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Internationale de l'Education
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France : Les enseignants inquiets des réformes promises par Sarkozy

Publié 13 mars 2008 Mis à jour 13 mars 2008

« Le service public d’éducation mérite une politique ambitieuse. Malheureusement, il est aujourd’hui mis sous pression en raison des suppressions de postes ».

Ce constat préoccupant de Patrick Gonthier, Vice-président Europe de l’IE et Secrétaire général de la fédération syndicale UNSA Education, se vérifie à tous les niveaux d’enseignement en France.

6.000 postes d’enseignants en moins cette année et plus de 10.000 autres supprimés à la rentrée prochaine. Un fonctionnaire sur deux qui part en retraite non remplacé. Une contractualisation des rapports entre l’enseignant et l’établissement scolaire. Le renforcement des compétences des chefs d’établissement en particulier sur le recrutement et l’évaluation des enseignants. Des statuts perçus comme un carcan et non comme une garantie collective. Une autonomie accrue pour les universités.

Huit mois après sa mise en place, telles sont les principales grandes réformes lancées par le gouvernement nommé par le Président de la République française Nicolas Sarkozy. Volonté réaffirmée par le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse le 8 janvier. « En 2008, la politique de civilisation s’exprimera dans l’école » et « dans la profonde rénovation de nos universités », a-t- il notamment indiqué, avant de déclarer : « L’école doit redevenir l’affaire de tous, et pas seulement des spécialistes ».

L’affaire de tous, certes, mais « la réussite de tous, l’élévation globale du niveau d’études, ne sont plus en perspective », selon Michel Fouquet, secrétaire national du SNEP-FSU, syndicat national de l’éducation physique. Le syndicat regrette la construction d’une « école à deux vitesses ». Il propose « à l’inverse, une école ambitieuse et exigeante pour tous, qui lutte contre les déterminismes sociaux ».

Pour Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU, principal syndicat des enseignants du 1er degré, “c’est la nouvelle réorganisation du temps scolaire qui anime le plus grand nombre de discussions dans les cours d’école ». Le Ministère de l’Education vient de supprimer, dès la rentrée scolaire prochaine, les heures de classe du samedi matin. Cela conduira dans les écoles maternelles et élémentaires à davantage de classes surchargées. Chose plus grave, des difficultés importantes devraient apparaitre pour mettre en place de nouvelles formes d’organisation du travail, et développer le travail en équipe et la formation professionnelle des enseignants. L’UNSA Education pour sa part dénonce une attaque provocatrice contre le droit de grève des enseignants du primaire : le gouvernement prévoit de financer les garderies ouvertes les jours de grève par les mairies en utilisant les journées non payées.

« Les métiers de l’enseignement sont perçus comme étant de moins en moins attractifs », regrette de son côté Odile Cordelier du SNES, principal syndicat du secondaire. Le syndicat est inquiet des évolutions relatives aux missions et conditions de service des personnels enseignants, et de l’arrivée en masse des heures supplémentaires dans les établissements scolaires. Sur la structure même du système éducatif, le SNES note que le Ministre de l’Education Xavier Darcos multiplie les annonces sans la moindre concertation avec les organisations syndicales d’enseignants.

Au plan universitaire, l’UNSA Education note que la « réforme de la gouvernance » des universités pourrait remettre en cause le principe de gestion des universités par la communauté universitaire, sans leur donner les moyens qui leur manquent.

Face à l’absence de véritables négociations sur les salaires et au démantèlement organisé de la fonction publique au travers de la suppression massive d’emplois dans leur secteur, les fédérations de l’éducation (FAEN, FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA Education, Sud Education) se sont jointes aux fédérations de fonctionnaires. Elles ont réussi à fortement mobiliser les enseignants, de la maternelle à l’université, lors de la grève du 24 janvier.

Par Claude Carroué

Cet article à été publié dans Mondes de l'Éducation, No. 25, février/mars 2008.