amène au troisième thème de notre sommet – l’innovation.

La technologie est essentielle à l’apprentissage scolaire. Mais, en soi, elle ne représente pas l’innovation. C’est ce qu’en font les enseignantes et enseignants qui est innovant. La technologie donne aux enseignantes et enseignants la possibilité d’accéder à un nouveau degré de pratique professionnelle. Et nous souhaitons explorer ces possibilités.

L’Internationale de l’Education a mis au point un protocole international relatif à l’utilisation des nouvelles technologies dans le monde de l’éducation et nous avons invité les entreprises des technologies de l’information à y souscrire. Pour le moment, Intel a répondu positivement. Nous avons également exhorté les gouvernements à établir des plans nationaux en collaboration avec nos organisations membres, avec les syndicats enseignants et la communauté éducative portant sur l’objectif premier des TIC – à savoir le soutien pédagogique et l’aide à l’apprentissage. Nous ne souhaitons pas que les nouvelles technologies soient simplement déversées dans les cours d’école.

Toutefois, quelques entreprises de technologie internationales exercent bien trop de pression sur les écoles pour les contraindre à s’équiper de technologies inadaptées et coûteuses, notamment dans les systèmes éducatifs fortement décentralisés.

Nous avons également trouvé préoccupantes les atteintes au droit à la vie privée des élèves et des enseignantes et enseignants alors que nous apprenions, récemment, que d’imposants systèmes de surveillance avaient été mis en place afin de contrôler les médias sociaux des élèves. En Europe, de nombreuses entreprises de technologie ont été reconnues coupables de violation des lois européennes sur la protection de la vie privée, mais dans un pays comme les Etats-Unis il semble que les entreprises disposent d’un potentiel d’exploration de données illimité.

Au lieu d’espionner les élèves, nous devons nous pencher sur la manière dont les systèmes éducatifs publics pourraient s’intéresser aux nouvelles technologies proposées et commencer à réfléchir aux procédures qui permettraient à la communauté scolaire d’en contrôler l’usage plutôt que l’inverse.

Pour ce qui concerne l’avenir, nous savons que les enseignantes et enseignants, les parents, les jeunes et leurs communautés auront à faire face à de nouveaux défis. Un conflit généralisé, les défis de la mondialisation et les nouveaux objectifs de développement durable sont autant de questions qui ont de profondes implications pratiques pour les enseignantes et enseignants et les salles de classe.

Nous devons relever les défis d’ordre pratique relatifs à la mise en œuvre des politiques. Nous devons enraciner nos connaissances dans ce qui fonctionne concrètement. Nous devons tirer profit du retour d’information. Nous devons approfondir le lien entre recherche et pratique. Nous pourrions aussi étudier comment renforcer les systèmes éducatifs publics. Ce ne sont là que quelques idées pour l’avenir, mais encore une fois, ceux qui détiennent les réponses nous sont familiers: les enseignantes et enseignants.

En tant que gouvernements, vous avez saisi l’importance de nouer le dialogue avec la profession enseignante. Ce dialogue jettera les bases de l’éducation de qualité au profit de l’ensemble des enfants et des jeunes, ce qui constitue la motivation première de notre profession.

Nul doute que ce cinquième sommet nous permettra de faire un important pas de plus vers cet objectif !