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Agir au niveau mondial, organiser la recherche au niveau local

Publié 12 mai 2016 Mis à jour 23 mai 2016

A l’occasion de la 12e réunion du Réseau de recherche, des chercheurs/euses ont mis en évidence la nécessité de collecter des preuves aux niveaux mondial et local, concernant les conditions de travail et les effets négatifs de la privatisation au sein de l’éducation.

Les recherches devraient être menées par des syndicats d’enseignants ou des chercheurs/euses indépendant(e)s ou sympathisant(e)s, a déclaré John Bangs de l’Internationale de l’Education (IE), dans son message de bienvenue adressé aux 60 participant(e)s à la réunion du Réseau de recherche (ResNet), organisée à Bruxelles les 11 et 12 mai derniers.

« Les recherches visant à améliorer l’éducation et à orienter les politiques devraient être prises en charge par les syndicats d’enseignants », a-t-il ajouté. Après avoir rappelé la ressource importante que représentent les affiliés pour les syndicats, Bangs a déclaré que, au cours de cette réunion ResNet, l’IE et ses affiliés se chargeraient de définir ensemble les priorités en matière de recherche pour les années à venir.

Bangs a également souhaité que les participant(e)s étudient la possibilité d’établir des partenariats triangulaires avec les ONG et d’autres organisations, ainsi que des partenariats bilatéraux avec l’Unité de Recherche de l’IE ou d’autres affiliés.

Thèmes et études

Martin Henry, de l’Internationale de l’Education, a souligné que l’éducation de qualité, l’équité dans la société et la qualité des conditions de travail des enseignant(e)s devaient être les principaux thèmes à examiner.

Nikola Wachter de l’IE a présenté les études menées par l’Unité de Recherche en 2015, en particulier celles consacrées à la privatisation et à la commercialisation de l’éducation - un phénomène qui ne cesse de gagner du terrain à travers le monde. Principaux rapports présentés: Créer un environnement de travail collaboratif au sein de l’enseignement supérieur en Europe, Evaluation de l’éducation pour tous par les enseignant(e)s - Points de vue recueillis sur le terrain, La condition des enseignant(e)s et de la profession enseignante, Note d’information de l’IE : Evaluation des compétences en lecture au cours des premières années d’études, Pearson et PALF : le géant mutant,et Le double langage de la Banque mondiale à propos des enseignant(e)s - Analyse de dix années de prêts et de conseils.

Préoccupations régionales

Les problématiques les plus importantes auxquelles doivent s’atteler les syndicats de l’éducation au niveau régional sont les conditions de travail des enseignant(e)s et la privatisation, a expliqué Pedi Anawi du Bureau régional africain de l’IE (IERAF).

Au cours de sa présentation sur le développement des capacités de la région africaine et des réseaux régionaux en matière de recherche, il a déclaré que « les syndicats ont besoin de données pertinentes pour fonder leurs arguments et appuyer leur plaidoyer, leurs campagnes et leurs mobilisations ».

Dans la région africaine, a-t-il ajouté, la recherche peut aider les affiliés de l’IE à appréhender les problèmes éducatifs et syndicaux propres à la région; soutenir le déploiement des programmes syndicaux défendant le droit et l’accès à l’éducation de qualité pour tous, au travers de systèmes éducatifs financés et réglementés par les pouvoirs publics; améliorer le statut, les droits humains et syndicaux, ainsi que l’équité des conditions de travail et des salaires des enseignant(e)s; contribuer à l’élimination de toutes les formes de discrimination au sein de l’éducation; et promouvoir l’unité des syndicats dans le secteur.

Rester en contact avec le personnel chargé de mener des travaux de recherche - fiabilité des réseaux téléphoniques et des connexions Internet, décalages horaires, coupures de courant, conflits sur le lieu de travail des chercheurs/euses - représente le principal défi auquel se heurte l’IERAF lors du déploiement de ses travaux de recherche, a déclaré Anawi.

Soulignant que la réunion ResNet Afrique, prévue en novembre au Ghana, offrira une occasion de redynamiser le réseau de recherche régional et les débats connexes, il a déclaré, en guise de conclusion, que « la recherche, lorsqu’elle est organisée correctement, constitue un outil efficace pour le plaidoyer, la mobilisation et les campagnes ». Il précise dans sa conclusion: « Les syndicats d’enseignants africains ne peuvent faire l’impasse sur la recherche s’ils souhaitent devenir des organisations dynamiques et performantes. Le développement des capacités des syndicats dans le domaine des compétences en matière de recherche dans la région africaine constitue un excellent investissement. »

Conditions de travail

Christopher Yalukanda, du Zambia National Union of Teachers, a présenté Une analyse et une comparaison des conditions de travail des enseignant(e)s dans les écoles primaires publiques et privées de Zambie.

Son étude, a-t-il expliqué aux participant(e)s, présente une analyse et une comparaison des conditions de travail des enseignant(e)s dans les écoles primaires publiques et privées du district de Lusaka en Zambie. Elle s’intéresse également aux qualifications professionnelles des enseignant(e)s dans les écoles privées, ainsi qu’aux enseignant(e)s des écoles primaires bon marché et moyennement chères.

Les résultats de cette étude offrent toute une série d’informations aux syndicats, aux gouvernements et aux acteurs du secteur privé, concernant les conditions d’emploi et les salaires actuels, a précisé Yalukanda. Ils devraient également contribuer à harmoniser les salaires - salaire égal pour un travail et des qualifications identiques - et à promouvoir les droits syndicaux et la syndicalisation du personnel enseignant travaillant dans les écoles privées. Ceci « aidera à démystifier l’image médiocre dont souffre l’enseignement public », a-t-il ajouté. Il en effet reconnu que les enseignant(e)s travaillant dans les écoles privées du pays sont mieux qualifié(e)s que leurs homologues du secteur public et bénéficient de conditions d’emploi plus avantageuses.

Parmi les résultats, Yalukanda a souligné  les points suivants: les enseignant(e)s des écoles privées ne sont pas affilié(e)s à des syndicats; il n’existe pas de négociation collective dans les écoles privées - tous les salaires et autres conditions d’emploi sont fixés par l’employeur; les salaires des enseignant(e)s sont en grande majorité inférieurs au barème minimum de 3.000 kwacha zambiens (environ 260 €) imposé par la législation nationale du travail; les emplois sont majoritairement de type contractuel et n’ouvrent aucun droit à la retraite; la plupart des écoles privées ne respectent pas la législation du travail garantissant 120 jours de congé de maternité pour les travailleuses non affiliées à des syndicats; et nombreuses sont les écoles à prix bas et moyen à ne pas être enregistrées auprès du gouvernement et à opérer dans l’illégalité.

Autres débats

Les participant(e)s poursuivent leurs travaux, discutent de stratégies et de cadres pour les étudiant(e)s, les enseignant(e)s et les syndicats, tout en développant les stratégies et les programmes de recherche de l’IE.