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Les universitaires irakiens en grand danger

Publié 1 janvier 2007 Mis à jour 1 janvier 2007

Le 14 novembre 2006, des hommes armés portant l’uniforme des commandos de la police nationale irakienne ont fait irruption dans le bâtiment du Ministère de l’Éducation à Bagdad. Arrivés à l’improviste, ils ont rapidement arrêté environ 100 membres du personnel dont les noms figuraient sur leur liste, ainsi que d’autres personnes.

En plein jour, les paramilitaires ont passé les menottes et bandé les yeux à des universitaires âgés, de jeunes professeurs, des secrétaires, des parents et des visiteurs. Ils sont ensuite repartis avec les détenus vers une prison clandestine où, selon des témoins, certains ont eu les os brisés tandis que d’autres ont été tués (le nombre précis n’a pas encore été communiqué). Pourquoi ces enseignants et intellectuels ont-ils été visés de manière si brutale ? Que signifie leur expérience pour la liberté académique en Irak ? Ce pénible incident n’est que le dernier cas d’une série tragique d’actes de violence dirigés contre les universitaires irakiens. Le Premier Ministre Maliki a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une affaire de terrorisme, mais d’un conflit entre « milices ». Au bout de quelques jours, le gouvernement a déclaré que tous les détenus avaient été relâchés après une série de raids policiers dramatiques. Plusieurs agents de police supérieurs auraient été arrêtés pour être interrogés sur une éventuelle complicité. Le Ministère de l’Éducation a également précisé que des chiites et des sunnites faisaient partie des personnes détenues illégalement.

Dans une lettre adressée aux autorités, le Secrétaire général de l’IE, Fred van Leeuwen, a informé le gouvernement irakien que l’Internationale de l’Éducation prendrait contact avec le Rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU au sujet des exécutions extrajudiciaires, expéditives ou arbitraires, et ce, afin d’exiger que la violence croissante à l’égard des universitaires et des enseignants en Irak fasse l’objet d’une enquête.

Des centaines d’universitaires ont été tués en Irak depuis l’invasion menée par les États-Unis et la chute du régime de Saddam Hussein en mars 2003. Le Ministre irakien de l’Éducation a déclaré que 296 membres de l’éducation avaient été tués pour la seule année 2005. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, 180 enseignants ont été tués depuis février 2006 et une centaine de personnes ont été kidnappées.

Dans sa lettre, M. Van Leeuwen a souligné ces faits accablants et a ajouté : « Les enlèvements d’enseignants représentent des violations graves non seulement du droit de vivre et de travailler dans un environnement sûr, mais aussi du droit fondamental à la vie. L’Internationale de l’Éducation ne se réfère pas uniquement au récent enlèvement en masse qui a eu lieu à la direction de la recherche scientifique du Ministère de l’Enseignement supérieur. Les enlèvements et les meurtres détruisent les familles et mettent en péril l’avenir de l’Irak. Les meurtres d’enseignants et les fermetures d’écoles pénalisent les jeunes et ne donnent pas un message d’optimisme et d’espoir.

En raison du rôle essentiel que joue l’éducation dans l’avenir du pays, M. van Leeuwen a prévenu que l’escalade spectaculaire de la violence provoquait un exode de masse d’universitaires et d’enseignants. À ce jour, plus de 3 250 enseignants ont fui l’Irak. « L’importante "fuite des cerveaux" d’enseignants qui en résulte est une catastrophe qui affecte sérieusement le processus de reconstruction du pays et qui continuera à avoir des effets négatifs au cours des années à venir » a-t-il déclaré.

La violence contre les institutions éducatives et les enseignants a également entraîné une baisse importante de la fréquentation scolaire. Selon des statistiques récentes du Ministère de l’Éducation, seuls 30 % des 3,5 millions enfants irakiens en âge scolaire fréquentent actuellement l’école par rapport aux 75 % de l’année scolaire précédente.

« Les institutions éducatives et les enseignants devraient recevoir le soutien et les ressources nécessaires afin de promouvoir la paix et la tolérance à travers l’éducation, plutôt que d’être des cibles de la violence » a insisté M. van Leeuwen.

L’Internationale de l’Éducation n’est pas seule à se préoccuper de la sécurité des universitaires irakiens. Le Tribunal Brussells, un réseau d’activistes des droits de l’homme, a lancé un appel urgent pour sauver des universitaires irakiens. Parmi les plus de 10 000 signataires de leur pétition figurent deux anciens Secrétaires généraux des Nations Unies, des universitaires éminents parmi lesquels Noam Chomsky et Howard Zinn, des écrivains tels que Eduardo Galeano et les prix Nobel Dario Fo, José Saramago, J.M. Coetzee et Harold Pinter.

Pour de plus amples informations, visitez le site : www.brusselstribunal.org