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L’IE lance un rapport sur le statut de l’enseignement

Publié 1 novembre 2006 Mis à jour 1 novembre 2006

Lors de la Journée Mondiale des Enseignants 2006, l’Internationale de l’Education a présenté un rapport majeur au Comité des experts OIT/UNESCO, lequel surveille l’application de la Recommandation de 1966 concernant le statut des enseignants et la Recommandation de 1997 sur le statut du personnel de l’enseignement supérieur

En adoptant ces recommandations, les gouvernements ont reconnu unanimement l’importance fondamentale d’avoir des enseignantes et enseignants hautement qualifiés, équipés pour faire de leur mieux pour la génération future. A l’occasion du 40ème anniversaire de ce premier document-charte, le rapport de l’IE relève que des progrès significatifs ont été réalisés : des réformes durables des systèmes éducatifs dans leur entièreté et l’introduction de l’éducation publique de masse dans la plupart des pays.

Toutefois, bien que les gouvernements du monde entier prétendent qu’ils soutiennent les valeurs et les principes consacrés dans les recommandations, beaucoup d’entre eux ne manifestent pas réellement du respect pour ces droits, et n’appliquent pas non plus les principes qui en découlent.

Dans certaines parties du monde, les enseignantes et enseignants ont de bons salaires et sont respectés pour leur professionnalisme. Ils peuvent compter sur des conditions raisonnables dans les salles de classe, des ressources d’apprentissage adéquates et le soutien de la part de leurs gouvernements, engagés à éduquer leurs citoyens. Malheureusement, les chanceuses et les chanceux sont rares.

La grande majorité des enseignantes et enseignants dans le monde continuent à s’efforcer de faire de leur mieux pour leurs élèves malgré une formation inadéquate, des salaires désastreux, un nombre d’élèves par classes ingérable, un manque de fournitures scolaire de base, un manque de soutien du gouvernement envers le secteur de l’éducation ou même une répression officielle des enseignantes et enseignants et de leurs syndicats.

Le rapport de l’IE à la réunion triennale du CEART condamne le fait que dans tous les principaux domaines abordés, les éléments clés des recommandations ne sont pas respectés. Le rapport insiste sur huit sujets principaux:

Pénurie d’enseignantes et enseignants Il y a une pénurie majeure d’enseignantes et d’enseignants, avec une augmentation du nombre de personnes prêtes à partir à la retraite, et peu de nouvelles personnes qualifiées qui entrent dans la profession. Malheureusement, la plupart des gouvernements appliquent des stratégies qui servent seulement à miner l’éducation de qualité: l’intensification de la charge de travail des enseignantes et enseignants dans les pays développés et l’embauche du personnel non qualifié dans les pays en développement. L’IE appelle les gouvernements à s’investir dans des améliorations significatives en ce qui concerne les conditions de vie et de travail des enseignantes et enseignants afin de faciliter un recrutement plus important et une rétention dans le futur.

Salaires des enseignantes et enseignants Les bas salaires des enseignantes et enseignants sont un facteur explicatif de la pénurie. Le rapport informe sur la détérioration continue et à long terme du pouvoir d’achat des enseignantes et enseignants. L’IE revendique des niveaux de salaires adéquats pour l’ensemble du personnel enseignant, rétablissant ainsi un prestige social élevé à la profession enseignante en tant que garantie à long terme pour la cohésion sociale, le progrès et la stabilité.

Concertation avec les syndicats d’enseignantes et d’enseignants Les deux Recommandations demandent clairement aux gouvernements de reconnaître les syndicats d’enseignantes et d’enseignants ainsi que les organisations représentatives en tant que partenaires en matière de politiques liées à l’éducation. Malheureusement, on a pu constater de nombreuses violations de ces dispositions dans plusieurs pays. Sans la pleine coopération et la participation du personnel enseignant, aucune réforme du secteur éducatif ne peut réussir. L’IE demande aux gouvernements de s’engager dans un dialogue social avec les enseignantes et les enseignantes et leurs syndicats pour créer des systèmes éducatifs publics plus puissants.

Liberté académique et titularisation des enseignants La liberté académique et la titularisation des enseignants sont essentiels pour que les systèmes éducatifs soient libérés de toutes influences politiques, économiques, idéologiques ou religieuses. Ces derniers temps, les enseignants ont fait l’expérience d’un contrôle plus centralisé du cursus scolaire et de leurs méthodes pédagogiques ainsi qu’une ingérence des instances gouvernementales, des médias et des autorités religieuses dans les questions liées à l’éducation. La mondialisation, la marchandisation et les forces du marché augmentent ces pressions sur la liberté académique de recherche et d’examen.

Gouvernance collégiale La prise de décision collective est reconnue comme étant de la plus haute importance et la participation des enseignants dans les organes gouvernants était auparavant garantie. Aujourd’hui toutefois, le personnel académique est exclu des organes dirigeants des institutions de l’éducation supérieure à un degré jamais connu auparavant. L’IE s’oppose fortement à cette tendance, qui mène à une gestion unilatérale des institutions, et milite pour un retour à une gouvernance collégiale.

Environnements scolaires sûrs et violence contre les enseignants Les conditions de vie et de travail des enseignants sont menacées par le phénomène croissant de la violence à l’école, reflet de plus grandes évolutions au sein de la société en général. Pour que les enseignantes et enseignants soient protégés sur leurs lieux de travail, des systèmes d’assurances efficaces doivent être mis en place. Cependant, cela demeure un rêve pour la plupart des enseignants. L’IE milite pour un travail continu avec les parents et les communautés vers une culture de coopération et de tolérance dans les écoles.

Ecoles et institutions privées L’IE est particulièrement préoccupée par la propagation des institutions privées aux dépens des écoles publiques et des universités. L’éducation constitue un bien public et un service rendu aux citoyens. Il ne s’agit pas d’un produit pouvant être acheté et vendu et l’éducation ne devrait pas être privatisée pour rechercher du profit. L’IE demande aux autorités publiques de prendre leurs responsabilités en ouvrant l’accès à l’éducation pour tous, et pas seulement à quelques élites.

VIH et SIDA Le VIH et la pandémie du SIDA lancent l’un des défis parmi les plus significatifs dans l’histoire aux secteurs médical et de l’enseignement, et plus généralement aux sociétés à travers le monde. L’échelle massive du problème et le manque de capacité à s’y confronter est un souci majeur pour les enseignants, particulièrement en Afrique sub-saharienne. L’expansion de la pandémie sape de manière significative les efforts pour atteindre l’Education Pour Tous, l’un des Objectifs du Millénaire pour le Développement. L’IE appelle à la fin de la discrimination à l’encontre des professionnels touchés par les VIH et s’inquiète des problèmes liés aux genres, étant donné que la plupart des personnes infectées par le VIH dans le monde sont des femmes.

Conclusion Malgré les nombreuses difficultés auxquelles les éducateurs font face à travers le monde, l’IE ne veut pas perdre de vue les progrès remarquables effectués dans l’éducation publique ces dernières décennies. Les Recommandations 1966 et 1997 ne sont pas encore totalement appliquées ; elles demeurent des idéaux non atteints, mais il ne fait aucun doute que la réalisation de tels idéaux mérite que l’on s’y consacre pleinement. L’IE pense que les Recommandations doivent être universellement appliquées car seulement alors tous enfants auront la possibilité d’apprendre, de grandir et d’atteindre pleinement leur potentiel.

Le rapport complet est disponible ici.