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La Banque mondiale doit soutenir l'éducation publique de qualité, pas les écoles privées!

Publié 13 mai 2015 Mis à jour 18 mai 2015

L'Internationale de l’Education et près de 110 organisations internationales et nationales ont réagi à un discours du Président de la Banque mondiale faisant l'éloge des résultats d'une chaîne multinationale d'écoles primaires privées à but lucratif avec des frais d'inscription peu élevés.

Au cours de son récent discours, Kim a exprimé son soutien pour des écoles privées à but lucratif et sponsorisées par le secteur privé au Kenya et en Ouganda. Il a également promu ce modèle, le présentant comme un moyen abordable pour sortir de la pauvreté. Kim a souligné les résultats des Academies Bridge International(Bridge), qui, d'abord implantées au Kenya, se sont ensuite répandues en Ouganda et prévoient de s'installer également au Nigéria, en Inde et ailleurs, pour inscrire 10 millions d’enfants d'ici 2020.

Inquiétudes

En réaction à ce discours, L'internationale de l'éducation (IE) s'est ralliée à une déclaration et à un courrier envoyé le 14 mai à Kim par près de 110 organisations internationales et nationales concernées.

L'IE condamne le fait que cette entreprise multinationale privée de gestion d'écoles utilise des méthodes d'enseignement standardisées, des enseignant(e)s sans formation et sous-payé(e)s et des stratégies marketing agressives pour vendre son « produit » aux pauvres qui aspirent à une vie meilleure.

Selon Kim, cette éducation est assurée par Bridge pour « seulement » 6 dollars américains. Cela ne tient toutefois pas compte du fait que 6 dollars représente pour beaucoup dans ces pays une somme importante et que ce montant suffit à installer une discrimination envers de nombreuses personnes parmi les plus pauvres. Au lieu de soutenir l'éducation gratuite et de qualité pour tous et toutes, la Banque mondiale semble soutenir des corporations multinationales à but lucratif qui appliquent des frais d'inscription, a déclaré l'IE.

Les organisations signataires de la déclaration et l'IE trouvent inacceptable que des familles et des communautés pauvres doivent payer pour recevoir une éducation de base. Les signataires s'inquiètent également de voir des modèles d'éducation comme celui-là creuser encore davantage les inégalités dans l'éducation. Selon eux, ce soutien de la Banque mondiale semble se baser sur des données biaisées produites par Bridge même.

Eléments clés

La déclaration envoyée au Président de la Banque mondiale soulève les points suivants:

•             Le Président Kim et la Banque mondiale sont déconnectés de la réalité de la pauvreté lorsqu'ils déclarent que le coût de l'éducation chez Bridge s'élève « seulement » à 6 dollars américains par mois. La déclaration démontre que le montant nécessaire à envoyer un enfant dans une école Bridge représenterait environ 25 pour cent du revenu d'une famille pauvre.

•            La Banque mondiale investit dans l'éducation de base privée au Kenya et en Ouganda, mais pas dans l'éducation publique. La Banque mondiale n'a aucun engagement actif envers l'éducation de base dans ces pays, mais l'International Finance Corporation, un membre de la Banque mondiale, a investi 10 millions de dollars américains dans Bridge.

•             Les investissements combinés dans Bridge sont plus importants que la subvention du Partenariat mondial pour l'éducation au Kenya, un signe inquiétant de la priorité accordée à la constitution d'un système d’éducation privé au lieu d'un système d’éducation public et gratuit.

•             La Banque mondiale n'est pas à l'écoute de la société civile, puisque les commentaires de son Président surviennent un mois seulement après la réunion entre la société civile et des officiels séniors de l'éducation de la Banque mondiale pour discuter précisément des écoles privées imposant des droits d'inscription, du soutien que leur apporte la Banque mondiale et de Bridge en particulier.

Recommandations

L'IE et les organisations concernées demandent au Groupe de la Banque mondiale de:

•             Cesser de promouvoir le modèle utilisé par Bridge et d'autres écoles privées imposant des frais d'inscription et d'engager à nouveau publiquement la Banque mondiale en faveur d'une éducation de base gratuite et obligatoire.

•             Cesser les investissements dans Bridge et d'autres fournisseurs privés imposant des frais d'inscription pour l'éducation de base.

•             Rétablir les investissements de la Banque mondiale dans les systèmes d'éducation publique de base au Kenya et en Ouganda.

•             Eviter de fonder ses points de vue sur des preuves générées par les fournisseurs de l'éducation eux-mêmes et de baser plutôt ses politiques sur des études indépendantes et rigoureuses permettant d'évaluer l'impact des modèles d'éducation sur l'ensemble des droits à l'éducation, y compris la discrimination et la ségrégation.

•             Prêter attention aux inquiétudes de la société civile et d'y répondre, de considérer sérieusement leurs points de vue lors de l'évaluation et de la prise en compte de modèles comme ceux de Bridge et d'autres fournisseurs privés de l'éducation imposant des frais d'inscription.

La déclaration complète est disponible ici(en anglais)

La lettre envoyée au Président de la Banque mondiale est disponible ici