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Éduquer pour la vie !

Publié 1 novembre 2006 Mis à jour 1 novembre 2006

Nomvuzo Vilo enseigne en dernière année de primaire à l’école Emjalisweni à KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Mais de par ses paroles et ses actions, elle enseigne beaucoup plus à ses élèves, à leurs parents et à la communauté que les matières de dernière année.

En tant qu’enseignante certifiée du programme VIH et SIDA, elle fait partager les leçons de sa propre vie : l’efficacité de la thérapie anti-rétrovirale et la possibilité de vivre positivement avec le VIH.

Vilo surmonta sa peur de la stigmatisation et dévoila sa séropositivité au VIH au cours d’une formation offerte par son syndicat, le Syndicat des enseignants démocratiques d’Afrique du Sud (SADTU), en coopération avec l’IE, l’Organisation mondiale de la Santé et le Centre de Developpement de l'Enseignement.

Le VIH a été diagnostiqué chez Vilo en 1999, qui ne s’est sentie malade que près de cinq ans plus tard. C’est alors, en 2004, qu’elle perdit son bébé à cause du SIDA et qu’elle tomba malade au point de ne plus pouvoir travailler. Elle se retrouva dans un hôpital où on commença à lui administrer des médicaments anti-viraux (ARV).

Elle dit qu’elle est la preuve que les ARV marchent vraiment. « C’est le message que je veux transmettre à tous, et surtout aux enseignants, partout » dit-elle et ajoute que les ARV « sont la raison pour laquelle je suis à nouveau en bonne santé et très grosse ! »

Vilo est l’une des nombreux enseignants qui font tout leur possible pour empêcher la progression du VIH et du SIDA. Le courage dont elle fait preuve en prenant publiquement position et son engagement profond en faveur de l’éducation pour la vie peuvent servir d’inspiration à de nombreuses autres personnes qui luttent contre la pandémie la plus mortelle de l’histoire de l’humanité.

La journée mondiale contre le SIDA a lieu le 1er décembre de chaque année. Le sujet de cette année est : « Stop SIDA : tenons notre promesse. » Le 1er décembre, l’IE et d’autres défenseurs de cette cause de par le monde vont en appeler aux dirigeants du G8 pour qu’ils respectent leurs promesses de garantir un accès universel aux médicaments anti-rétroviraux d’ici à 2010.

« Le SIDA prolifère grâce à l’ignorance ; nous considérons donc l’éducation comme le seul vaccin social réellement efficace pour empêcher que cette pandémie ne progresse », dit Wouter van der Schaaf, coordinateur de l’IE pour le programme EPT-SIDA, programme qui combine une formation des enseignants sur le VIH et le SIDA à un plaidoyer en faveur de l’éducation universelle pour tous d’ici 2015.

Depuis 2001, ce programme a grandi : il comprend 40 syndicats dans 25 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes, et d’autres plans d’expansion sont en cours d’étude. Jusqu’à présent, l’IE a aidé les syndicats membres à former plus de 150.000 enseignants dans près de 40.000 écoles.

Ce programme a également renforcé le rôle des syndicats d’enseignants dans leur combat contre la pandémie et a encouragé de précieux partenariats entre les syndicats et leurs ministères nationaux de l’éducation et de la santé.

Les formateurs utilisent le Livre d’exercices pour la prévention à l’usage des enseignants qui a été conçu par les syndicats d’enseignants en Afrique du Sud. Les enseignants apprennent à faire face à tous les problèmes concernant le VIH et le SIDA, les relations sexuelles et l’emploi de préservatifs, et à discuter avec plus de facilité de ces sujets délicats. Ils acquièrent également des techniques de la plaidoirie afin d’aider à mettre en application les programmes et lignes de conduite dans les écoles.

L’un des objectifs-clés est de déstigmatiser leVIH et le SIDA afin que les personnes touchées et infectées n’aient pas honte de demander de l’aide auprès de leurs syndicats et de leurs communautés médicales.

« Nous voulons nous assurer que les enseignants séropositifs ne soient pas frappés d’ostracisme et apporter notre soutien à nos collègues » dit van der Schaaf. « Les syndicats devraient être un foyer ou un refuge pour les enseignants qui vivent avec le SIDA. »

Vilo est du même avis : un réseau de soutien est crucial, qu’il s’agisse de la famille ou, si ce n’est pas possible, d’amis ou de collègues proches. Elle participe à un groupe de soutien qui se réunit chaque samedi à KwaZulu-Natal.

Prévention, analyse, soins, accès au traitement, soutien mutuel et solidarité : ce sont autant d’aspects sur lesquels le SADTU et ses membres mettent l’accent, dit David Mbetse, coordinateur VIH et SIDA à l’échelon national.

Lors du dernier congrès de l’IE à Porto Alegre, le président élu Thulas Nxesi a mis les syndicalistes de l’enseignement au défi d’aller au-delà des campagnes de prise de conscience et de prévention et « de faire passer cette lutte au niveau supérieur ». Il dit : Nous devons faire une campagne pour un traitement médical approprié et pour défendre les droits des collègues et des débutants qui vivent avec le VIH/SIDA. Nous devons avoir le courage de nos opinions dans nos communautés et nous élever contre les préjugés et la stigmatisation. »

La répugnance de certaines personnes à se faire tester pour le VIH est en relation directe avec une discrimination considérable vécue par les enseignants séropositifs. Le rapport mondial de suivi 2006 de l’UNESCO montre que les stigmates liés au VIH sont la cause principale de l’absentéisme et du manque d’enseignants, surtout en Afrique.

Malheureusement, les enfants séropositifs souffrent eux aussi de cette stigmatisation. Le plus tragique, ce sont peut-être les millions de morts parmi les parents, les enseignants et les chefs de communautés qui ont laissé une génération d’enfants sans adultes pour s’occuper d’eux et les guider.

14 millions d’enfants au moins sont devenus orphelins à cause du SIDA, et on s’attend à ce que ce chiffre effroyable augmente de quatre millions dans un avenir proche, d’après Stephen Lewis, envoyé spécial des Nations Unies pour le VIH et le SIDA en Afrique. « Comment traitez-vous le traumatisme [d’être orphelin] ? Comment réparez-vous le psychisme de ces jeunes ? Quand l’enfant n’a personne d’autre vers qui se tourner pour surmonter la profanation de sa vie, ce sont les enseignants qui deviennent des thérapeutes », affirme Lewis dans un discours aux enseignants canadiens. À chacun de ses nombreux voyages, dit Lewis, les enfants indiquent toujours l’école comme source d’espoir et de guérison. Et pour les enseignants comme Nomvuzo Vilo, c’est l’une des raisons les plus importantes de rester en bonne santé et de continuer à travailler. « Il est nécessaire que les enseignants restent en vie, car nous avons besoin d’eux pour éduquer les enfants », dit Vilo.

Le programme EPT-SIDA est en place dans les pays suivants : Bolivie, Botswana, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Équateur, Éthiopie, Guinée, Guyane, Haïti, Inde, Kenya, Lesotho, Malawi, Mali, Namibie, Niger, Pérou, Rwanda, Sénégal, Afrique du Sud, Swaziland, Tanzanie, Ouganda, Zambie, Zimbabwe.

Par Nancy Knickerbocker En collaboration avec David Mbetse et Laura Sullivan