Niger : une victoire syndicale historique pour le personnel enseignant contractuel
Après des années de mobilisation, la Dynamique des Syndicats du Secteur de l’Éducation et de la Formation (DYSSEF) qui regroupe une trentaine de syndicats de l’éducation obtient gain de cause : 11.015 enseignant∙e∙s contractuel∙le∙s vont intégrer la fonction publique, une avancée majeure pour la condition de la profession et le système éducatif nigérien qui se traduit notamment par une augmentation salariale de 15 à 20 % pour ces personnels.
L’aboutissement d’années de lutte syndicale
Le 8 janvier 2026 restera une date marquante pour l’éducation nigérienne. Par arrêté, le gouvernement a officialisé le recrutement sans concours de 11.015 enseignants contractuels dans la fonction publique. Cette décision, saluée par la DYSSEF, couronne un long processus de négociations mené par les syndicats face à un gouvernement longtemps réticent. « C’est une première. On n’a jamais eu une possibilité pour autant d’enseignants et enseignantes d’entrer dans la fonction publique. Le dernier recrutement, qui date de 2012, avait concerné quelque 6 .000 enseignants et enseignantes. Cette fois-ci, le gouvernement a haussé la barre jusqu’à 11.015 », se félicite Laouali Issoufou, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du Niger (SNEN), qui fait partie de la DYSSEF. Cette décision gouvernementale est intervenue alors que les syndicats de l’éducation avaient déposé un préavis de grève de 72 heures.

Des avancées concrètes pour les enseignant∙e∙s
L’arrêté prévoit en effet que les enseignant∙e∙s contractuel∙le∙s âgés de 18 à 42 ans, justifiant de quatre années de service continu et des qualifications requises, pourront déposer leur dossier jusqu’au 10 avril 2026. « Le recrutement se fera sans évaluation, sans concours. Un contractuel qui est dans un poste et qui devient fonctionnaire, il n’est pas obligé de participer au mouvement des enseignants. S’il veut rester où il est, il reste où il est », explique M. Issoufou.
Les avantages sont immédiats : une augmentation salariale de 15 à 20 %, l’accès à la pension de retraite, et la possibilité de passer des concours professionnels pour évoluer dans la carrière. « Un contractuel qui touche par exemple 70 000 francs CFA (environ 110 euros), quand il sera titularisé, il va aller dans les 100 000 francs CFA (environ 150 euros). Il y a un bénéfice immédiat en termes de salaire », détaille le secrétaire général du SNEN.

Face à l’impossibilité de régler immédiatement les arriérés de salaires, le gouvernement a par ailleurs proposé une compensation via l’attribution de parcelles aux enseignants concernés. « Le gouvernement nous a dit que présentement, il ne peut pas nous payer en cash, mais il nous a proposé une compensation de nos arriérés avec des parcelles, ce que nous avons accepté. Cette opération va démarrer dans le mois de janvier », précise M. Issoufou.
Cette victoire ne marque toutefois pas la fin de la mobilisation. Les syndicats restent vigilants quant à la poursuite des négociations sur d’autres points de la plateforme revendicative et appellent à la publication rapide des modalités d’attribution des parcelles. « Si le délai qui a été fixé n’est pas respecté, nous allons retourner à l’attaque », prévient le leader syndical.
Le plus important, insiste M. Issoufou, c'est qu’après le recrutement de ces 11.015 enseignant∙e∙s contractuel∙le∙s sur les 88.000 en focntion, l'État s'est engagé à poursuivre le recrutement de personnel enseignant jusqu’à présent sous contrat chaque année jusqu'en 2030.

Un signal fort pour l’École nigérienne
Au-delà de la satisfaction immédiate, cette avancée est perçue comme un signal fort en faveur de la qualité de l’éducation au Niger. « Pour créer une éducation de qualité, il faut vraiment qu’il y ait des enseignants et enseignantes dans de bonnes conditions de vie et de travail. Et nous pensons qu’ils ont compris ça, et c’est ce qui a facilité la suite des négociations », note le dirigeant du SNEN.
Il reconnait également que, « dans les négociations avec le gouvernement, nous nous sommes parfois basés sur des arguments tirés de la campagne La force du public : ensemble on fait école ! de l’Internationale de l'Éducation, sur les recommandations de l’ONU sur la profession enseignante.
Le SNEN, fort de cette victoire, appelle à maintenir l’unité et la mobilisation pour poursuivre la lutte en faveur de la dignité de la profession enseignante et d’une école nigérienne de qualité.